Ecopoetical Glossary

ABATTOIR

La chaîne de l’abattoir, a dit Camélia, mais abattoir ne se dit pas, ceux qui travaillent dedans, les employés, les chauffeurs, les directeurs et même nous, tout le monde l’appelle l’Outil. J’ai pensé que pour une fois, les mots ne mentaient pas. Si je n’avais rien su – mais quand n’aurais-je rien su? dans quelle vie extraterrestre?-, si, ignorant tout, j’étais arrivé là, si j’avais dû dire ce que je voyais, trouver le mot exact, j’aurais dit: l’Outil. On dirait qu’il respire. L’Outil respire partout, a dit Camélia. […] partout où se trouve une ville, il attend au bout de la route.

Isabelle Sorente, 180 jours, Paris, J.C. Lattès, 2013, p. 288.

ACIDE

Flotter, barboter, Jacob en a justement le loisir bien qu’il n’y prenne pas spécialement plaisir. Il faut dire que l’écume verdâtre en laquelle il s’ébat lui irrite le cuir. Aussi se voit-il comme un métal précieux plongé dans une solution corrosive l’attaquant, l’entamant, le grignotant sournoisement jusqu’à en faire la plus pauvre des substances, chair irisée devenue mate sous les assauts d’un acide particulièrement pugnace.

Guillaume Poix, Les Fils conducteurs, Paris, Verticales, 2017, p. 44.

AFRIQUE

L’Afrique à elle seule n’était plus qu’une planète désolée, démembrée, au dernier stade de l’amertume. Semblable aux océans d’un bout à l’autre piégés, elle était devenue l’ombre du genre humain. Étranglés, grands parcs et grands singes, dont les dernières communautés sauvages n’étaient plus que des légendes ; surpeuplé, le Serengeti où l’on avait bâti les villes qui manquaient aux nations des Grands Lacs pour désengorger leurs métropoles, installer la clim, apaiser les esprits, instaurer la démocratie et piller les réserves d’eau avant de se mettre aux saucisses.

Camille Brunel, La Guérilla des animaux, Paris, Alma, 2018, p. 187-188.

AGRICULTURE

Qu’est-ce que tu aurais fait dans une ferme à toi? » je demande parce que, maintenant, il faut parler. Il aurait préféré un sol sain mais il n’est pas magicien. Le coût du matériel, son entretien, les bâtiments, les emprunts, les engrais, les semences, les contrôles, les normes, les assurances, les dossiers à remplir – tu notes tout ce que tu fais –, ça te freine. Il a en tête des cas de faillites, de divorces et même de suicides. Les agriculteurs voient arriver les factures (...). Quand ils ouvrent la lettre de l’huissier, la panique les prend, ils ont des idées noires et, un jour, sans en avoir prévenu personne, ils se pendent dans un hangar ou dans une salle de traite. Changer, il reprend, oui, pourquoi pas? Des agriculteurs parlent de moins traiter, il en doute. L’agriculture d’aujourd’hui est chimique et technique, trop chimique, c’est entendu, mais au bout du compte on vit tout de même mieux qu’avant. »

Gisèle Bienne, La Malchimie, Arles, Actes sud, 2019, p. 47.

Cela jusqu’à ce qu’une rupture regrettable n’embarquât notre espèce dans la tragédie du néolithique, l’agriculture, l’élevage, le travail. Dès lors, pour se convaincre qu’on avait bien fait de se tromper de voie, pour justifier la suractivité et l’angoisse frénétique du lendemain, chaque fois qu’on découvrit encore vivant ici ou là un groupe de chasseurs-cueilleurs, on le méprisa et mit tout en œuvre pour l’exterminer. Montesquieu se déchaîna contre l’oisiveté des peuples qui empêche d’asseoir la loi, Engels nota que le travail est le critère qui nous distingue du singe, Hegel se tapa les cuisses durant des heures. C’est pourtant cette indolence que rappelle dans les textes religieux le paradis originel, époque bénie d’avant l’agriculture, avant la propriété, quand la nature nous offrait tout sur un plateau.

Emmanuelle Pireyre, Chimère, Paris, Éditions de l’Olivier, 2019, p. 120-121.

 « Qui se souvient de la date du 13 septembre 1961? Ce jour-là, Edgard Pisani prenait la parole à l’Assemblée nationale : « Si demain – et l’on excusera ma boutade - le lait doit être rouge pour être vendu et les pommes carrées, il faudra que l’Institut national de la recherche agronomique se consacre à cette tâche pour que nous puissions obtenir des produits qui se vendent. » Brutale fracture dans la civilisation paysanne : l’agriculture doit désormais représenter la principale source de richesse de la France. Le pays conquiert de gros marchés extérieurs pendant qu’on explique aux agriculteurs que leur nouvelle vocation est de nourrir la planète. »

Gisèle Bienne, La Malchimie, Arles, Actes sud, 2019, p. 123.

ALBERI

Chi sono? chi sono le querce, gli abeti, i pini, i cipressi, i castagni?... Se il mistero degli animali è grave, quello degli alberi è gravissimo. Il loro stesso aspetto, così sfingeo, di testa umana che si sia diradata fino a far passare il cielo attraverso le sue maglie, il loro immobile silenzio nelle calmi notti di luna o nei meriggi d’estate, la loro solenne longevità, cosa vogliono dire?

Vitaliano Brancati, Diario romano, in Racconti, teatro, scritti giornalistici, a cura di Marco Dondero con un saggio di Giulio Ferroni, Milano, Mondadori, 2003, p.1583-1584.

ALOUETTE

J'aimerais, avant de disparaître moi-même, entendre encore l'alouette chanter au-dessus de ma tête. Il y a de nombreuses années qu'elle ne vient plus. L'alouette pourtant n'a pas besoin de haies, elle pose son nid sur le sol dans les céréales et réussit à chanter des trilles, jusqu'à perte d'haleine, tout en battant des ailes pour s'élever dans le ciel. C'est une merveille.

Jean-Loup Trassard, Verdure, Le temps qu'il fait, 2019,  p. 158.

ALPES

Tous au village ont récupéré à leur compte le mythe alpin. Les autochtones, en vendant leurs produits avec une plus-value de tradition. Les acteurs touristiques, en exploitant la virginité illusoire des Alpes pour vendre des nuitées. Les patriotes, en faisant des Alpes une référence inaltérable au pacte initial. Les écologiques, en défendant l’idée d’un terrain fertile et riche qu’il faut préserver de toute intrusion moderne.

Blaise Hoffman, Estive, Genève, Zoé, 2007, p. 34.

ANATOMIE

Und mit dieser Hand hat es eine eigenartige Bewandtnis. Nicht nur ist sie, verglichen mit der dem Beschauer näheren, geradezu grotesk disproportioniert, sie ist auch anatomisch gänzlich verkehrt. Die offengelegten Sehnen, die, nach der Stellung des Daumens, die der Handfläche der Linken sein sollten, sind die des Rükkens der Rechten. Es handelt sich also um eine rein schulmäßige, offenbar ohne weiteres dem anatomischen Atlas entnommene Aufsetzung, durch die das sonst, wenn man so sagen kann, nach dem Leben gemalte Bild genau in seinem Bedeutungszentrum, dort, wo die Einschnitte schon gemacht sind, umkippt in die krasseste Fehlkonstruktion.

W.G. Sebald, Die Ringe des Saturn. Eine englische Wallfahrt, Frankfurt am Main, Eichborn, 1995, S. 25.

ANIMAUX

Lorsque les chauves-souris commencèrent à tomber du ciel australien, quelque chose changea chez ceux qui en furent témoins. On avait eu moins de mal, au fil des siècles, à convaincre les gens de l’existence d’une entité supérieure toute-puissance que de l’intelligence des abeilles, de daims, des opossums et des oies sauvages. Ce jour-là, on se mit à douter. Dieu existait peut-être moins que les animaux quand même. 

Camille Brunel, La Guérilla des animaux, Paris, Alma, 2018, p. 35

ANTHROPOCENE 

Among the relics of the Anthropocene, therefore, will be the fallout of our atomic age, the crushed foundations of our cities, the spines of millions of intensively farmed ungulates, and the faint outlines of some of the billions of plastic bottles we produce each year – the strata that contain them precisely dateable with reference to the product-design archives of multinationals. Philip Larkin famously proposed that what will survive of us is love. Wrong. What will survive of us is plastic, swine bones and lead-207, the stable isotope at the end of the uranium-235 decay chain.

Robert MacFarlane, Underland, Penguin E-Book, 2019, p 95. 

APPENNINO

L’Appennino è una fattoria degli animali. È zeppo di toponimi come Capracotta, Passo del Cifalco, colle dell’Agnello, Cantalupo, Orsomarso. Posti come Canicola, Gole di Gatta, Vaccarizza, Strangolagalli. Ho davanti a me una penisola che raglia, grugnisce, abbaia, ulula. Un. Universo che bela, muggisce, fa chicchirichì. Nei viaggi l’acustica è fondamentale; e oggi - nel grande silenzio della montagna spopolata – il mio immaginario echeggia di cori animali. 

Paolo Rumiz, La leggenda dei monti naviganti, Feltrinelli, 2007, p.212.

ARAIGNÉE

Les toiles d’araignée se détendent sous l’effet des vibrations sonores, les mouches s’y précipitent, les moucherons s’accrochent aux rideaux. Dans les ficus et les bégonias, on découvre une multitude d’insectes minuscules qui vaquent sans compter leur peine, et comme moi se figent au moment où s’élèvent les voix. Et si tout cela n’avait d’autre fonction que de m’obliger à tisser de nouvelles relations ? Lasse de la compagnie des hommes, je vais au plus petit, avec douceur et tolérance. J’apprécie. Je me sens moins seule.

Marie Nimier, La caresse, Paris, Gallimard, 1994, Paris, Gallimard, « Folio », 2004, p. 30.

ARBRE

Un arbre n’a d’autres sentiments que ceux qu’on lui confie. D’autres émotions que celles qu’il perçoit. D’autre angoisse que la prémonition des tempêtes, des incendies, de la sécheresse et des bûcherons. Mais cette angoisse-là, commune avec les animaux, n’a pas la même origine que la vôtre. Ce n’est pas la perte de nous-mêmes qui nous obsède, c’est la rupture d’une harmonie. L’arrêt des échanges avec les oiseaux, les insectes, les champignons, les jardiniers, les poètes ; la fin des interactions qui nous lient au soleil, à la lune, au vent, à la pluie, aux lois qui gouvernent la formation d’un paysage – ce que vous avez appelé successivement la nature, l’environnement, l’écosystème.

Didier van Cauwelaert, Le journal intime d’un arbre, Neuilly-sur-Seine, Éditions Michel Lafon, 2011, p. 14-15.

[C]e serait qu’il existe des arbres pareils à des hommes, avec une paire de maîtresse branches ne s’élevant pas à plus d’un toise du sol, une grosse loupe comme en ont les ormes têtards et, dessus, un couple de nodosités ressemblant énormément à des yeux, un pli vertical de l’écorce figurant un nez et un autre, horizontal, la bouche. Il aurait pu rester en leur compagnie, dans son canton de l’Indre-et-Loire. Ils auraient peuplé sa solitude, nourri le besoin qu’on a d’être ensemble mais dont l’ennui, la douleur qu’on y gagne engendrent le besoin opposé, d’être seul. Ils auraient allégé la tache qu’il s’était fixée: former une image de ce qui n’était pas lui que tous les esprits reconnussent pour conforme à la nature des choses qu’eux-mêmes n’étaient point les corps, les tourbillons, le système du monde. Il n’aurait pas eu à leur enjoindre, à ces arbres, de rentrer dans leur nature non plus qu’à le laisser, lui, en la sienne puisque les arbres, à la différence des hommes, n’en sont jamais sortis et s’appliquent sans phrases vantardes ni gestes superflus à produire du bois d’œuvre ou de feu, qui est leur fin effective. Ces sortes d’arbres n’existent pas. Sans doute vaut-il mieux qu’il en soit ainsi. Ils ressembleraient peut-être à des hommes, lesquels travaillent à persuader leurs semblables qu’ils sont puissants, meilleurs, différents – ou leurs semblables moins bons, plus petits, différents, c’est pareil – et, pour ce faire, se déguisent en insectes, un pitres, en rat d’égout. 

 

Pierre Bergounioux, L’Orphelin, Paris, Gallimard, 1992, p. 42.

Je dis souvent des arbres qu’ils sont des torches de temps pur. Leur taille est liée à leur âge, et au-delà de leur beauté plastique, le fait qu’ils incarnent (imboisent) le temps fiat à mes yeux leur prix et leur sacralité (nul ne devrait pouvoir les couper à sa guise, car nul ne peut être propriétaire du temps).

Belinda Cannone, S’émerveiller, Paris, Stock, 2017, p. 121.

ATOMENERGIE

Absolut fehlerfreie Prognosen - die gebe es für einen so jungen Zweig der Technik allerdings nicht. Da müsse man, wie immer bei neuen technischen Entwicklungen, mit einem gewissen Risiko rechnen, bis man auch diese Technik vollkommen beherrsche. Dies sei ein Gesetz, das auch für die friedliche Nutzung der Atomenergie gültig sei.

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 123.

AUTOMNE

Nous sommes allés dans la campagne. Le poète « artificiel » cueillait les fleurs les plus naïves. Bleuets et coquelicots chargeaient nos bras. L’air était feu; la splendeur absolue; le silence plein de vertiges et d’échanges; la mort impossible ou indifférente; tout formidablement beau, brûlant et dormant; et les images du sol tremblaient.         Au soleil, dans l’immense forme du ciel pur, je rêvais d’une enceinte incandescente où rien ne cesse; comme si la destruction elle-même se détruisît à peine accomplie. Je perdais le sentiment de la différence de l’être et du non-être. La musique parfois nous impose cette impression, qui est au-delà de toutes les autres. La poésie, pensais-je, n’est-elle point aussi le jeu suprême de la transmutation des idées?... Mallarmé me montra la plaine que le précoce été commençait de dorer : « Voyez, dit-il, c’est le premier coup de cymbale de l’automne sur la terre. »      Quand vint l’automne, il n’était plus.

Paul Valéry, Variété II, in : Œuvres I, J. Hyter éd., Paris, Gallimard, <Bibliothèque de la Pléiade>, 1957, p. 633.

« L’automne coulait tout doucement vers sa fin. Les vignes n’avaient déjà plus de feuilles et le vent ne s’arrêtait plus sur le coup de midi ; il dépassait donc les midi, comme des choses de rien, et il restait à courir jusqu’au soir : il emportait des nuages de toutes les couleurs. Des fois, il était encore là au plein des nuits. »

Jean Giono, Le grand troupeau, Paris, Gallimard, Folio, (1931) 1999, p. 61.

 

BANANE

Il aurait appris avec ravissement que la banane et l’être humain partagent quarante pour cent de leurs gènes ! Dès lors il n’aurait plus mangé de bananes mais se serait incorporé cette cousine éloignée comme on communie, faisant chair de sa chair avec la légère excitation de frôler un acte de cannibalisme tant les soixante pour cent restants lui auraient semblé résider en peu de chose : la capacité de jouer au baby-foot ou d’essuyer la vaisselle, d’écraser un moustique ou de changer les piles d’une calculette.

Joël Baqué, La Fonte des glaces, Paris, P. O. L., 2017, p. 18.

BAHN

Während mir das durch den Kopf ging, sah ich draußen über dem Meer die Schwalben herumschießen. In einem fort ihre winzigen Schreie ausstoßend, durchschnitten sie ihr Flugfeld, geschwinder, als ihnen mit den Augen zu folgen war. Schon früher, in der Kindheit, wenn ich in den Abendstunden vom schattigen Talgrund aus diesen Seglern zuschaute, die zu jener Zeit noch in großer Zahl droben im letzten Licht kreisten, habe ich mir vorgestellt, daß die Welt nur zusamn1engehalten wird von ihren durch den Luftraum gezogenen Bahnen.

W.G. Sebald, Die Ringe des Saturn. Eine englische Wallfahrt, Frankfurt am Main, Eichborn, 1995, S. 88-89.

BALEINE

La rencontre des baleines était un spectacle parfait : le plus beau possible. L’art humain, dans ses derniers soubresauts, ne servait plus qu’à embaumer l’abjection ; le cinéma lui-même s’était fait mémorial de la honte, pensa Isaac, unique moyen de rappeler aux masses qu’elles arrivaient après l’innocence. Toutes les œuvres d’art réunies, littérature, architecture, peinture, cinéma, ne valaient pas le centième de cet instant où une seule baleine avait daigné percer la pellicule des flots et faire entendre l’écho de la vieille promesse du bonheur sur Terre. Le choc n’était pas seulement sentimental, il était esthétique : il n’y avait plus aucune raison d’écrire, de construire, de peindre, de tourner. 

Camille Brunel, La Guérilla des animaux, Paris, Alma, 2018, p. 33.

BAOBAB

Toujours cheminant, Yacine passa près du plus grand baobab de la région. Il avait dû mourir durant la saison sèche, qui venait de s’achever. Il ne lui restait pas une feuille et bientôt, cédant à l’industrieuse voracité de termites invisibles, gonflé d’humidité, il s’effondrerait sur lui-même, comme ce gros homme que Yacine avait vu choir inopinément sur le marché de Podor, six mois plus tôt, au milieu d’un marchandage animé ; et dont l’œil droit, resté ouvert, s’était voilé avec une rapidité prodigieuse, transformant ce qui avait été son corps en une masse grotesque, encombrante, insensée. Il découvrait que la vie est mouvement, qu’une main trop longtemps immobile perd sa qualité de main. 

Stéphane Audeguy, Histoire du lion Personne, Paris, Seuil, 2016, p. 15.

BERG

Er fühlte sich als Teil von etwas Großem, etwas, das seine eigenen Kräfte (eingeschlossen seine Vorstellungskraft) bei weitem überstieg und das, wie er zu erkennen glaubte, nicht nur das Leben im Tal, sondern irgendwie auch die ganze Menschheit voranbringen würde. Seitdem vor wenigen Tagen die Blaue Liesl bei ihrer Probefahrt vorsichtig ruckelnd, jedoch ohne weitere Zwischenfälle zum ersten Mal emporgeschaukelt war, schienen die Berge etwas von ihrer ewiggültigen Mächtigkeit eingebüßt zu haben. Und es würden noch weitere Bahnen folgen.

Robert Seethaler, Ein ganzes Leben, München, Goldmann, 2016, S. 58-59.

BEACH

They trekked out along the crescent sweep of beach, keeping to the firmer sand below the tidewrack. They stood, their clothes flapping softly. Glass floats covered with a grey crust. The bones of seabirds. At the tide line a woven mat of weeds and the ribs of fishes in their millions stretching along the shore as far as eye could see like an isocline of death. One vast sea sepulchre. Senseless. Senseless.

Cormac McCarthy, The Road, London, Picador, 2007, p. 237. 

BESTIAIRE

[...] le bestiaire que je voyais s’agiter dans mes souvenirs et, comme en écho, dans les récits, serpent, araignée, blatte, méduses, papillons, vautours, chauves souris : cela devait bien avoir un sens, me disais-je. Raisonneur.

Olivier Rolin, Veracruz, Paris, 2016, Verdier, p. 111-112.

BÊTE

La tache brune avait disparu. J’étais prêt à la mettre au compte des choses qu’on fait apparaître en louchant mais qui n’existent pas quand le grognement sauvage, furibond, dans la fougère, nous a remplis d’aiguilles jusqu’à la plante des pieds. Il n’était pas très fort, à la réflexion, mais on pouvait construire autour la bête, la chair noire, musculeuse, l’énergie, l’endurance incroyables qu’enveloppait la toison – le mot m’est venu tout seul – fauve dont j’apercevais distinctement un lambeau à moins de dix pas. Il appartenait sans discussion possible à l’univers différent où nous nous étions insinués, sans rien qui rappelle les bêtes serves, roses, marron ou blanches, les bœufs, les cheveux, les chiens même à qui en passant, sur la route, nous parlions et qui nous écoutaient. Et la première pensée qui me soit venue, si j’excepte le fourmillement froid d’aiguilles, a été que nous pourrions peut-être, la bête, l’abattre, la ramener jusqu’à la maison puisque nous étions déjà entrés sur son domaine, dans le ciel blanc, les fougères noires, le froid intense qui nous obligeait à serrer les dents. 

Pierre Bergounioux, La Bête faramineuse, Paris, Gallimard, 1986, p. 14.

BIG BANG

Come pretendiamo che ci sia ordine se viviamo, anzi siamo, ciò che resta di un'esplosione?
Anzi no, non siamo il residuo del Big Bang, siamo il Big Bang, perché l'esplosione è ancora in atto, il Tutto sta ancora deflagrando, siamo materia esplodente abitata da qualche rarissimo episodio di aspirazione all'ordine.

Francesco Pecoraro, La vita in tempo di pace, Ponte alle Grazie, 2013, p.81.

BIRDS

Once in those early years he’d wakened in a barren wood and lay listening to flocks of migratory birds overhead in that bitter dark. Their half muted crankings miles above where they circled the earth as senselessly as insects trooping the rim of a bowl. He wished them godspeed till they were gone. He never heard them again.

Cormac McCarthy, The Road, London, Picador, 2007, p. 55.  

BOIS

La sauvagerie, sa racine l’indique, c’est les bois, leur primitif empire sur le corps et l’esprit de ceux qu’ils tiennent captifs. Le contraire, c’est le rêve de pierre des grandes cités, les procédés qu’on observe à la ville, la distinction. L’urbanité. Le sauvage apparaît à l’instant précis où les mœurs se civilisent, vers la fin du Moyen Âge. Il sert de repoussoir aux milieux avancés dont la sensibilité, le sentiment qu’ils ont de leur valeur, se traduisent par une stylisation de la vie quotidienne. 

Pierre Bergounioux, Un peu de bleu dans le paysage, Lagrasse, Verdier, 2001, p. 15.

BOOK

I had a book in my hands to while away the time, and it occurred to me that in a way a landscape too is not unlike a book – a compilation of pages that overlap without any two ever being the same. People open the book according to their taste and training, their memories and desires: for a geologist the compilation opens at one page, for a boatman at another, and still another for a ship’s pilot, a painter and so on. On occasion these pages are ruled with lines that are invisible to some people, while being for others, as real, as charged and as volatile as high-voltage cables.

Amitav Ghosh, The Hungry Tide, London, Borough Press, 2005, p. 224.

BOSCHI

Peter cominciò a passare sempre più tempo da solo nei boschi. Ogni suo passo sullo spesso strato di humus, i miliardi di aghi di larice accumulatisi nei millenni, faceva risuonare la roccia viva a metri di profondità come la membrana di un tamburo, quel tonfo leggero mentre avanzava guardingo con la fionda in mano gli pareva il suono più accogliente del mondo. Quella era casa sua, e scoiattoli, volpi, martore, galli cedroni e gazze ladre erano i suoi compagni. Imparò a ucciderli, certo, ma prima a conoscerli, a osservarli paziente, ad aspettarli per ore.

Francesca Melandri, Eva dorme, Milano, Arnoldo Mondadori, 2010, p. 38

CABANE

Retiré dans sa cabane, le vieux lettré solitaire s’oublie lui-même. En s’oubliant lui-même, il devient disponible à la magie des nuages qui traversent le ciel, au reflet des montagnes sur l’eau. Ne faisant pas de distinction entre contemplation et action, porter de l’eau et couper du bois lui sont un même éveil aux phénomènes que regarder les bambous se découper sur le ciel, la lune se refléter sur l’eau.

 Antoine Marcel, Traité de la cabane solitaire, Paris, Arléa, 2008, p. 166.

CANYON

Lui seul connaissait les caches, les reposées et même les vires d’aigles au sommet des falaises aussi à coup sûr, tout ce petit peuple pour de bon s’enfuirait. Puis, étant donné que la forêt de pins s’étendait jusqu’aux abords du précipice, Juan, Georges et lui entreprirent de déboiser. Ils tronçonnèrent sans relâche toute la semaine, débardèrent puis chargèrent les grumes destinées à la papeterie. Ensuite ils brûlèrent les rémanents avant d’effectuer un premier passage de bulldozer pour dessoucher. « Ça prend tournure et ça adoucit le relief » se félicita Georges. Le soir à la lune, après souper, Louis s’aventura parmi les dernières travées de résineux encore debout, en lisière de la forêt domaniale. Elles s’estompaient (…) et Louis qui n’arrivait pas à se résigner, s’adressa à un auditoire imaginaire, en clamant haut et fort :- Puisqu’il s’agit de commettre l’irréparable, ce canyon, vous devriez bien le regarder avant de le détruire! 

André Bucher, La montagne de la dernière chance, Marseille, éd. Le mot et le reste, 2015, p. 53.

CANYON WREN

I stand up to rivet the dimness. The burbling call breaks the dark once more. This time I hear each note, a canyon wren, surely, but something else. I strain my ears at the night, listening for that other sound. When it comes I realize it has been there each time, each call, an ornament hardly separated from the bird’s first note. I recall vividly the last canyon wrens I heard, ones around my home where they are never far from the waters of the Colorado, their voices another purling in the dry air. The song again, pure, sharp, now without the grace note. I fix its place and move into the night, my face averted, feeling through the darkness with my hands, sliding my feet ahead, down a scrabble slope. Long minutes pass between bursts of wren song and then there is only silence. 

Barry Lopez, Outside: Six Short Stories, Trinity University Press E-book, 2014, pp. 59-60. 

CARTILAGINE

Mi siedo in piazza a prendere appunti, ma il foglio resta vuoto. Qualche sociologo illustre parla di scomparsa della realtà, parla di dominio della simulazione. Qui mi pare che siamo in terra di nessuno. La realtà ormai è una cartilagine delicatissima e la simulazione non sa dove appigliarsi.

Franco Arminio, Vento forte fra Lacedonia e Candela: esercizi di paesologia, Laterza, 2008, p.14.

CERF

1) L’hôte le plus imposant de la forêt, auquel s’attache le caractère de grande noblesse, cette royauté des dix-cors, n’a pas cependant l’existence moyenâgeuse d’un seigneur qui, dans ses paresses prolongées et les indolences de son oisiveté, se verrait servir ses mets préférés, occupé par les divertissements et les discours vaporeux d’une cour d’amour où l’on traite et l’on juge des questions de galanterie. Tout au contraire, à chaque nouvelle année le cerf se crée et se recrée abruptement dans la fibre sauvage, remet en jeu son empire et son rang. Tout à la fois il se dépense sans réserve, s’épuise et se refait à frais nouveaux, en méritant bien, dans les mythes de croissance, « l’image archaïque de la renovation cyclique».

Jean-Pierre Otte, L’Amour en forêt, Paris, Éditions Julliard, 2001, p. 28.

2) C’était en fin de journée. L’obscurité allait tomber, quand j’ai vu sortir de la forêt une autre forêt menaçante : une troupe de cerfs aux larges ramures qui d’un bloc m’a fait face avant de se remettre.

Claudie Hunzinger, La Survivance, Paris, Grasset, 2013, p.736.

CHAMEAU

Il parcourut une longue distance, mais la plainte, la brûlure, le malheur l’atteignirent dans le désert. Seul le malheur transforme le blatèrement des chameaux en hurlement de loup. Le tacheté hurlait toujours quand il se plaignait, ce qui ne lui arrivait que lorsque la douleur atteignait les limites, le cœur. Il n’y a pas ici-bas une seul créature dont la résistance à la douleur physique puisse se mesurer à celle du chameau ; en revanche, il n’y a pas plus faible que lui pour supporter les douleurs du cœur.

Ibrahim Al koni, Poussière d’or, trad. Mohamed Saad Eddine El Yamani, Paris, Gallimard, 1998, [1990], <Dar At-tanwir>, p.103

CHANGEMENT CLIMATIQUE

Tant d’individus partageant la même conviction : c’était l’art sous sa forme la plus ambitieuse –la poésie, la sculpture, la danse, la musique abstraite, l’art conceptuel– qui ferait du changement climatique un sujet incontournable, le mettrait en lumière, l’explorerait, révélerait toute l’horreur, la beauté perdue, la terrible menace, et inciterait l’opinion publique à réfléchir, à agir ou à exiger des autres qu’ils le fassent.

Ian McEwan, Solaire, trad. CamusPichon, Paris, Gallimard, <Folio>, 2011 [2010], p. 117.

CHASSE

La chasse établit entre l’homme et l’animal des relations ambiguës, une familiarité qui, pour cruelle qu’elle soit, réduit la distance qui les sépare, quand ils vivent en paix, chacun de son côté. La chasse […] favorise un face à face que rien d’autre ne pourrait provoquer […] et où l’animal trouve sa pleine réalité. (HA : 80)

Pierre Gascar, L’Homme et l’Animal, Paris, Albin Michel, 1974, p. 80.

CHAUVE-SOURIS

– Si, si, je te jure, la pire catastrophe du continent nord-américain depuis l’extinction du pigeon migrateur. Figure-toi, ça la rend folle. Elle parle de ça, matin, midi et soir. Elle connaît tout sur les champignons, la présence fongique comme elle dit, blanche, sur le museau des bestioles. Elle ne rigole pas du tout. – Tu veux dire que Batman a chaud aux fesses ? – Non, Mitch, c’est sérieux, la chauve-souris ! Figure-toi, c’est un pesticide vivant. Leur disparition coûterait des milliards à l’agriculture américaine. – Eh ! T’es sûr que c’est elle que ça tracasse, ou c’est toi ? – Moi, non, je m’en tape, (…)

Laurent Mauvignier, Autour du monde, Paris, Minuit, 2014, p. 337.

CHEMIN NOIR

[...] des sentiers ruraux, des pistes pastorales fixées par le cadastre, des accès pour les services forestiers, des appuis de lisières, des viae antiques à peine entretenues, parfois privées, souvent laissées à la circulation des bêtes. La carte entière se veinait de ces artères. C’étaient mes chemins noirs. Ils ouvraient sur l’échappée, ils étaient oubliés, le silence y régnait, on n’y croisait personne et parfois la broussaille se refermait aussitôt après le passage.

Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs, Paris, Gallimard, 2016, p. 33-34.

CHEVAL

Sylvain devrait entrer dans une nouvelle phase et fabriquer de bonnes cellules. Si cela dépendait uniquement de sa volonté, il y parviendrait vite mais ça stagne, son sang c’est zéro bon globule blanc. Nous voici donc dans ce fameux désert qu’est l’aplasie. On lui a demandé s’il souhaitait s’entretenir avec une psychologue. (...) Que demandent ses yeux aimantés par le mur? « Parlez-lui. » Je dis : « Le cheval... » « Hein? » « Il nous avait adoptés toi et moi, rien que toi et moi. » « Ah, le cheval... » Nous le montions sans avoir appris. Nous avions parié que nous ramperions sous son ventre dans l’écurie et nous avons tenu ce pari. « Une chance qu’il ne nous ait pas envoyé un coup de sabot. Si maman nous avait vus ramper entre ses pattes, passer sous son ventre plusieurs fois de suite... » « Il nous protégeait. »

Gisèle Bienne, La Malchimie, Arles, Actes sud, 2019, p. 78-79.

CHEVREUIL

C’est par bonds que le chevreuil progresse prestement. Il bondit, rebondit avec une légèreté et élégance, dans une sorte de danse alerte et gracieuse, adroit à se dérober et difficile à suivre dans le labyrinthe du taillis. Il use d’un esprit de finesse, celui d’une intelligence aimantée par l’intuition, et c’est par la rapidité de sa course et ses lacets multipliés qu’il échappe à la poursuite des chiens.

Jean-Pierre Otte, L’Amour en forêt, Paris, Éditions Julliard, 2001, p. 43.

CHIEN

Quand même, commentait Joseph, je ne comprends pas comment il peut faire ça. C’est un animal, réplique Jules. Et il y avait dans sa voix un regret et un étonnement. Son chien faisait-il vraiment la guerre sans chagrin, sans états d’âme ? L’absence des mots expliquait-elle cette indifférence à l’horreur. Pouvait-il exister un homme capable de gambader au milieu des débris humains sans vomir ou désespérer ? (…) Ah ! pensait le Landais. Etre semblable à lui ! Traverser l’hécatombe sans souffrir, parce que l’on ignorera la mort jusqu’à la sienne propre… ?

Alice Ferney, Dans la guerre, Arles, Actes Sud, 2003, p. 289.

Bref, l’humanité était tellement férue de fidélité et n’y arrivait tellement pas, qu’un beau jour elle ne supporta plus ce hiatus et chercha à qui refiler la patate chaude. L’humanité regarda autour d’elle et vit la porte, ce qui lui donna envie de s’enfuir en courant ; mais regardant plus attentivement, elle vit le chien devant la porte, frétillant, les yeux brillant d’excitation. Et l’humanité lui refila la patate. De ce jour, le chien est devenu le plus fidèle ami de l’homme. Quand les couples divorcent à une vitesse exponentielle, le chien lui n’a pas changé. Le chien sera toujours là pour moi et m’accepte comme je suis ; si je meurs, il ne cherche pas quelqu’un d’autre et viendra durant dix ans m’attendre au bureau. Lorsqu’ils se regardent dans les yeux, le propriétaire et chien sont inondés de poussées d’ocytocine, l’hormone produite par les câlins.

Emmanuelle Pireyre, Chimère, Paris, Éditions de l’Olivier, 2019, p. 99.

CHILOMETRI

I venti chilometri che lo separavano dal suo paese erano diventati rapidamente memoria. Le distese di campi, gli argini, le esplorazioni sul Po e i suoi affluenti, l'orizzonte diviso dalle gelate e dalle nebbie infernali in strisce di diverso bianco si erano cristallizzati in pomeriggi di gioia perfetta. Visioni nitide, ma ormai prive di significato, inagibili, come il ricordo di certi sogni che è vivo appena svegli e poi sbiadisce fino a perdere del tutto il senso.

Alessandra Sarchi, Violazione, Einaudi, 2012, p. 67.

CHTHULUCENE

The unfinished Chthulucene must collect up the trash of the Anthropocene, the exterminism of the Capitalocene, and chipping and shredding and layering like a mad gardener, make a much hotter compost pile for still possible pasts, presents, and futures. 

Donna Haraway, Staying with the Trouble, Durham and London, Duke University Press, 2016, p. 57. 

CIEL

Certains matins, il y a dans le ciel quelque chose que Lalla aime bien : c’est un grand nuage, long et effilé, qui traverse le ciel à l’endroit où il y a le plus de bleu. Au bout du fil blanc, on voit une petite croix d’argent qui traverse le ciel à l’endroit où il y a le plus de bleu. Au bout du fil blanc, on voit une petite croix d’argent qui avance dans le ciel, la tête, la tête renversée en arrière. Elle aime voir comment elle avance dans le grand ciel bleu, sans bruit, en laissant derrière ce long nuage blanc, formé de petites boules cotonneuses qui se mélangent et s’élargissent comme une route, puis le vent passe sur le nuage et lave le ciel. »

J.M.G. Le Cézio, Désert, Paris, Gallimard, Folio, p 86

COCHON

[…] la vache sera toujours l’animal noble, sacré, le porc sera toujours le prolo, l’emmerdeur qui crie, ameute tout le quartier et se débat comme un cochon qu’on égorge

Joy Sorman, Comme une bête, Paris, Gallimard, 2011, p. 55.

COLOMBE

Je ne sais pas comment les auspices de l’Antiquité considéraient les blanches colombes, mais pour moi elle était à l’évidence un oiseau de mauvais augure, un oiseau blessé dont l’arrivée parmi nous aurait dû nous alerter. (…) J’ai brutalement arraché de son perchoir cette mécanique inepte indifférente à mon malheur pour la balancer de toutes mes forces à la manière d’une grenade dégoupillée dont il faut se débarrasser au plus vite. Elle a tourneboulé dans l’air comme une pierre avant de s’immobiliser le temps de déployer ses ailes pour misérablement voleter au-dessus des toits. (…) Elle n’a pas eu le temps de se remettre sur ses pattes. Sa proie dans la gueule, le chat s’est éloigné sans se presser à la recherche d’un endroit tranquille pour la dépiauter comme si les chutes de volatiles étaient un phénomène courant dans la région et qu’il avait l’habitude d’avoir un dîner servi ainsi par voie aérienne. 

Roland Buti, Le Milieu de l’horizon, Genève, Zoé poche, 2016 [2013], p. 207-208.

COMPANION

I am a frayed and nibbled survivor in a fallen world, and I am getting along. I am aging and eaten and have done my share of eating too. I am not washed and beautiful, in control of a shining world in which everything fits, but instead am wandering awed about on a splintered wreck I’ve come to care for, whose gnawed trees breathe a delicate air, whose bloodied and scarred creatures are my dearest companions, and whose beauty beats and shines not in its imperfections but overwhelmingly in spite of them, under the wind-rent clouds, upstream and down (382-83).

Annie Dillard, Pilgrim at Tinker Creek, HarperCollins E-books, 2007, 282-83. 

CONCRETE

There was something irresistible about the building, of course, even an unyielding ruin such as this, slabbed private and tight. It stood alone here, with mountains behind it, and carried the tilted lyric of a misplaced object, like some prairie drive-in shut down for years with the audio hookups all askew and the huge screen facing blankly toward a cornfield. It’s the kind of human junk that deepens the landscape, makes it sadder and lonelier and places a vague sad subjective regret at the edge of your response – not regret so much as a sense of time’s own esthetic, how strange and still and beautiful a chunk of concrete can be, lived in fleetingly and abandoned, the soul of wilderness signed by men and women passing through.

 Don DeLillo, Underworld, London, Picador, 1997, p. 461-462.

CONFINI

E se per loro c'erano i confini a che cosa servivano se con gli aeroplani potevano passarci sopra? E se non c'erano confini in area perchè dovevano esserci in terra? E in questo « per loro » intendeva tutti quelli che i confini ritenevano cosa concreta o sacra; ma per lui e per quelli come lui, e non erano poi tanto pochi come potrebbe sembrare ma la maggioranza degli uomini, i confini non erano mai esistiti se non come guardie da pagare o gendarmi da evitare. Insomma se l'acqua era libera e l'aria era libera doveva essere libera anche la terra.

Mario Rigoni Stern, Storia di Tönle, in Trilogia dell'Altipiano, Torino, Einaudi, 2010, p. 51.

CONOSCENZA

Bosco, luogo per eccellenza in cui si viene abbandonati; la conoscenza è anche una forma di abbandono.

Laura Pugno, In territorio selvaggio, Nottetempo, 2018, p. 78.

CORPO

Tutti [trattano] il fiume come un oggetto inanimato. E appena poteva, spiegava a tutti che il corso del Po cambia sempre (come il nostro corpo), a causa della forza centrifuga dell'acqua che erode le sue sponde concave e dei materiali alluvionali che si depositano sulle sponde convesse, così che ogni sua ansa è destinata a essere erosa dalla parte interna, mentre la curva esterna a poco a poco è chiusa da un terrazzo fluviale, e i meandri si raddrizzano e si riformano più a valle col movimento continuo d'una biscia che avanza, rimodellando sempre la via delle acque fin dalla lontanissima era del quaternario. Ma adesso che tutti lo prendevano per un oggetto inanimato, il fiume stava lentamente impazzendo ed era diventato incomprensibile nei suoi movimenti, anche per via dei due cordoni d'argini pensili quasi ininterrotti sulle sue rive.

Gianni Celati, Verso la foce, Feltrinelli, 1989, p.73.

COWS

“He walked out to the barn. He had a piece of cloth that he intended to use to collect seeds from the haybales but when he got to the barn he stopped and stood listening to the wind. A creaking of tin somewhere high in the roof above him. There was yet a lingering odor of cows in the barn and he stood there thinking about cows and he realized they were extinct. Was that true? There could be a cow somewhere being fed and cared for. Could there? Fed what? Saved for what?”

Cormac McCarthy, The Road, London, Picador, 2007, p. 127

CRÉPUSCULE

Ma mère disait que si nous observions là, au crépuscule, nous allions peut-être voir quelque chose. Elle pensait aux fées dont les rondes sur l’herbe sont ensuite dessinées par les cercles de champignons rosés.

Jean-Loup Trassard, Dormance, Paris, Gallimard, 2000, p. 17.

 

 DAUPHIN

 [Les dauphins] sont déjà au-dessous de lui et multipliés encore par l’ombre de leurs corps, l’ombre qui multiplie la profusion rapide, une ombre colorée ondulant des mêmes mouvements sous leurs mouvements à eux et déjà, eux, dans le silence de l’eau. (…) Taha voudrait les suivre et nager avec eux, se sentir comme porté par eux et l’évidence de leur puissance, et que dure un peu cette magie, cette beauté, alors il essaie de suivre le dauphin qui est un peu en retrait des autres, car il lui semble que peut-être, oui, c’est ça, il se dit que c’est possible, il lui semble que le dauphin voudrait l’attendre et alors en se propulsant derrière lui et en tendant le plus possible ses bras et ses jambes Taha produit la nage la plus rapide et la plus puissante de sa vie.

Laurent Mauvignier, Autour du monde, Paris, Minuit, 2014, p. 90-91.

DEAD 

He marched straight until a sheer drop stopped him, then stood panting with the air dead in his ears. It was all dead, dead, dead. There were no lions here. Not for three hundred years. This mountain was finished, cleaned out, used up, shot out. Nothing. The misted-out sky was blank as a painted wall, the things around him – these rocks, these crumbs of damp, quartz-salted earth – each as crisply defined in the diffuse light as a relic in a museum case, and as drained of life. 

Henrietta Rose-Innes, Green Lion,  Aardvark Bureau, London, 2015, p. 260. 

DÉBORD

« Il n’y avait plus de charrues pour ronger la lande, pour naviguer en rond dans les grosses pièces de terre rouge. Il n’y avait plus de bêches et de houes, de pioches et de herses ; il n’y avait plus de ces araires pirates qu’on emportait à dos d’homme jusqu’au milieu de la garrigue pour gagner un peu de terre neuve, et maintenant, tout débordait. Le grand bénéfice de la terre, il était pour ces viornes et ces ronces, et ces vignes folles qui étouffaient tous sous leurs longues mains nerveuses aux cent doigts. On avait fait comme un large cirque et on avait poussé là-dedans tous les laboureurs saouls, et on leur faisait se casser les reins en luttant. » 

Jean Giono, Le Grand troupeau, Paris, Gallimard, Folio, (1931) 1999, p. 61

DÉCHARGE 

Agbogbloshie, ça ressemble à la matière gluante d’une abondante merde déversée d’un cul malade et purulent, y ayant laissé des traînéesnoires indélébiles, obstruant les narines d’un relent de charogne, désastre de notre abjection parce que c’est notre cul qui se vide, là. 

Guilllaume Poix, Les Fils conducteurs, Paris, Gallimard, p. 37.

DÉCHET 

Les déchets étaient de toute nature mais généralement de petite taille. Des chaises, des pioches, des bottes de paille, des fourchettes et des couverts, du linge de maison, des fours à micro-ondes, des ordinateurs, des pelisses, des blocs de viande racornie, des masses poisseuses de provenance indéterminée, des matelas, des pyjamas de détenus, des moteurs de congélateurs, des portes de placard, des portions de clapier, des encyclopédies rééditées sur papier après la fin d’Internet, des livres pour enfants, des boîtes de conserve, des outils, des restes de chauves-souris, des tenues anti-radiations retirées à des cadavres de pompiers, des restes de chiens, de la vaisselle de fête, des portraits de leaders.

 Antoine Volodine, Terminus radieux, Paris, Seuil, 2014, p. 399.

DÉMÉNAGER

[…] déménager, c’est-à-dire démaisonner, déshabiter. Pour ça aussi il faut du temps. Il faut autant de temps pour ficeler un homme à son sol, à sa terre, et après bien des compromis sur le décalage entre ce que dit la tête et ce que marche le corps, quand tout est bien lié et qu’on pense qu’on est destiné à mourir, alors parfois quelque chose se déclenche, vraiment comme une porte qui s’ouvre, une clenche qui lâche, et il faut encore du temps pour se défaire de toute la poussière et comme dire des toiles que les araignées locales ont gullivéré sur toi.

 

Benoît Vincent, L’Entreterre,  Nantes, Les inaperçus, coll. Narratus, p. 27.

DESERT

There is something about the desert that the human sensibility cannot assimilate, or has not so far been able to assimilate. Perhaps that is why it has scarcely been approached in poetry or fiction, music or painting; every region of the United States except the arid West has produced distinguished artists or has been represented in works of art which have agreed-upon general significance.

Edward Abbey, Desert Solitaire. A Season in the Wilderness, New York, Touchstone, 1968, p.  242.

 Le désert de sable ne promet rien. Le désert de sable est traître. C’est un néant, où il n’y a ni herbe, ni arbres, ni animaux sauvages. Comparé à cet ingrat, le désert des Hammada est un paradis. Si tu n’y trouves pas une gazelle ou un mouflon, il t’offre un lapin ; et quand il n’y a pas de lapin, alors il te propose un lézard. Mais si la saison ne convient pas à l’apparition des lézards, il t’invite à un banquet de plantes vertes ; et quand le ciel est avare de pluie, il te gratifie de graines de jujubier de l’an passé. Seigneur ! Que la Hammda est clémente. Alors que le désert n’offre comme nourriture que le sable, la poussière et le qibli.

 Ibrahim Al koni, Poussière d’or, trad M. El Yamani, Paris, Gallimard, 1998, [1990], <Dar At-tanwir>, p. 79-80.

Dans le désert aussi il y a des fleuves, commenta le voyageur, des fleuves anciens, des traces de fleuves inscrites dans la chair du désert comme les rides de sagesse sur la face des vieillards, mais qui ne coulent qu’une fois tous les cent ans, tous les mille ans peut-être, puisque le désert assoiffé se rue sur les vallées pour leur prendre le don du ciel. Au désert, un homme vous donnerait sa vie pour peu que vous lui montriez une vallée inondée. Mais qu’a donc fait le désert pour être privé d’eau et mériter la malédiction du ciel ?

 Ibrahim Al koni, Les Mages, trad P. Vigreux, Paris, Phébus, 2005 [1990], <Dar At-tanwir>, p. 273

« Il n’y avait rien d’autre sur la terre, rien, ni personne. Ils étaient nés du désert, aucun aute chemin ne pouvait les conduire. Ils ne disaient rien. Ils ne voulaient rien. Le vent passait sur eux, à travers eux, comme s’il n’y avait personne sur les dunes. La fatigue et la soif les enveloppait comme une gangue. La sècheresse avait durci leurs lèvres et leur langue. La faim les rongeait. Ils n’auraient pas pu parler. Ils étaient devenus depuis si longtemps, muets comme le désert, pleins de lumière quand le soleil brûle encore au centre du ciel vide, et glacés de la nuit aux étoiles figées. »

 Jean-Marie Gustave Le Clézio, Désert, Paris, Gallimard, Folio, p. 8.

DIAMANT

 La neige est la plus belle chose du monde. Le flocon est un agrégat de cristaux, comme le diamant, mais le diamant est l’une des matières les plus dures que l’on trouve sur terre. C’est dans le diamant que sont taillés le casque d’Héraclès, la faucille de Cronos, les chaînes de Prométhée.

 Eric Vuillard, Tristesse de la terre, Paris, Actes Sud, 2014, p.149. 

DIO

Qualcosa era cambiato nell’atmosfera, negli strati di protezione che separavano la Terra dalla stella del suo sistema, e ora il sole sembrava voler divorare l’umanità come un dio maligno. Un dio azteco che chiedeva sacrifici.

Laura Pugno, Sirene, Marsilio, (2007) 2017, p.10.

DOMINANZA

Sono convinto per inciso, che le caratteristiche del mondo naturale non siano né di destra né di sinistra, né buone né cattive, ma siano al di fuori di qualsiasi considerazione etica. Sono invece ben dentro l'etica se le traspongo nel mondo della convivenza umana, dove si rivelano infallibilmente di destra, cioè contrarie ad ogni forma di solidarietà che vada al di là di una generica empatia e pietas di specie. Quando il mondo naturale – sopravvivenza del più forte, sopraffazione rapporti di dominanza, violenza, eccetera – si fa politica, è politica di destra.

Francesco Pecoraro, Questa ed altre preistorie, Le Lettere, 2008, p. 125-127.

DOUGLAS FIR

The things she catches Doug-firs doing, over the course of these years, fill her with joy. When the lateral roots of two Douglas-firs run into each other underground, they fuse. Through those self-grafted knots, the two trees join their vascular systems together and become one. Networked together underground by countless thousands of miles of living fungal threads, her trees feed and heal each other, keep their young and sick alive, pool their resources and metabolites into community chests….. It will take years for the picture to emerge. There will be findings, unbelievable truths confirmed by a spreading worldwide web of researchers in Canada, Europe, Asia, all happily swapping data through faster and better channels. Her trees are far more special than Patricia ever suspected. There are no individuals. There aren’t even separate species. Everything in the forest is the forest.

 Richard Powers, The Overstory, W.W. Norton & Company, 2018, p. 142.

 DUNE 

  Lalla connait tous les chemins, tous les creux des dunes. Elle pourrait aller partout les yeux fermés, et elle saurait tout de suite où elle est, rien qu’en touchant la terre avec ses pieds nus. Le vent saute par instants la barrière des dunes, jette des poignées d’aiguilles sur la peau de l’enfant, emmêle ses cheveux noirs. La robe de Lalla colle sur sa peau humide, elle doit tirer le tissu pour le détacher. »

 Jean-Marie Gustave Le Clézio, Désert, Paris, Gallimard, Folio, p 76

DVD

He feels the need to hear a human voice – a fully human voice, like his own. Sometimes he laughs like a hyena or roars like a lion – his idea of a hyena, his idea of a lion. He used to watch old DVDs of such creatures when he was a child: those animal-behaviour programs featuring copulation and growling and innards, and mothers licking their young. Why had he found them so reassuring?

Margaret Atwood, Oryx and Crake, London, Virago Press, 2003, p. 11. 

 

EAU

Elle chante au moindre caillou qui dépasse du fond, elle murmure en se lançant dans de nouveaux rapides. Elle blanchit, sans réfléchir. Elle blanchit de plaisir. Du plaisir de sauter sur les cailloux. De sonner sur les galets. De couler, vive, claire, légère. En riant de son insouciance. Elle blanchit comme un sourire, dans la lumière grise, et douce, qui descend au fond de la vallée.

Pierre Patrolin, La traversée de la France à la nage, Paris, P. O. L., 2012, p. 242.

Jamais la musique du courant ne m’a déçue, qu’il soit minime et murmurant ou presque assourdissant, et, dans mes photos, je l’entends. J’entends le tendre accueil de l’entêtement de l’eau par ces pierres réputées dures, dont la malléabilité apparaît pourtant si clairement, mais des milliers d’années plus tard. J’entends le tempérament de l’eau, trop impatiente pour attendre si longtemps. Elle hausse sa surface, elle joue des coudes, des virages, vive devant les obstacles, et déborde et revient, en ramenant depuis son lit brouillé des souvenirs de ma famille.

Emmanuelle Pagano, Ligne & fils, Paris, P. O. L., 2015, p. 9-10.

L’eau n’est pas forcément offensive, elle est enfermée. On la dit véhémente et tempétueuse, mais on ne dit jamais la violence des rives, leurs contraintes, l’autorité des canaux, des dérivations, des ponts, des digues, des écluses, des chenaux, des béals.

Emmanuelle Pagano, Ligne & fils, Paris, P. O. L., 2015, p. 42.

L’eau, tout ce qu’elle sait faire, c’est couler, depuis son bassin versant, de l’amont vers l’aval, des crêtes vers le fond de la vallée, des surfaces vers les profondeurs. Plus le terrain est heurté, plus la quantité d’écoulement est importante, l’eau ruisselle rapidement, elle n’a pas le temps de s’évaporer ou de s’infiltrer.

Emmanuelle Pagano, Ligne & fils, Paris, P. O. L., 2015, p. 146.

ÉCHO

Les petites falaises, d’où les garçons sautaient, répercutaient partout des sons qui nous désorientaient, dès que nous nous allongions, sans cesser de les regarder, des échos qui finissaient par s’échouer au bord de nous, et dont nous ne savions pas identifier la provenance. Nous les filles, nous nous racontions des histoires d’amoureux noyés dont nous entendions les plaintes, avant de nous taire pour écouter mieux. Nous tendions l’oreille à nos croyances enfantines, et c’était le silence qui semblait tout engloutir, ce silence des plages permis par le tamis des serviettes épousant les galets, le silence des moments tout chauds où l’on est si bien qu’on a une peur superstitieuse de parler.

Emmanuelle Pagano, Ligne & fils, Paris, P. O. L., 2015, p. 39.

ÉCUREUIL

Ce qui ressort d’abord de l’écureuil est bien évidemment sa queue en panache, laquelle, tout en lui constituant un ornement, remplit des rôles décisifs et nombreux. Il serait peut-être dommage que ce qui nous confère fière allure n’ait pas en même temps diverses fonctions, capitales dans l’ordre de notre vie, et que certaines techniques ne soient liées à une esthétique tout de même extravagante du poil.

Que ce soit dans la course en altitude, dans la grimpée agile ou l’exécution d’un saut, la queue sert à l’écureuil de gouvernail et de balancier. C’est l’ornement qui établit et maintient l’équilibre, facilite le pointage, conserve le cap vers l’autre branche repérée.

Jean-Pierre Otte, L’Amour en forêt, Paris, Éditions Julliard, 2001, p. 152.

EDGE

Between the laundry and the fetching kids from school, that’s how birds enter my life. I listen. During a lull in the traffic, oyster catchers. In the school playground, sparrows – what few sparrows are left – chirp from the eaves. There are old swallows’ nests up there. It’s late April, but where are the swallows? The birds live at the edge of my life. That’s okay. I like the sense that the margins of my life are semi-permeable. Where the peregrines go when they’re not at their rock ledge, I couldn’t say. 

Kathleen Jamie, Findings, London, Sort of Books, 2005, p. 39. 

EINBRUCH

Immer wieder kam es so, inmitten des schleichenden, gewissermaßen zur Lebensnormalität gewordenen, kaum mehr registrierten und von Tag zu Tag auch nicht registrierbaren Zerfalls zu plötzlichen, katastrophenartigen Einbrüchen, meist nach langen Regenperioden oder Trockenzeiten oder überhaupt beim Umschlagen des Wetters Gerade wenn man glaubte, eine gewisse Linie halten zu können, mußte man aufgrund einer unversehens eingetretenen, drastischen Verschlimmerung der Lage weitere Felder räumen, bis man sich, tatsächlich ausweglos, zurückgedrängt sah auf den alleräußersten Posten, als ein Gefangener im eigenen Haus.

W.G. Sebald, Die Ringe des Saturn. Eine englische Wallfahrt, Frankfurt am Main, Eichborn, 1995, S. 272.

EISENGARTEN

In den Garagen ehemals herrschaftlicher Sommervillen standen Maultiere und Ziegen neben verrotteten Kabrioletts, und immer noch bezogen die Bewohner des Seeufers und alle, die zu einem Leben im Schatten des Steinernen Meeres gezwungen waren, die meisten ihrer Maschinen und Ersatzteile von den Schrottplätzen der Armee oder aus Eisengärten wie jenem, der auf dem Schmiedhügel tiefer und tiefer in die verwildernde Erde sank. 

Christoph Ransmayr, Morbus Kitahara. Roman, Frankfurt am Main, Fischer, 1995, S. 229.

ELEGIE

Ich fühle mich den Bäumen verbunden, ich schreibe Sonnette an sie und Elegien und Oden; wie Kinder kenne ich sie alle bei ihren Namen und wünsche mir nur, daß ich einmal sterben darf unter ihnen. - Diese Aufnahme wurde vor zirka zehn Jahren in Ditchingham gemacht, an einem Samstagnachmittag, als das Herrenhaus zu Wohltätigkeitszwecken für das allgemeine Publikum geöffnet war. Die libanesische Zeder, an die ich, in Unkenntnis noch der unguten Dinge, die seither geschehen sind, gelehnt stehe, ist einer der bei der Anlage des Parks gepflanzten Bäume, von denen so viele sonst, wie gesagt, schon verschwunden sind.

W.G. Sebald, Die Ringe des Saturn. Eine englische Wallfahrt, Frankfurt am Main, Eichborn, 1995, S. 326-327.

ERDE

Einen Stall werde er übrigens nicht brauchen, denn für Vieh gebe es weder den Platz noch die Zeit, schließlich wolle er kein Bauer sein. Bauer sein bedeute nämlich: ein Leben lang auf seiner Scholle herumkriechen und mit gesenktem Blick in der Erde wühlen. Ein Mann nach seinem Geschmack aber müsse den Blick heben, auf dass er möglichst weit hinwegschaue über sein eigenes, eng begrenztes Fleckchen Erde.

Robert Seethaler, Ein ganzes Leben, München, Goldmann, 2016, S. 37.

ERMITE

L’ermite se tient à l’écart, dans un refus poli. Il ressemble au convive qui, d’un geste doux, refuse le plat. Si la société disparaissait, l’ermite poursuivrait sa vie d’ermite. Les révoltés, eux, se trouveraient au chômage technique. L’ermite ne s’oppose pas, il épouse un mode de vie. Il ne dénonce pas un mensonge, il cherche une vérité.

Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie, Paris, Gallimard, 2011, p. 148.

ESCARGOT

Quand je l’ai vu traverser la rue j’ai cru que c’était une souris. C’était un escargot, mais façon tropiques, cornu, cinq fois plus gros que ceux que La Fontaine pouvait voir à Versailles. La taille d’une tabatière de poche. Il poussait devant lui une boule de crottin, poussait tout en retenant de peur que le vent de mer ne la lui emporte. J’étais sur le fauteuil du barbier, la gueule pleine de savon. J’ai éloigné le rasoir de ma gorge et j’ai bondi dans la rue pour le capturer. Il ne l’entendait pas du tout de cette oreille et m’a fendu l’extrémité du pouce en guise de bonjour. La douleur et la surprise m’ont fait serrer le poing : il s’est aussitôt tétanisé, faisant le mort sans lâcher sa boule comme ces gisants impériaux qui tiennent la Sphère du Monde contre leur cœur sans vie.

Nicolas Bouvier, Le Poisson-Scorpion, dans : Oeuvres, E. Bouvier éd., Paris, Gallimard, <Quarto>, 2004, p. 799.

Dans la cuisine, je me prépare un café que je bois assise en compagnie de l’escargot. « La Fontaine... je dis soudain tout haut, La Fontaine... » Si le grand ironiste revenait parmi nous, il aurait matière à écrire de nouvelles fables, « Les animaux malades des pesticides ». Le lion Monsanto, le tigre Bayer, l’ours Syngenta, l’âne mon frère... J’ai arrosé l’escargot qui a sorti ses cornes et grimpé sur le treillis protégeant le bol. Il ne déloge plus de sa colline. La façade de la cathédrale n’est plus éclairée. L’immeuble est calme, le ciel bleu foncé, dans un jardin proche le rossignol chante. Il est cinq heures. 

Gisèle Bienne, La Malchimie, Arles, Actes sud, 2019, p. 66.

ÉTANG

La surface de l’étang était calme et d’un vert brillant, mais surtout incroyablement calme et j’ai pensé que c’était une chance parce que c’était surement que je m’en souviendrais tout le temps, étant donné que c’était la dernière fois que nous y venions. Pour être sûr de l’emmener avec moi partout aussi calme et brillant, je l’ai parcouru du regard, lentement et avec une très grande attention. Quand je suis arrivé à l’endroit où la tête du cheval reposait dans l’eau tout à l’heure, j’ai compris que ça aussi je l’emmènerais avec moi, et que je n’y pouvais rien.

Hubert Mingarelli, Quatre soldats, Édition du Seuil, France, 2003, p 149.

ÉVASION

[J]’entendis derrière moi un froissement de feuilles dans les fourrés. Je me retournai : non, ce n’était pas une biche ; un coup de vent tout au plus. Je m’assis contre un arbre et me recroquevillai le plus que je pus, les mains sur les épaules, dans un état d’attente confiante, attente dont je n’aurais pas pu définir l’objet : ma vraie évasion commençait.

 

Pierre Gascar, « La forêt », in : Le Règne végétal, Paris, Gallimard, 1981, p.156.

EXPLODIEREN

Eines Tages, über den ich in der Gegenwartsform nicht schreiben kann, werden die Kirschbäume aufgeblüht gewesen sein. Ich werde vermieden haben, zu denken: »explodiert«; die Kirschbäume sind explodiert, wie ich es noch ein Jahr zuvor, obwohl nicht mehr ganz unwissend, ohne weiteres nicht nur denken, auch sagen konnte. Das Grün explodiert: Nie wäre ein solcher Satz dem Naturvorgang angemessener gewesen als dieses Jahr, bei dieser Frühlingshitze nach dem endlos langen Winter. Von den viel später sich herumsprechenden Warnungen, die Früchte zu essen, deren Blüte in jene Tage fiel, habe ich an dem Morgen, an dem ich mich wie jeden Morgen über das Treiben der Nachbarshühner in unserer frischen Grassaat ärgern mußte, noch nichts gewußt.

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 9.

EXTINCTATHON 

By unspoken consent they’d given up on Blood and Roses, which was fine with Crake because he was into something new – Extinctathon, an interactive biofreak masterlore game he’d found on the Web. EXTINCTATHON, Monitored by MaddAddam. Adam named the living animals, MaddAddam names the dead ones. Do you want to play? That was what came up when you logged on

Margaret Atwood, Oryx and Crake, London, Virago Press, 2003, p. 92.

EXTINCTION

And how different could it be when the death was a last death? Say an individual was the very last of its kind. Say it was small – one of the kangaroo rats for instance – and ran from a young fox through a hardscrabble field, towering clouds casting long shadows over the grass. The run lasted a few seconds only; no one was watching, no one at all because there was no one for miles around, no one but insects and worms and a jet passing high overhead. Say neither of them knew either, the fox or the rat, that the rat was the last, that no rat like him would ever be born again. Was it different then? Did the world feel the loss?

Lydia Millet, How the Dead Dream, Vintage, 2009, p. 166.

FALCONS 

I never forgot those silent, wayward goshawks. But when I became a falconer I never wanted to fly one. They unnerved me. They were things of death and difficulty: spooky, pale-eyed psychopaths that lived and killed in woodland thickets. Falcons were the raptors I loved: sharp-winged, bullet-heavy birds with dark eyes and an extraordinary ease in the air. I rejoiced in their aerial verve, their friendliness, their breathtaking stoops from a thousand feet, wind tearing through their wings with the sound of ripping canvas. They were as different from hawks as dogs are from cats.” 

Helen Macdonald, H is for Hawk, London, Jonathan Cape, E-book, 2014, p. 45. 

FANGZÄHNE

Berings Brüder waren beide verloren; tot der eine, der jüngere, ertrunken im See von Moor, als er im eisigen Wasser einer Bucht nach Zähnen tauchte, nach der versenkten, von Rotalgen und Süßwassermuscheln überwachsenen Munition einer versprengten Armee, nach kupfernen Projektilen, die er mit Steinen von den Patronenhülsen geklopft, durchbohrt und wie Fangzähne an einer Schnur um den Hals getragen hatte.

Christoph Ransmayr, Morbus Kitahara. Roman, Frankfurt am Main, Fischer, 1995, S. 11.

 FIUME

Ho il maldifiume, la bellezza da vertigine, lo sbandamento da trasformazione, lo stupore per la crescita e per la condivisione che mi hai mostrato nei riflessi e sulle rive e ti penso ancora che rinasci dal Capo, in questo e in ogni istante portando in ogni goccia le nostre storie e la tua in una confluenza eterna e ogni parte di te diventa Bocca e mangi il mare e ti fai pelle nuova e salata. Vecchio, nuovo, morto, vivo sono tutti aggettivi con cui ti puoi mascherare per prenderci in giro e somigliarci,

 Simona Baldanzi, Maldifiume, Edicilo, Venezia, 2016, p. 231.

FONTE

Sulla mappa del Mugello trovo acque dai nomi favolosi, ma se provo a evocarle non ho risposta. Fonte al Cilegio! Assente.  Fonte della Canina! Assente. Fonte Frassineta!  Assente. Fonte di Fosso Lupaio!  Assente. Torrente Bagnone! Assente. Fiume Rovigo! Assente. Stanno sulla carta, il mormorio è perduto. 

Paolo Rumiz, La leggenda dei monti naviganti, 2007, p.242.

FORÊT

 1) « A quoi penses-tu quand tu es heureux ? » m’a-t-il demandé. Je n’ai pas compris, car il y avait quatre fautes dans sa phrase, mais il a répété sa question et j’ai saisi que nous devions parler. « À la forêt », ai-je dit, juste pour répondre quelque chose. Il a ricané, comme s’il n’avait jamais rien entendu d’aussi bête. « Il y a des bruits merveilleux dans la forêt », ai-je ajouté. Il a ri, plus fort cette fois.

 Roy Jacobsen, Les Bûcherons, trad. A. Gnaedig, Paris, Gallimard, 2011 [2005], <Du monde entier>, p. 102.

  2) Des ondes de chaleur et des senteurs sauvages s’élèvent de l’humus foulé, s’enlacent, se mêlent et se dénouent autour de leurs jambes, et chacun d’eux traîne dans son sillage des lambeaux de saisons mortes et de très vieilles chasses. La forêt s’étend et se déploie autour d’eux. Chaque pas qu’ils font sous la voûte frémissante élargit le monde des arbres et lui rend peu à peu ses dimensions primitives.

 Albert Vidalie, Les Verdures de l’ouest, Paris, Julliard, 1963, <Le livre de poche>, p. 42.

 3) La forêt est, à la fois, un gisement de matière première et un site de production. Elle diffère de la mine ou de l’usine en ceci qu’elle vit. Elle semble endormie, absorbée dans un songe. Mais lorsqu’on est voisin, on sent son hostilité sourde, patiente. On se souvient que son nom, à l’origine, c’est foris, le dehors. On devine son dessein, qui est de régner sans partager, comme au commencement.  

 Pierre Bergounioux, Un peu de bleu dans le paysage, Lagrasse, Verdier, 2001, p. 15.

FOREST 

He could scarcely believe it. Where was the forest? The landscape had been corrupted. The village had swollen by fifty houses, a grain mill, a water-powered sawmill, a large sheep commons. The forest had been pushed out of sight, and in the place of woodlands were rough fields with crops growing between stumps. The muddy trail west that he remembered was now a fair road. For a moment he was frightened; if miles of forest could be removed so quickly by a few men with axes, was the forest then as vulnerable as a beaver? No, the forest returned with vigor, resprouted from cut stumps, cast seeds, sent out mother roots from which new trees grew. These forests could not disappear. In New France they were vast and eternal. 

 Annie Proulx, Barkskins, New York, Scribner, 2016, p. 118.  

 FORSYTHIE 

 Dann bin ich aufgestanden, hinausgegangen und habe angefangen, unter dem Unkraut zu wüten, mit bloßen Händen. Zuerst habe ich das Gras um die kleinen neugepflanzten Sträucher gerupft, die zu ersticken drohten. Eine winzige Forsythie schickte sich an zu blühen.

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 32.

FORTIN

 Notre fortin était situé dans une des étroites vallées (…) au milieu du relief boisé de cette partie nord de l’Alsace (…). Etabli sur un versant, presque contre la lisière de la forêt, il dominait un ruisseau pourvu d’une vanne qui, refermée en cas d’attaque, permettait d’inonder la vallée.

 Pierre Gascar, Le Fortin, Paris, Gallimard, 1983, p. 15.

FOUGÈRE

 Tardant à m’endormir, car quelques puces bravaient toujours l’odeur et la fraîcheur de la fougère, je m’amusais dans l’obscurité à distinguer au toucher les feuilles fertiles de celles qui ne l’étaient pas. Les premières – je l’avais appris en classe de sciences naturelles – portent sur leur envers des sporanges qui leur donnent le relief, le grain d’une broderie, d’un galon. Chez les autres plantes, les graines sont logées au cœur des fruits, dans des capsules, des gousses, des épis, ou se présentent en grappes, en ombrelles, en corymbes, etc. Ici, elles envahissent l’ensemble de la fronde, comme les myriades de pucerons qui couvrent quelquefois toutes les parties d’un rosier : un grouillement figé. L’idée de grouillement ne me serait pas venue à l’esprit, si je n’avais su que, dans la reproduction des fougères, apparaît une gamète pourvue de flagelles dont, à la faveur de la pluie, elle se sert pour nager vers l’organe féminin présent dans le petit organisme de la spore.

 Pierre Gascar, Le règne végétal, Paris, Gallimard, 1981, p. 30.

La fougère, avachie dans son pot, faisait peine à voir, elle retombait sur sa tige dans une triste parodie de saule pleureur, les feuilles flapies, l’épiderme fripé. Elle avait dû souffrir de la chaleur encore plus que les autres. Je ressortis la petite liste que m’avaient laissée les Drescher pour voir ce qui était écrit au sujet de la fougère. Gros besoins (ah, oui, gros besoins, qu’est-ce que je disais). Deux fois par jour, si grosses chaleurs ; sinon, tous les jours. J’étais loin du compte, en effet. Je craignais, cependant, sans bouger, toutefois (c’était là de pures conjectures qu’il était agréable de faire sur le lit des Drescher), que, si j’arrosais trop abondamment la fougère maintenant, elle pourrait me faire une fanaison en règle. Finalement, pour lui éviter un trop brusque contraste thermique, j’allais remplir une vieille bassine d’eau tiède dans la cuisine, et, de retour dans la chambre, retirant le pot de fougère de l’étagère où elle était posée, je mis le pot à tremper pour la nuit, afin que la plante reprenne vie à son rythme, par lente et progressive infiltration d’humidité, exsudation et capillarité, de manière à retrouver toute sa vigueur et sa splendeur d’antan.

Jean-Philippe Toussaint, La télévision, Paris, Éditions de Minuit, 1997, 2002, p. 36.

 FORM

 Der Studebaker, Major Elliots Hinterlassenschaft, war in seiner alten Pracht nicht mehr zu retten. Aber dieser Schmied wußte aus jeder Delle und aus jedem Riß im Blech eine neue Form zu gewinnen.

 Christoph Ransmayr, Morbus Kitahara. Roman, Frankfurt am Main, Fischer, 1995, 93. 

FRICHE

 En France, comme dans tous les pays développés, l’activité agricole requiert de moins en moins de personnes, à cause à la fois de sa mécanisation croissante et de la mise en œuvre de méthodes de production (abondance d’engrais, arrosages intensifs, etc.) propres à augmenter le rendement des terres cultivées. Aussi, afin d’éviter l’engorgement du marché des produits agricoles, l’avilissement de leurs prix et l’accroissement illimité des stocks, les pays de la Communauté européenne ont décidé d’encourager, au moyen de primes compensatoires, la réduction des surfaces exploitées, le cheptel devenant de son côté l’objet d’une sorte de malthusianisme. […] L’écologie réhabilite la friche, lui donne une destination.

 Pierre Gascar, La friche, Paris, Gallimard, 1993, p. 9-10.

 FROID

 L’automne arrive vite, écrit-il, la nuit polaire approche. Aujourd’hui pour la première fois on a fait fonctionner les poêles. La forêt est jaune et ocre, les arbres perdent leur feuillage. Je ne sais pas ce que je ferai quand je sortirai de l’hôpital, je ne voudrais pas travailler dehors car malgré mon amour de la Nature mon âge et ma faiblesse nerveuse me font craindre le froid.

 Olivier Rolin, Le Météorologue, Paris, Seuil/ Paulsen, 2014, <Fiction & Cie>, p.176

FRUIT

 Je lui envoie le dessin d’une baie qu’on trouve ici, je pense lui faire une collection de fleurs et de baies. Au fil des mois il dessine des abricots, des airelles, une grappe de raisin, des cerises, une fraise des bois, des canneberges, des groseilles à maquereau, des framboises, des reines-claudes, des myrtilles, des cassis et des groseilles, des pruneaux, toute une salade de fruits, et deux encore dont je ne connais ni l’apparence ni le nom.

Olivier Rolin, Le Météorologue, Paris, Seuil/ Paulsen, 2014, <Fiction & Cie>, p.122-123.

FUKUSHIMA

Une infinité de pièces de métal était arrivée sur la plage, charriée par la mer. La saleté avait recouvert l’océan à perte de vue. Des tubes se dressaient ici et là, souches crasseuses d’arbres foudroyés, et l’on distinguait parfois la courbe d’une coque de bateau retourné, couverte d’algues vert sombre. - Courtesy of Fukushima. 

Camille Brunel, La guérilla des animaux, Paris, Alma, 2018, p. 27.

FUMÉE

Il a un comportement d’agité compulsif, de grand anxieux. On pourrait d’ailleurs penser qu’il grille cigarette sur cigarette, à voir comme il ne cesse de couvrir le ciel de rapides fumées grises. (…) Il fait courir sur les grands paysages bleus et fauves que parfois découvre une trouée dans le bois de vifs chiffons d’ombre et de lumière qui, ne cessant de se déformer au gré du relief qu’ils épousent, donnent l’impression que la terre se gondole continuellement et dans tous les sens.

Olivier Rolin, Mon galurin gris, Paris, Seuil, 1997, <Fiction & Cie>, p. 244-245.

 

 

 

GEGENGOTT

Nicht ihn habe ich gefürchtet, den Gegengott. Ich fürchtete die Abgründe in mir selbst - was heißt: unter meiner Schädeldecke-, aus denen ein solches UnWesen aufsteigen könnte.

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 50. 

GENERATION 

“All it takes,” said Crake, “is the elimination of one generation. One generation of anything. Beetles, trees, microbes, scientists, speakers of French, whatever. Break the link in time between one generation and the next, and it’s game over forever.”

Margaret Atwood, Oryx and Crake, London, Virago Press, 2003, pp. 261-62. 

GENETIC MEMORY 

Foraging for herbs and fungi in a wood in southern England, I had pushed through a screen of branches and seen, beside a small stream, a ginger-brown mound. It was a muntjac, one of the Chinese barking deer that have proliferated here since they were released by the Duke of Bedford in the early twentieth century. It must have died a few minutes before I arrived. Its eyes were bright, the body warm. … I gathered up the ankles and heaved it onto my shoulders. The deer wrapped around my neck and back as if it had been tailored for me; the weight seemed to settle perfectly across my joints. The effect was remarkable. As soon as I felt its warmth on my back, I wanted to roar. My skin flushed, my lungs filled with air. This, my body told me, was why I was here. This was what I was for. Civilization slid off as easily as a bathrobe. I believe, though I have no means of showing that this proposition is true, that …  I was experiencing a genetic memory. … Through the greater part of human existence, while we were still subject to natural selection, we were shaped by imperatives –the need to feed, defend and shelter ourselves, to reciprocate and work together, to breed and to care for our children – which ensured that certain suites of behaviour became instinctive. … Some of these stereotyped responses – like the instinctive ways in which we care for our children – are still appropriate and necessary. Others – such as the instincts which once helped us to defend ourselves and our families from both predators and competing clans – can cause disaster, in densely populated, technologically amplified societies, when they are unleashed. We have had to learn techniques of containment, to press our roaring blood into quieter channels. Where these urges are familiar to us, experience has taught us how to suppress or redirect them. But this sensation was new. I could not assimilate it because – until I picked up the deer – I had been unaware of its existence. It was overwhelming, raw, feral. I did not have a place to put it; but I knew that it belonged to me as much as the tendons I use to curl my fingers.

George Monbiot, Feral, Chicago, The University of Chicago Press, 2014, pp. 33-34. 

GENETTE

Elle semble un animal-totem de nos privilèges perdus. Sortie de la légende pour incarner une pensée libre, imprévisible et sauvage, conjuguée fidèlement à une extraordinaire agilité du corps. C’est sans dissonance qu’elle s’inscrit dans la nature, cependant distincte dans un accord de subtilité, une présence simple et complexe, aux invisibles liens.

La genette fascine par sa grâce aisée et son élégance dans le mouvement, par ses aptitudes toutes de légèreté, sa vivacité pour atteindre les cimes et boire le bleu du ciel à la pointe des plus hautes branches. Elle a ses divertissements, ses jeux, ses humeurs fantasques, ses siestes entre ombre et soleil, ses expéditions silencieuses, ses sommeils en peloton, et elle se plaît à s’ébrouer et se rouler dans l’herbe. Elle entame un mouvement pour le rompre et continuer un autre, l’esprit toujours au carrefour de toutes sortes d’inspirations. Dans ce jeu improvisé, jamais n’apparaît la plus fine fracture : tout s’enchaîne dans un lyrisme merveilleux de contorsions. Multiple et divine, elle n’est que dans l’instant présent, sans aucun intérêt pour un avenir qui ne serait pas immédiat, et semble se faire une religion de l’imprévisible et de l’imprévu.

Jean-Pierre Otte, L’Amour en forêt, Paris, Éditions Julliard, 2001, p. 114.

GIRAFFE 

If we were to judge nature by its common sense or likelihood, we wouldn’t believe the world existed. In nature, improbabilities are the one stock in trade. The whole creation is one lunatic fringe. If creation had been left up to me, I’m sure I wouldn’t have had the imagination or courage to do more than shape a single, reasonably sized atom, smooth as a snowball, and let it go at that. No claims of any and all revelations could be so far-fetched as a single giraffe.

Annie Dillard, Pilgrim at Tinker Creek, Harper Collins E-Books, 2007, pp. 227-28. 

GOSHAWK 

The hawks were goshawks, and one in particular. A few years earlier, I’d worked at a bird-of-prey centre right at the edge of England before it tips into Wales; a land of red earth, coal-workings, wet forest and wild goshawks. This one, an adult female, had hit a fence while hunting and knocked herself out. … Beautiful like a granite cliff or a thundercloud. She completely filled the room. … [S]he turned her head to stare right at me. Locked her eyes on mine down her curved black beak, black pupils fixed. Then, right then, it occurred to me that this goshawk was bigger than me and more important. And much, much older: a dinosaur pulled from the Forest of Dean. There was a distinct, prehistoric scent to her feathers; it caught in my nose, peppery, rusty as storm-rain.

Helen Macdonald, H is for Hawk, London, Jonathan Cape, 2014, pp. 38-40. 

GREEN

Green in nature is one thing, green in literature another. Nature and letters seem to have a natural antipathy; bring them together and they tear each other to pieces.

Virginia Woolf, Orlando, Vintage, London, 2004, p. 5.

GRENZE

Fest steht nur, daß sie sich letzten Endes als unzureichend erwiesen, als in der Neujahrsnacht von 1285 auf 1286 eine Sturmflut die untere Stadt und die Hafengegend so grauenhaft verwüstete, daß monatelang kein Mensch mehr wußte, wo die Grenze war zwischen dem Meer und dem Land. Eingestürzte Mauern, Bauschutt,  zerbrochenes Gebälk, zerborstene Schiffsleiber, aufgeweichte Massen von Lehm, Kies, Sand und Wasser überall.

W.G. Sebald, Die Ringe des Saturn. Eine englische Wallfahrt, Frankfurt am Main, Eichborn, 1995, S. 198.

GRILLON

Je n’aime pas trop les métaphores, mais comment décrire objectivement cette masse sourde et grave, ce chœur de basses des Grillons des bois (Nemobius sylvestris), même si je n’ai pas, à proprement parler, marché sur eux, le chemin est assez dégagé pour repérer une de ces petites bêtes qui d’ailleurs a senti depuis longtemps la vibration de mes pas. Ils grouillent dans les feuilles mortes de la chênaie, qui recouvrent le sol, dans les anciens pacages et sur les côtés du sentier, que je suis presque seule à emprunter. Pour en voir un, il suffit de se pencher, d’attendre un peu, dans la plus parfaite immobilité, puis, si un chant reprend, de placer ses paumes ouvertes de part et d’autre des oreilles, elles augmentent non seulement la puissance du son mais elles permettent de localiser avec plus de précision sa provenance, et de traquer le soliste, puis de soulever quelques feuilles mortes, si possible avec un bout de bois très fin.

Fabienne Raphoz, Parce que l’oiseau, Paris, Corti, coll. Biophilia, 2018, p. 146.

GROßFLEISCHEREI

Dieses Land ist ein guter Futterverwerter, es versöhnt sich jeden Tag aufs neue mit sich selbst. Denn es war Fleisch, das es, das Land der Hämmerer Zukunftsreich, geopfert hat, und auch heute muß es seine Kunden am Leben erhalten, die da kommen wollen, um wieder unter uns zu wohnen oder uns zumindest zu besuchen in unserer Großfleischerei, in der wir schon ganz andere mit unsren Zeitmessern dauerhaft bearbeitet haben.

Elfriede Jelinek, Kinder der Toten, Reinbek bei Hamburg, Rowohlt, 1995, S. 440.

 

HABITER

Ce livre-là parlerait d’habiter et d’être née quelque part en conjuguant ces modes à diverses personnes, puisque écrire : “je suis de là”, elle ne savait pas bien ce que ça voulait dire. Il fallait tenter l’expérience, placer un sujet dans un lieu, étudier les lieux communs des personnes et des pays. Ça commençait comme ça, paysages et questions.

M. Darrieussecq, Le pays, P.O.L., 2005, p. 100. 

HALBWERTZEIT

Heute, habe ich mir vorgenommen, werde ich noch einmal alles essen und trinken ohne eine Spur von schlechtem Gewissen. Jene immer häufiger auftretende innere Instanz in mir hat, ungebeten, damit begonnen, mir vorzurechnen, in welchem Alter mich die Spätfolgen der Mahlzeiten dieser Tage ereilen werden, falls diese Mahlzeiten strahlende Substanzen enthalten, deren Halbwertszeiten... Hier hat der stille beharrliche Rechner in mir wechselnde Werte eingesetzt, und ich habe mich auflachen hören, höhnisch.

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 69.

HALDE

Jeden Buchstaben als freistehende, gemauerte Skulptur aus den Trümmern des Barackenlagers am Schotterwerk, aus den Fundamenten der Wachtürme und den Stahlbetonsplittern eines gesprengten Bunkers ... So hatte Elliot nicht nur eine aufgegebene Halde des Steinbruchs am See, sondern das ganze Gebirge in ein Denkmal verwandelt.

Christoph Ransmayr, Morbus Kitahara. Roman, Frankfurt am Main, Fischer, 1995, S. 33.

HANDSCHUH

Dabei weiß ich von früheren Gelegenheiten, daß man Franzosenkraut, wenn es sich einmal auf einem Grundstück festgesetzt hat, niemals wieder vertreiben kann. Zur vollen Stunde habe ich aus meinem kleinen Radio gehört, man tue gut daran, heute, falls man denn unbedingt im Garten arbeiten müsse, dabei Handschuhe anzuziehen, und ich habe mich einen Laut ausstoßen hören, der einem irren Triumphlaut nahegekommen ist, während ich eifrig weiter mit meinen bloßen Händen das Unkraut gerupft habe. Das wollen wir doch mal sehen, habe ich dazu gesagt-

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 33.

HEN HARRIER 

A drive, a spot of birdwatching, a sandwich and a walk on the cliffs, and by half-past two what daylight had been grudgingly dealt out was being gathered again. The distant hills were black and bulky. When I got back to the car, the sun was so low it was shining directly through the windscreen, dazzling bright, and this was a good sign. As I drove, the empty winter fields revealed a secret presence of water, in dips and reed-beds, orange-coloured and aglow like precious things. I even saw a hen harrier, gliding above some rust-tipped reeds at a lochside, its wings held in the shallowest of Vs. The dead of winter, so called.

Kathleen Jamie, Findings, London, Sort of Books, 2005, pp. 9-10. 

HERBE

Sylvain est à l’hôpital pour une leucémie aiguë. » J’ai dit « non », ou ne l’ai pas dit, ou seulement intérieurement, et dans le silence qui a suivi, oubliant le livre de David Rieff, oubliant qui j’étais, où j’étais, j’ai vu la marée de l’herbe. Elle se déployait sous mes yeux avec ses touffes de roseaux vigoureux, ses scintillations, ses fleurs sauvages, ses vagues ondoyantes. Et j’ai vu l’arbre, seul au milieu de la marée, le saule, je décelais dans son tronc la fente qui pouvait recevoir un enfant. L’herbe, l’arbre, le ciel, et nous, Sylvain, Gabrielle, perdus chaque matin d’été avec les bêtes dans cet îlot de verdure, lui-moi à quelques centaines de mètres de la forêt, ensemble pendant dix années, liés par le pacte de l’herbe 

Gisèle Bienne, La Malchimie, Arles, Actes sud, 2019, p. 14-15.

HÉRISSON

Le hérisson a le cerveau étroit et modeste, noyé d’une petite résonance froide, comme si son armure épineuse le dispensait tout à fait de cultiver un peu d’acuité et de développer un esprit de ruse. De pouvoir à la moindre inquiétude s’entourer de sis piquants le rend indolent, buissonnier, insouciant, indifférent même à tout ce qui n’est pas sa proie.

Dans sa mémoire s’impriment surtout les figures de l’effroi, l’empreinte des périls indéfinis, ceux-là qui lui ont mis la suée au ventre. Quant aux souvenirs qu’il garde de la chair de certains reptiles, certains insectes et certains fruits, il lui ravivent l’appétit au réveil, lorsqu’il sort de ses longs sommeils en boule.

Jean-Pierre Otte, L’Amour en forêt, Paris, Éditions Julliard, 2001, p. 143.

 

Sous la carapace de piquants, la solitude est étroite, cernée de tout côté ; le hérisson loge en lui-même, dans l’obscurité, sans plus aucune nécessité, dans l’attente que le danger s’écarte. Tout entier aux aguets, les sens aiguisés, il perçoit des bruits qu’il n’identifie pas, le souffle de son adversaire, des odeurs fortes qui filtrent à travers la fourrure d’épines. Si le siège dure, le temps devient de l’espace, un espace d’angoisses aiguës, d’intrications, de conjectures effrayantes. Mais, peut-être, quand on cesse de le secouer ou de le triturer de la patte, égrène-t-il dans une semi-tranquillité tout un chapelet de rêveries presque liquides.

Jean-Pierre Otte, L’Amour en forêt, Paris, Éditions Julliard, 2001, p. 148.

HIMMELSFARBE

Nun ist es soweit. Aber da können sie lange suchen, sie sehen nichts. Allein der Verdacht, der in ihnen bohrt, macht es, daß die unschuldige Himmelsfarbe diesen giftigen Ton annimmt. Der bösartige Himmel. So setzen sich die Mütter vors Radio und bemühen sich, die neuen Wörter zu lernen.

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 36.

HIRONDELLE

Les hirondelles reviennent en rase-mottes, dans un ballet incessant et désordonné. Elles lancent encore leurs petits cris aigus, rapides, en tourbillonnant devant les nuages. Elles se croisent sans ralentir, la queue courte en fourchue, elles viennent tourner au ras des murs. Les merles se taisent sur leur passage. Un chien aboie, sans conviction. Soudain, les ailes rabattues d’un coup sec au-dessus de la tête, elles tombent un instant, elles inventent un trou d’air, un instant de chute libre, très bref, les plumes tendues au-dessus du crâne avant de reprendre leur vol. Le ciel rosit au-dessus. Ensuite, elles s’enfoncent dans les trous des remparts : elles volent droit vers le mur, sans ralentir, sans dévier, comme un avion qui viendrait percuter une tour. Elles viennent se ficher dans la paroi, droit dans la fente où leur corps disparaît. Un instant plus tard, elles ressortent, pour recommencer.

Pierre Patrolin, La traversée de la France à la nage, Paris, P. O. L., 2012, p. 346-347.

HIVER

L’hiver, c’est le royaume des étendues blanches, des chatoiements opale, un Niagara de neige avec des aurores ambre, azur ou roses pareilles à des ciels d’Italie tels qu’on les voit sur des aquarelles.

Olivier Rolin, Le Météorologue, Paris, Seuil/ Paulsen, 2014, <Fiction & Cie>, p.176.

HOMME/ANIMAL

Pour interroger, il faut être deux : celui qui interroge, celui qu’on interroge. Confondu avec la nature, l’animal ne peut interroger. (...) L’animal fait un avec la nature. L’homme fait deux. Pour passer de l’inconscience passive à la conscience interrogative, il a fallu ce schisme, ce divorce. N’est-ce pas la frontière, précisément? Animal avant l’arrachement, homme après lui? Des animaux dénaturés, voilà ce que nous sommes.

Vercors, Les Animaux dénaturés, Paris, Albin Michel, 1981 [1952], <Le livre de poche>, p. 79

HYÈNE

La photo était à l’endroit où je l’avais laissée l’été d’avant, derrière la page de garde. L’enfant pouvait avoir notre âge. Il semblait dormir, la tête sous un buisson, le visage détendu, le bras gauche abandonné, formant un angle droit avec le buste nu. (…) On ne décelait aucune trace de blessure (…). La hyène mouchetée était couchée près de lui et de sa large patte lui enserrait les deux genoux, juste sous le tissu, l’espèce de jupe qui couvrait le ventre et le bassin de l’enfant. Ce qui me terrifiait, c’était peut-être qu’il n’y eût rien de terrifiant, pas de chair arrachée, de sang. La bête, elle, fixait le sol, vers le bord inférieur de la photo. (…) La terreur suintait de l’image lorsqu’on regardait simultanément la bête et l’enfant. On comprenait aussitôt que pour que pareille rencontre se produise et se prolonge, l’un ou l’autre devait avoir cessé d’être en quelque sorte lui-même, conscient, libre, vivant. 

Pierre Bergounioux, La bête faramineuse, Paris, Gallimard, 1986, p. 60-61.

 

 

ICE 

In a dry wind like this, snow and ice can pass directly into the air as a gas without having first melted to water. This process is called sublimation; tonight the snow in the yard and the ice in the creek sublime.

Annie Dillard, Pilgrim at Tinker Creek, HarperCollins E-Books, 2007, pp. 87-88. 

ICEBERG

Dans la nature, les prédateurs chassent prioritairement les bêtes malades ou affaiblies. Les icebergs, ce sont les morceaux affaiblis de la banquise. On devrait même pouvoir les exploiter sans autorisation. C’est une question de salubrité publique.

Joël Baqué, La Fonte des glaces, Paris, P. O. L., 2017, p. 183.

IDENTITÉ

Le soubassement de l’identité d’un pays, dès lors, il faut risquer cela, ce serait l’ensemble de toutes ces dormances, et la possibilité, à travers elles, d’une infinité de résurgences ; jamais ce qui coule d’une unique source qui aurait valeur d’origine et de garantie, mais ce qui s’étoile au sein d’un système complexe de fuites et de pannes par l’entremise duquel le passé se délivre, comme passé, à même la texture du présent, un seul fil tiré ayant le pouvoir d’en faire réagir quantité d’autres, selon une logique de réseau constamment agrandie et modifiée. Le fil Carmontelle, par exemple, tel que tiré par l’exposition du transparent des Quatre Saisons dans les écuries du parc de Sceaux, j’ai tenté d’en suivre un peu la secousse légère en passant par quelques relais dont Rousseau et l’enfance, mais bien entendu – car l’espace de la survivance n’a pas de bord – tout est beaucoup plus subtil ou beaucoup plus dilué, c’est comme si un infini de la résonance se présentait à chaque sursaut. 

Jean-Christophe Bailly, Le Dépaysement. Voyages en France, Paris, Seuil, 2011, p. 54-55.

IGNORANCE 

Il est regrettable que les cultivateurs érigent leur manque de curiosité pour la nature et l'ignorance qui en découle comme juge du droit pour une plante ou un animal à vivre sur terre.

Jean-Loup Trassard, Verdure, Le temps qu'il fait, 2019,  p. 153. 

INCUBATEUR

L’incubateur géant n’avait pas de fenêtres et, une fois à l’intérieur, nous étions des aventuriers explorant une planète mystérieuse située très loin de notre système solaire, une planète dont l’atmosphère douteuse pouvait être composée de gaz nocif ou de bactéries mutantes ayant le pouvoir de pénétrer nos tissus pour ensuite nous phagocyter dans le sournois dessein de prendre notre apparence. En réalité, si nous n’étions plus tout à fait nous-mêmes dans des tenues galactiques, c’est parce que nous devions respecter des mesures d’hygiène strictes pour ne pas introduire de germes dans l’élevage, germes qui pouvaient transformer en une seule journée un poulet bien en chair en une carcasse mitée invendable. 

Roland Buti, Le Milieu de l’horizon, Genève, Zoé poche, 2016 [2013], p. 52-53.

INTERVENTION

They say the day is coming – it may already be here – when there will be no more wild creatures. That is, when no species on the planet will be able to further itself without reference or negotiation with us. When our intervention or restraint will be a factor in their continued existence. Every creature: salmon, sand martins, seals, flies. What does it matter?”

Kathleen Jamie, Findings, London, Sort of Books, 2005, p. 79. 

 

INSECTES

La forêt est à hauteur d’herbe. Des tiges, des fibres, des fils visqueux et des nerfs végétaux, où remuent des opacités menaçantes et des taches de soleil, où volent des reflets décochés de toutes parts : voilà l’univers dans lequel l’insecte s’aventure. Et quand il survole ces domaines étrangers, ce sont, sous ses ailes finement nervurées, des jungles qui nous semblent liliputiennes mais qui, à leur échelle, prennent un caractère d’immensité secrète. La fougère s’éploie avec l’extravagance d’un palmier ou d’un pin ; les fils sont des lianes ; les bruyères se constituent un buissons d’un toucher rêche, tandis que la myrtille, dans son obscurité verte, offre ses gouttes d’encre violette.

Jean-Pierre Otte, L’Amour en forêt, Paris, Éditions Julliard, 2001, p. 163.

 Il y a toujours des fourmis, où qu’on s’arrête. Elles semblent sortir entre les cailloux et courir sur le sable gris brûlant de lumière, comme si elles étaient des espions. Mais Lalla les aimes bien tout de même. Elle aime aussi les scolopendres lentes, les hannetons mordorés, les bousiers, les lucarnes, les doryphores, les coccinelles, les criquets pareils à des bouts de bois brûlés. Les grandes mantes religieuses font peur, et Lalla attend qu’elles s’en aillent, ou bien elle fait un détour sans les quitter des yeux, tandis que les insectes pivotent sur eux-mêmes en montrant leurs pinces.

Jean-Marie Gustave Le Clézio, Désert, Paris, Gallimard, Folio, p. 77-78.

INVISIBLE 

Here’s one thing I know from years of training hawks: one of the things you must learn to do is become invisible. .. Imagine: you’re in a darkened room. You are sitting with a hawk on your fist. She is as immobile, as tense and sprung as a catapult at full stretch. Underneath her huge, thorny feet is a chunk of raw steak. You’re trying to get her to look at the steak, not at you, because you know – though you haven’t looked – that her eyes are fixed in horror at your profile. All you can hear is the wet click, click, click of her blinking.

Helen Macdonald, H is for Hawk, London, Jonathan Cape, E-book, 2014, pp. 128-29. 

ISLAND 

This island has to be saved for its trees, it has to be saved for its animals, it is a part of a reserve forest, it belongs to a project to save tigers, which is paid for by people from around the world. Every day, sitting here with hunger gnawing at our bellies, we would listen to these words over and over again. Who are these people, I wondered, who love animals so much that they are willing to kill us for them? Do they know what is being done in their name? … As I thought of these things, it seemed to me that this whole world had become a place of animals, and our fault, our crime, was that we were just human beings, trying to live as human beings always have, from the water and the soil. No one could think this was a crime unless they have forgotten that this is how humans have always lived – by fishing, by clearing land and by planting the soil. 

Amitav Ghosh, The Hungry Tide, London, The Borough Press, 2005, pp. 261-62. 

 

JARDIN

Devant l’arbre qu’elle a planté à cause de son nom, Eva Rosalba Vance Cheney, le sorbier des oiseleurs, si près du chêne le robinier, les saules, les coudriers, les joncs, sur le petit sentier de la rive – impossible de s’en aller. Impossible de s’en aller, je m’assois sur le banc jusqu’à ce que la nuit m’enveloppe. Je ne suis pas malheureux à l’intérieur de ma tristesse. Je suis même, pour ainsi dire, enchanté dans ce jardin qu’on aimait. Dans ce jardin qu’on aime et dans le chant qui reste, je suis heureux. Même, je suis vraiment heureux dans le jardin qu’elle aimait car, quand je suis dans son jardin, je suis comme contenu en elle, je suis à l’intérieur d’elle vivante vivant.

Pascal Quignard, Dans ce jardin qu’on aimait, Paris, Grasset, 2017, p. 26. 

JARS 

We consider the natural world as "out there", an "environment", but these objects in their jars shows us the forms concealed inside, the intimate unknown, and perhaps that is their new function. Part art gallery, part church for secular contemplatives. "In the midst of this city, you think you are removed from nature", they say – "but look within".

Kathleen Jamie, Findings, London, Sort of Books, 2005, p. 141. 

JUNIPER TREE

If a man knew enough he could write a whole book about the juniper tree. Not juniper trees in general but that one particular juniper tree which grows from a ledge of naked sandstone near the old entrance to Arches National Monument. 

Edward Abbey, Desert Solitaire. A Season in the Wilderness, New York, Touchstone, 1968, p. XII. 

KÄLTE

»In welcher Erde willst du begraben sein?«

»Weiß ich nicht«, sagte Egger. Uber diese Frage hatte er noch nie nachgedacht, und eigentlich lohnte es sich seiner Meinung nach auch nicht, auf derartige Dinge Zeit und Gedanken zu verschwenden. »Die Erde ist die Erde, und wo man liegt, bleibt sich gleich.«

»Vielleicht bleibt es sich gleich, so wie sich am Ende alles gleich bleibt«, hörte er den Hörnerhannes flüstern. »Aber es wird eine Kälte sein. Eine Kälte, die einem die Knochen zerfrisst. Und die Seele.«

Robert Seethaler, Ein ganzes Leben, München, Goldmann, 2016, S. 10.

KATASTROPHE

Je näher ich aber den Ruinen kam, desto mehr verflüchtigte sich die Vorstellung von einer geheimnisvollen Insel der Toten und wähnte ich mich unter den Überresten unserer eigenen, in einer zukünftigen Katastrophe zugrundegegangenen Zivilisation. Wie einem nachgeborenen Fremden, der ohne jedes Wissen von der Natur unserer Gesellschaft herumgeht zwischen den Bergen von Metall- und Maschinenschrott, die wir hinterlassen haben, war es auch mir ein Rätsel, was für Wesen hier einstmals gelebt und gearbeitet hatten und wozu die primitiven Anlagen im Innern der Bunker, die Eisenschienen unter den Decken, die Haken an den zum Teil noch gekachelten Wänden, die tellergroßen Brausen, die Rampen und Sickergruben gedient haben mochten. Wo und in welcher Zeit ich an jenem Tag auf Orfordness in Wahrheit gewesen bin, das kann ich auch jetzt, indem ich dies schreibe, nicht sagen.

W.G. Sebald, Die Ringe des Saturn. Eine englische Wallfahrt, Frankfurt am Main, Eichborn, 1995, S. 294-295)

KINDESKINDERN

Und da redest du, Ratte, von Schnitt, ausblenden, Saft weg, Sense, Kassensturz, Amen, war einmal, ist nicht mehr, Vorhang und Weltenende, Ultimo sozusagen? Dabei ist uns aufgetragen und sind wir verpflichtet, wenn schon für uns nicht, dann doch für unsere Kinder, damit wir nicht eines Tages beschämt und ohne, ich meine die großen Ziele, etwa die Erziehung des Menschengeschlechts, oder der gröbste Hunger muß weg und der Müllberg muß weg, zumindest aus Sichtweite, bis endlich flankierende Maßnahmen und wieder paar Fische in EIbe und Rhein. Und richtig! Abrüsten wollten wir auch noch, bevor es zu spät ist. Doch du sagst Schluß. Als wären wir fertig. Als hätten wir ausgeschissen schon längst. Als bliebe nicht dies noch und das zu tun. Und zwar bald, nein, sofort. Denn soviel hat mittlerweile jeder begriffen oder halbwegs kapiert, daß außer dem Frieden und bißchen Gerechtigkeit mehr, endlich der Wald, nicht nur der deutsche, der Wald überhaupt, wenn er schon nicht mehr zu retten ist, gefilmt werden muß immerhin. Und zwar in allen Stimmungen und in Farbe zu jeder Jahreszeit, damit er als Dokument erhalten und nicht aus unserem Gedächtnis und dem unserer Kinder. Denn ohne Wald, Ratte, sind wir arm dran. Weshalb wir schon deshalb und weil wir uns schuldig sind das, uns fragen müssen, was uns der Wald, nicht nur der deutsche, aber das sagte ich schon, bedeutet, nein, sagt, damit wir später, zumindest im Film mit unseren Kindern, solange noch Zeit ist ein wenig. Und zwar, bevor du, Ratte, Schluß Schnitt Sense sagst. Wann Schluß ist, bestimmen immer noch wir. Wir sind am Drücker. Wir hüten das Knöpfchen. Wir werden schließlich das alles vor unseren Kindeskindern, wie auch die Müll- und Ausländerfrage, zuletzt den Hunger, zumindest den gröbsten, den Butterberg auch zu verantworten haben.

Günter Grass, Die Rättin, München, Deutscher TaschenbuchVerlag, 2015, S. 47-48.

KRITIK AN DER ENERGIEWIRTSCHAFT

Bis zum Dessert – Rote Grütze mit Vanillesoße – halten meine Erklärungen an: Wenn Jacob Sonderminister für Umweltschutz ist, wird Wilhelm, als sein Staatssekretär, für zunehmende Waldschäden zuständig sein. Auf jeden Fall sehen sich beide dem Wald verpflichtet. Sie wissen über Toxizität und Immissionen Bescheid. Mit Bundesmitteln fördern sie die Ozonforschung. Beide haben frühzeitig in Thesen, die damals belächelt wurden, die Stabilität des Ökosystems bei ungehemmten Zuwächsen bezweifelt. Ihre Kritik an der Energiewirtschaft ist zitierbar, doch folgenlos geblieben. Ihr Katalog unumgänglicher Maßnahmen findet kaum Widerspruch und dennoch keine Mehrheit im Parlament. Wiederholt haben sie ihren Rücktritt angeboten, sind aber immer noch im Amt.

Günter Grass, Die Rättin, München, Deutscher TaschenbuchVerlag, 2015, S. 117-118.

KUNSTWERK

Die Welt war verändert. Der eiserne Garten, der Berings Gehöft umfing und schon zu überwuchern begann, trug endlich Früchte. Denn seit der Studebaker in der Hofeinfahrt stand, diente dieses von Holunder und Brennesseln durchwachsene Schrottarsenal nicht mehr als bloßes Ersatzteillager für verwahrloste Landmaschinen, deren plumpe Mechanik einem Liebhaber der Vögel geradezu lächerlich erscheinen mußte - jetzt, endlich, wurde der Eisengarten zum Labor für die Erschaffung eines Kunstwerks.

Christoph Ransmayr, Morbus Kitahara. Roman, Frankfurt am Main, Fischer, 1995, S. 91.

 

LANDSCAPES 

Perhaps above all the Anthropocene compels us to think forwards in deep time, and to weigh what we will leave behind, as the landscapes we are making now will sink into strata, becoming underlands. What is the history of things to come? What will be our future fossils? As we have amplified our ability to shape the world, so we become more responsible for the long afterlives of that shaping. The Anthropocene asks of us the question memorably posed by the immunologist Jonas Salk: ‘Are we being good ancestors?'

Robert MacFarlane, Underland, Penguin E-Book, 2019, pp. 95-96.  

LAPIN

Sur un modeste promontoire, une lange de rocher brun au-dessus de la rivière, un lapin s’attarde au bord de l’eau. Un jeune lapin beige, la fourrure au soleil. Il ne m’a pas vu. Il ne me sent pas. J’arrive dans son dos, face au vent, sans bruit, sans pousser sur les bras. Il ne m’entend pas encore. Le regard agile, précis. Fasciné par le monde. Assis, posé sur son séant, en équilibre sur la graisse. Attentif à chaque détail. Ébloui par leur réalité, les oreilles mobiles. Il vérifie. Il contemple. Sans me voir, qui glisse sur l’eau vers lui. Il ronchonne un peu. Il lui manque quelque chose, quelque chose à ronger. Il cherche, maintenant. Il cherche sans bouger. Absorbé par le spectacle, par toutes les figures que le monde présente à chaque instant, sa couleur, verte surtout, sa persévérante constance, sa vérité sans cesse renouvelée, toujours nouvelle, toujours plus vraie. Il savoure. Il admire, il apprécie. Il regarde, il attend de s’ennuyer.

Pierre Patrolin, La traversée de la France à la nage, Paris, P. O. L., 2012, p. 312.

LEERE

Im August 1992, als die Hundstage ihrem Ende zugingen, machte ich mich auf eine Fußreise durch die ostenglische Grafschaft Suffolk in der Hoffnung, der nach dem Abschluß einer größeren Arbeit in mir sich ausbreitenden Leere entkommen zu können. Diese Hoffnung erfüllte sich auch bis zu einem gewissen Grad, denn selten habe ich mich so ungebunden gefühlt wie damals bei dem stunden- und tagelangen Dahinwandern durch die teilweise nur spärlich besiedelteLandstriche hinter dem Ufer des Meers.

W.G. Sebald, Die Ringe des Saturn. Eine englische Wallfahrt, Frankfurt am Main, Eichborn, 1995, S. 9.

LIBERTÉ

Vivre avec notre Mère la Nature, en communion avec ses éléments, tous ensemble, parents, enfants, sans discontinuité (…) pas de drogue, pas d’errance – nous ne sommes pas des hippies –, une existence structurée au contraire, même si, parce que nomade, on y goûte une liberté dont les sédentaires n’ont pas idée!

Xavier Fortin, Hors système, Paris, JC Lattès, 2010, p. 120.

LICHEN

1) Proches des créations les plus obscures de notre esprit […], les lichens glissent facilement hors de leur réalité et nous contraignent souvent à vérifier leur existence. […] Sont-ils vraiment là ou ne les voyons-nous qu’en rêve ? On en vient à penser à une “végétation du regard”

Pierre Gascar, Le Présage, Paris, Gallimard, 1972, p. 25.

2) Existe-t-il au monde chose plus informe, plus propre à susciter l’abattement que des lichens touchés par le flétrissement et déjà entrés en décomposition ?

Pierre Gascar, Le Présage, Paris, Gallimard, 1972, p. 46.

LIEU COMMUN

Le plus grand ennemi de l’écriture se désigne, en français comme en castillan ou en anglais, du même mot, lieu ou lugar comúncommonplace, qui suggère aussi l’idée d’une habitude spatiale ou géographique : l’idée de prendre ses aises dans les lieux, lieux quiets qu’il est difficile dès lors de qualifier autrement que : d’aisance.

Olivier Rolin, Mon galurin gris, Paris, Seuil, 1997, p. 11.

LIEU DE COMBAT

Ce qu’on ne peut admettre quand il est évident que ces lieux sont, qu’on les contemple avec des yeux ouverts, c’est qu’ils aient contenu des hommes en si grand nombre, absorbé tant de fer, de feu, de poison. Je me souvenais de photographies montrant des batteries, des amoncellements de douilles pareils à des montagnes. Il y avait place, lorsque je les situais dans l’éther, pour l’avalanche d’acier qu’elles avaient fait crouler. Quand on est venu, que le sol s’est glissé sous l’image et l’a réordonnée, qu’on en mesure l’exiguïté, alors le caractère inconcevable, monstrueux de l’affaire saute aux yeux. Des régiments entiers, des divisions furent engagés, combattirent, disparurent dans un espace équivalant, à peu près, à la grande salle froide, tapissée de volumes jaunis, qui servait de cadre aux lectures d’antan .

Pierre Bergounioux, Le Bois du Chapitre, Orléans, Théodore Balmoral, 1996, p. 44-45.

LIEU-DIT

Ce nom est une cosse vide, une noix creuse. La carrefour s’appelle « La Croix des Pendus », le hameau : L’Homme Mort, le bois : La Belle Folle. Chacun le dit et le redit sans y penser, ça ne signifie rien de précis. Et puis un jour il se passe quelque chose dans ce lieu-dit. (…) A cette seconde ceux qui regardent le lieu se rappellent son nom et voient furtivement, le temps d’un battement de cœur, le plan et l’arrière-plan fulgurant du paysage secret, nu et cru comme une peau retournée. Ça dure autant dire rien, mais le lieu-dit vient de recevoir enfin sa signification. Il se referme aussitôt sur son drame comme cinq doigts sur un sou et ceux qui l’ont vu dans sa vraie lumière ne l’oublieront jamais. Tout leur semble désormais différent. Ils sont dédouanés, peuvent aller et venir impunément d’un univers à l’autre et ne s’en privent guère. Ils s’en vont, ils reviennent 

Hubert Vidalie, Les Bijoutiers du clair de lune, Paris, Cercle du Bibliophile, 1966 [1954], p. 51.

LIEU IDÉAL

Mais je connaissais mon endroit depuis longtemps, j’avais passé des mois à le chercher, à comparer, à errer sur les collines et à travers les bois. Il me fallait beaucoup d’espace et, en même temps, je ne voulais pas être trop isolé, il me fallait d’autres arbres autour de moi. J’avais finalement choisi une belle colline avec vue sur le grand plateau Oulé que j’aimais tant, et qui était plein d’Afrique, avec ces troupeaux qui ne risquaient pas d’être chassés de là avant longtemps.

Romain Gary, Les Racines du ciel, Paris, Gallimard, 1956, p 146.

LION

Au-delà du mur végétal, il y avait un ample espace d’herbes rases. Sur le seuil de cette savane, un seul arbre s’élevait. Il n’était pas très haut. Mais de son tronc noueux et trapu partaient, comme les rayons d’une roue, de longues, fortes et denses branches qui formaient un parasol géant. Dans son ombre, la tête tournée de mon côté, un lion était couché sur le flanc. Un lion dans toute la force terrible de l’espèce et dans sa robe superbe. Le flot de sa crinière se répandait sur le mufle allongé contre le sol. Et entre les pattes de devant, énormes, qui jouaient à sortir et à rentrer ses griffes, je vis Patricia...

Joseph Kessel, Le Lion, Paris, Gallimard, 2013 [1958], <Folio>, p. 119, 120  

LIONESS 

For Con, the lioness is everywhere. He sees her slipping around every corner, her eye peering from every window, her growl behind the traffic rumble. Right now she’s watching him from the mountainside, hidden by the leaves; he feels the weight of her gaze upon his back. At other times, it’s as if he himself is looking through her eyes, viewing the world through a lens of golden fluid. He can see for leagues. 

Henrietta Rose-Innes, Green Lion, Aardvark Bureau, London, 2015, pp. 287-88. 

LUOGHI

Camminavo per Venezia. Mi chiedevo se è ancora qui che si deve venire oppure c’è da andare altrove. Penso a Mastralessio, alla prua della desolazione conficcata tra le zolle della Daunia, penso al luogo indenne dalla peste degli sguardi fatui, luogo edificato da chi vive altrove e ha lasciato a sentinelle i vecchi, gli zoppi, i cani.

I luoghi di cui scrivo non hanno ragioni né torti, sono come una refurtiva abbandonata, un referto sintetico della vasta malattia allegata alla terra tonda. Allora io non giro per svagarmi e forse neppure per vedere. Quello che faccio è leggere la carne non morsa dai cannibali, la terra scampata alla tabula rasa del progresso che rende in apparenza Mastralessio scorza o guscio vuoto.

Franco Arminio, Terracarne, Milano, Mondadori, 2011, p. 167.

MACKEREL

The mackerel's back was the same deep emerald as the water, slashed with black stripes, which swirled and broke across the head. The belly was white and taut, narrowing to a slim wrist and the crisply forked tail of a swift. Its eye was a disc of cold jet. My fellow predator, a cold-blooded daemon, brother disciple of Orion. 

George Monbiot, Feral, Chicago, The University of Chicago Press, 2014, p. 17. 

MADEN

Es gibt Ensembles, Ganzheit vortäuschend, die möchte man nicht einmal im Sarg tragen, und schon gar nicht würden wir uns in ihnen fotografieren lassen. Denn unsere verstümmelten, wissenden Gesichter, von unseren Körpern ganz zu schweigen, die, endlich, erfahren haben, wie spitzbübisch Gott sein kann,  wie tierhaft jung und possierlich, denn wie hat er sich nur einfallen lassen können, uns mit unserer ganzen Familie in einem Auto bei lebendigem Leib verbrennen zu lassen - wir bzw. was von uns übrig ist, wir wollen einfach nicht zu diesen super Tarnanzügen (man sieht uns nicht!) passen. Zum Glück sind sie hinten offen, und wir Toten, Maden im Speck der Lebendigen, können ganz leicht herausschlüpfen.

Elfriede Jelinek, Kinder der Toten, Reinbek bei Hamburg, Rowohlt, 1995, S. 39-40.

MALATI

Nel paese restano i malati. Ma non pensate solo al pensionato ottantenne, alla vedova, al giovane disoccupato, pensate anche al geometra comunale, al prete, al farmacista, al sindaco. Non si salva nessuno. Tutti malati. Può essere depressione, può essere inquietudine, può essere la smania velleitaria di chi sente di partire dal nulla e di non poter arrivare da nessuna parte, può essere chissà che cosa, il risultato è sempre un individuo prostrato dalla desolazione del luogo in cui abita.

Franco Arminio, Vento forte fra Lacedonia e Candela: esercizi di paesologia, Laterza, 2008, p.XI.

MALCHIMIE

Il a été ingénieur agronome, il est maintenant vétérinaire et ne soigne plus guère que des chats et des chiens. Il me dit que les animaux domestiques sont nourris avec de mauvais produits, déplore que Bayer, grand fabriquant de pesticides, et Monsanto, grand fabriquant de ce Roundup et de semences génétiquement modifiées, s’accouplent pour accoucher d’une monstrueuse entreprise. La plus sombre de ces malchimies déferlera sur la majeure partie des terres cultivables du globe tandis que les actionnaires se frotteront les mains. Lutter contre la faim dans le monde demeure le principal slogan de ces firmes : propagande, intimidation, menaces et mensonges comme en période de guerre. 

Gisèle Bienne, La malchimie, Arles, Actes sud, 2019, p. 163-164

MARCHE

La marche était une pêche à la ligne : les heures passaient et soudain une touche se faisait sentir, peut-être une prise ? Une pensée avait mordu !

Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs, Paris, Gallimard, 2016p. 40-41

MARONNE

La Maronne s’annonça bientôt au son du courant qui butait sur les rochers. Une fois qu’il l’eût atteinte. Joseph sentit son cœur s’accélérer. Il entra dans l’eau froide dont il connaissait chaque piège et remonta le courant en direction de son coin de pêche préféré, traînant les pieds pour bousculer les pierres, se détournant pour éviter un trou. Des murailles rocheuses s’élevaient de part et d’autre des berges, comme une construction magistrale en perpétuelle évolution. »

Franck Bouysse, Glaise, Paris, Le Livre de Poche, 2017, p. 29

MARTRE DES PINS

Arboricole et agile à l’excès, elle offre, comme la fouine qui est une sous-espèce, une tête pointue, ornée d’oreilles grandes en proportion de l’œil et du museau. Sa fourrure à longs poils est d’un brun d’ébène sur l’échine et les flancs, d’un jaune soufre en poils doux et follets au ventre. Elle a les griffes acérées, recourbées, pour s’accrocher aux écorces, cavaler sur des crampons le long des troncs. Sa figure la plus remarquable quand elle saute d’un arbre à l’autre, se jouant des abîmes et franchissant des espaces de près de trois mètres, est une figure spectrale, une figure fétiche des forêts : dans ces élans d’ange diabolique, elle écarte les pattes antérieures comme des bras, manie la queue en gouvernail, se déploie en forme d’arbalète, un carreau de fourrure recourbé aux contours et opérant en parachute.

Jean-Pierre Otte, L’Amour en forêt, Paris, Éditions Julliard, 2001, p.109.

MEDITERRANEO

C’è più mito e storia in una piccola onda del Mediterraneo che in tutta l’acqua degli oceani messa insieme, ha scritto qualcuno. È vero, i mari equatoriali sono più ricchi di pesci di forme di colori. Ma quando qui guardo sott’acqua i bei fondali di roccia chiara, le praterie coi nastri fluttuanti delle alghe posidonie che brillano nell’adamantina trasparenza della luce tirrenica, le distese di sabbia, i massi solitari e imponenti come sculture di Moore, io mi sento penetrato dalla grandiosa coerenza stilistica di questo mare. È un mare greco anche nel senso concettuale, un’idea che insorge nella mente.

Raffaele La Capria, Capri e non più Capri [1991], in Opere, Milano, Mondadori, 2003, p.876.

MÉDUSE

Je m’étais avancé sur le pont et j’avais été subjugué par le spectacle de centaines de minuscules méduses bleuâtres autour du bateau. Elles l’entouraient comme une pellicule translucide, une escorte fluorescente de mer gelée qui nous accompagnait dans une commune dérive. Ces petits êtres et leurs filaments brillaient dans la lumière rose pâle d’avant l’aube et l’on ne pouvait savoir s’ils étaient vivants ou morts (n’est-ce pas d’ailleurs ce qui les caractérise ?). Les méduses avaient peut-être reconnu que nous avions du sang en commun avec elles et leur instinct s’était relié au silence pétrifié de cette croisière.

Vincent Pouchet, Pourquoi les oiseaux meurent, Le Bouscat, Éditions La Finitude, 2017, p. 162.

MEHARI

Le pauvre méhari se traînait et enfouissait sa tête dans la couverture de son ami endormi…qui souffrait d’insomnie et essayait de dérober un somme avant que la lumière de l’aube ne lacère l’horizon. Il se frottait contre la couverture, palpait avec ses lèvres pendantes les parties découvertes du corps de son ami puis introduisait sa tête oblongue dans les draps, en émettant une triste lamentation. Oukhayyed l’entourait de ses bras, et ensemble ils pleuraient ; chacun essuyait avec sa langue les larmes de l’autre, en goûtait le sel et l’amertume.

Ibrahim Al koni, Poussière d’or, trad Mohamed Saad Eddine El Yamani, Paris, Gallimard, 1998, [1990], Dar At-tanwir,  p.29

MENSCHENMASSIV

Unter Wasser winselt eine Erscheinung noch ein letztes Mal wie ein Tier, dem jemand sein Fressen weggenommen hat, dann Stille. Doch dieses Original, diese Karin Eins, hört unter dem Wasserklumpen, wie unten, tief drunten, eine Menschenmasse, ein Menschenmassiv, größer als die Schneealpe dort vorn, aus ihrer Erdendimension, aus diesem Disneyland unter Tau und Tag, heraufkommen möchte, eine Masse, die sich gar nicht erfassen läßt.

Elfriede Jelinek, Kinder der Toten, Reinbek bei Hamburg, Rowohlt, 1995, S. 105.

MENSCHENSCHLAG

Der Fahrer ist, wie seine Insassen, Holländer und versteht die Berge nicht mehr, die Welt nicht und auch die geschlagenen Menschen hier nicht, diesen Menschenschlag, der sich für den Herren seiner Natur hält und nicht seines eigenen PKWs Herr werden kann. Da sind welche geschlägert worden, eine Lichtung hat sich aufgetan, die Bäume machen ihr bereitwillig Platz für den Einfall des Lichts, dies alles wie ein Scheinwerfer zu beleuchten.

Elfriede Jelinek, Kinder der Toten, Reinbek bei Hamburg, Rowohlt, 1995, S. 12.

MENSCHENZEIT

Beladen wie ein Häuflein Überlebender, das die letzten Reste und Habseligkeiten einer untergegangenen Karawane mit sich schleppt, zogen die Reisenden nach Brand über den Grund eines verdampften Meeres, dessen Seegraswiesen, Muschelbänke, Korallenriffe und Abgründe in einem Weltalter jenseits aller Menschenzeit von einer katastrophalen tektonischen Gewalt emporgehoben, den Wolken entgegengestemmt und im Verlauf von Äonen in die Gipfel und Eisfelder eines Gebirges verwandelt worden waren.

Christoph Ransmayr, Morbus Kitahara. Roman, Frankfurt am Main, Fischer, 1995, S. 304.

MENTE

Mi lascio andare, dolcemente, come se m’immer ge ss i in un’ac q ua profonda. Sento la mia mente che allunga le dita nel buio, che tocca qualcosa, si ritrae, come sfiorata da una medusa.

Laura Pugno, La caccia, Ponte alle Grazie, 2012, p. 64.

MÉTÉORE

Il me plairait de penser qu’Alexeï Féodossiévitch sentit naître en lui une curiosité pour les météores en regardant rouler les nuages au-dessus de la plaine infinie. Peintres et écrivains ont maintes fois décrit ce paysage de la campagne russe ou ukrainienne. Profondeur vertigineuse de l’espace, vastitude où tout semble immobile, silence que ne trouent que des cris d’oiseaux, cailles, coucous, huppes, corbeaux. Champs de blé ou de seigle, étendues d’herbes bleues piquées de fleurs jaunes d’absinthe, entre lesquels file un chemin creusé d’ornières.

Olivier Rolin, Le Météorologue, Paris, Seuil/ Paulsen, 2014, <Fiction & Cie>, p.23-24.

MIGRATION 

The migration lasted in full force for five days. For those five days I was inundated, drained. The air was alive and unwinding. Time itself was a scroll unraveled, curved and still quivering on a scroll unraveled, curved and still quivering on a table or altar stone. The monarchs clattered in the air, burnished like throngs of pennies, here’s one, and more, and more. They flapped and floundered; they thrust, splitting the air like the keels of canoes, quickened and fleet. It looked as though the leaves of the autumn forest had taken flight, and were pouring down the valley like a waterfall, like a tidal wave, all the leaves of hardwoods from here to Hudson’s Bay. It was as if the season’s color were draining away like lifeblood, as if the year were molting and shedding. The year was rolling down, and a vital curve had been reached, the tilt that gives way to headlong rush. And when the monarchs had passed and were gone, the skies were vacant, the air poised. The dark night into which the year was plunging was not a sleep but an awakening, a new and necessary austerity, the sparer climate for which I longed. The shed trees were brittle and still, the creek light and cold, and my spirit holding its breath.

Annie Dillard, Pilgrim at Tinker Creek, HarperCollins E-Books, 2007, pp. 402-03. 

MOLLUSKE

Es war ein Menschenpaar, das dort drunten lag, auf dem Grund der Grube, dachte ich mir, ein Mann, ausgestreckt über dem Körper eines anderen Wesens, von dem nichts sichtbar war als die angewinkelten, nach außen gekehrten Beine. Und in der eine Ewigkeit währenden Schrecksekunde, in der dieses Bild mich durchfuhr, kam es mir vor, als sei ein Zucken durch die Füße des Mannes gefahren wie bei einem gerade Gehenkten. Jetzt jedenfalls war er still, und still und reglos war auch die Frau. Ungestalt gleich einer großen, ans Land geworfenen Molluske lagen sie da, scheinbar ein Leib, ein von weit draußen hereingetriebenes, vielgliedriges, doppelköpfiges Seeungeheuer, letztes Exemplar einer monströsen Art, das mit flach den Nüstern entströmendem Atem seinem Ende entgegendämmert.

W.G. Sebald, Die Ringe des Saturn. Eine englische Wallfahrt, Frankfurt am Main, Eichborn, 1995, S. 90.

 

MONDE

La masse de vapeurs grises vaguement égratignée de bleu qui encombre le ciel de Shanghai, et qui est peut-être, dans son instabilité, son imprévisibilité essentielle, une image plus exacte qu’aucune autre de ce qu’est le monde. Le monde serait une flamme, une eau bouillante, un nuage dissipé par le vent, et il nous échappe d’autant plus qu’on cherche à le saisir.

Olivier Rolin, Veracruz, Paris, Verdier, 2016, p. 111.

MOORLÖCHER

Am Zaun zum Moor blieb er stehen und lauschte. Er hörte bloß den Regen, den ewigen Regen, der auf das Dach seines Hauses fiel und auf die neue Satellitenschüssel, der auf das Gras fiel und in die Moorlöcher und frischen Gräben. Leon hob einen Ast auf und warf ihn ins Moor.

Karen Duve, Regenroman, Hamburg, KiWi 1999, S. 122. 

MOROSPHINX

Regarde! Michel a posé le récipient sur le sous-main usé. C’est Trompe-la-Mort. J’ai expliqué à grand-père. C’est compliqué. Trompe à cause du long filament qu’il plonge dans le calice des fleurs, à cause de sa livrée duveteuse d’oiseau, à cause de ce vol perpétuel qui lui avait permis de tromper nos désirs et la mort onze années durant. Grand-père s’est penché sur le bocal. À la fin, il a dit que ce devait être un sphinx.Il s’est levé. Il s’est rendu tout droit vers un panneau du fond (…). Il est revenu avec un grand livre couvert de cuir bleu qu’il a posé sur le cuir brun, tout usé, du sous-main. (…) J’étais à sa droite et j’ai vu les planches remplies d’insectes que je ne connaissais pas, que je ne connaîtrais jamais avec, en regard, la légende, la noire cohorte de ce qu’on savait d’eux. Toute ma belle assurance s’est évanouie. (…) Son index a touché l’une des ombres noires – macroglossum stellatarum. (…) Il est un des trois membres de sa famille à avoir une activité diurne – le jour. On appelle aussi morosphinx. (…) Grand-père continuait : ou bien sphinx-moineau ou bien oiseau-mouche. Michel a dit oui. Moi aussi. 

Pierre Bergounioux, La Bête faramineuse, Paris, Gallimard, 1986, p. 28-29.

MOUETTE

J’étais pour le moment plongé dans l’observation d’une mouette rieuse installée sur la rambarde du navire ; elle semblait hocher frénétiquement sa petite tête tachée de noir en me regardant dans les yeux : oui oui oui oui. Puis, elle agitait son crâne de droite à gauche et de nouveau tapait son bec sur sa poitrine. J’ai pris ça comme un signe d’encouragement, « oui oui oui oui, vas-y »,

Vincent Pouchet, Pourquoi les oiseaux meurent, Le Bouscat, Éditions La Finitude, 2017, p. 52.

MOUNTAIN 

I sip my coffee. I look at the mountain, which is still doing its tricks, as you look at a still-beautiful face belonging to a person who was once your lover in another country years ago: with fond nostalgia, and recognition, but no real feelings save a secret astonishment that you are now strangers. Thanks. For the memories. It is ironic that the one thing that all religions recognize as separating us from our creator--our very self-consciousness--is also the one thing that divides us from our fellow creatures. It was a bitter birthday present from evolution, cutting us off at both ends.

Annie Dillard, Pilgrim at Tinker Creek, HarperCollins E-Books, 2007, p. 126.

 

MURE

Die Mure hatte sich, fächerförmig, aufgelöst in Einzelströme, verbreitert. Damit hatte ihre Geschwindigkeit nachgelassen. Das Festmaterial blieb liegen, und zwar genau auf der Pension Alpenrose, welche sich nun innerhalb der Geröllmassen befindet, allerdings an einem völlig anderen Ort als dem, an dem sie ursprünglich erbaut worden war. Aufgehoben und aufgeschoben. Zum Glück verbreitert sich das Tal an dieser Stelle, sodaß die Mure einen ruhigen Auslauf finden konnte.

Elfriede Jelinek, Kinder der Toten, Reinbek bei Hamburg, Rowohlt, 1995, S. 664.

MUTATION

Tausende von Tonnen Quecksilber, Kadmium und Blei, Berge von Düngemitteln und Pestiziden werden von den Flüssen und Strömen Jahr für Jahr  inausgetragen in den deutschen Ozean. Ein Großteil der schweren Metalle und der anderen toxischen Substanzen setzt sich in den seichten Gewässern der Doggerbank ab, wo ein Drittel der Fische bereits mit seltsamen Auswüchsen und Gebresten zur Welt kommen. Immer wieder sichtet man vor der Küste über viele Quadratmeilen sich ausdehnende, dreißig Fuß in die Tiefe hängende giftige Algenfelder, in denen die Seetiere scharenweise verenden. Einige der selteneren Schollenarten, Karauschen und Brassen, bei denen mehr und mehr der weiblichen Fische in bizarrer Mutation männliche Geschlechtsorgane ausbilden, vollführen ihre mit der Fortpflanzung verbundenen Rituale nur noch als einen Todestanz, der die Kehrseite ist der Vorstellung von der staunenswerten Selbstvermehrung und Vervielfältigung des organischen Lebens, mit der wir noch aufgewachsen sind.

 

W.G. Sebald, Die Ringe des Saturn. Eine englische Wallfahrt, Frankfurt am Main, Eichborn, 1995, S. 71-72.

 

 

NAHRUNGSMITTEL

Mutter! hat sie da gesagt, nun solle ich aber aufhören. Wo ich doch Bescheid wisse, oder? Die lernen doch nichts, hat meine jüngere Tochter gesagt. Die sind doch alle krank. Oder was noch passieren müsse, als daß die Milch weggekippt werde, tausendliterweis, und daß man fürchten müsse, mit den besonders gesunden Nahrungsmitteln die Kinder besonders schnell zu vergiften. Während auf der anderen Seite des Erdballs die Kinder zugrunde gingen, weil ihnen genau diese Nahrungsmittel fehlten.

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 24.

NAPOLI

Sotto le amene apparenze Napoli è sempre stata, per me, Natura primordiale e indomabile in contrasto con una plurisecolare Storia irredimibile; e questo contrasto è assurto in me a valore di simbolo, è una chiave interpretativa per capire meglio la città, e il mio rapporto con essa.

Raffaele La Capria, L’occhio di Napoli [1994], in Opere, Milano, Mondadori, 2003, p. 907.

NATURE

‘I thought you didn’t believe in God,’ said Jimmy.
‘I don’t believe in Nature either,’ said Crake. ‘Or not with a capital N.’ 

Margaret Atwood, Oryx and Crake, Virago Press, 2003, p. 242. 

 

NAVIGATION

Au bout de quelques heures de navigation les cathédrales blanches surgissent de la mer, crêtent l’horizon, s’élèvent, comme tirées par les clochers-montgolfiers, se reflètent dans le verre pâle de l’eau, sous un banc de nuages immobiles, puis la ligne des murailles du kremlin, la forteresse, se dessine entre les tours trapues, chapeautées de bois argenté, le cerne sombre de la forêt s’allonge tout autour : ce très lent spectacle, très beau, a-t-il le cœur de s’y abandonner ?

Olivier Rolin, Le Météorologue, Paris, Seuil/ Paulsen, 2014, <Fiction & Cie>, p.86

NEIGE

Et enfin il parvient à photographier un flocon de neige, le premier qu’on ait jamais pris. Alors, il se lance dans une quête formidable, minuscule et formidable. Il photographie des centaines de flocons. Miracle. Il n’y en a pas deux qui se ressemblent. Et pendant que Buffalo Bill, de ville en ville, lève son stetson dix fois, cent fois, dans le ronron des applaudissements, Wilson découvre une infinie variété derrière ce qu’il croyait semblable.

Eric Vuillard, Tristesse de la terre, Paris, Actes Sud, 2014, p.152.

NODI

Questo perché nei nodi l’intersezione di due curve non è mai un punto astratto ma è il punto in cui scorre o gira o s’allaccia un capo di fune o cima o scotta o fili o spago o cordone, sopra o sotto o intorno se stesso o altro elemento consimile, come risultato dei gesti ben precisi d’un gran numero di mestieri, dal marinaio al chirurgo, dal ciabattino all’acrobata, dall’alpinista alla sarta, dal pescate all’imballatore, dal macellaio al cestaio, dal fabbricante di tappeti all’accordatore di pianoforti, dal campeggiatore all’impagliatura di sedie, dal taglialegna alla merlettaia, dal rilegatore di libri al fabbricante di racchette, dal boia all’infilatore di collane… L’arte di fare nodi, culmine insieme dell’astrazione mentale e della manualità, potrebbe essere vista come la caratteristica umana per eccellenza, quando e forse più del linguaggio.

Italo Calvino, Lezioni di sabbia, Mondadori, 1984, p. 156.

NOSTALGIA

È dai tempi della centuriazione romana che non si vedeva un cambiamento simile nel paesaggio. Stanno svendendo tutto in nome di uno sviluppo che rende infelice la gente. Questa infelicità io la chiamo “perdita traumatica del senso del luogo”. Una volta ci si vergognava a rimpiangere i tempi andati, oggi no. Oggi sappiamo che la nostalgia da spaesamento può essere persino misurata. È il segno inequivocabile di un diritto negato.

Paolo Rumiz, La leggenda dei monti naviganti, 2007 p.62.

 

NOSTOC

Il s’agissait des efflorescences gélatineuses de couleur verdâtre ou brunâtre qui apparaissent çà et là sur la terre, au cours des longues périodes de pluie, et qu’on appelle, j’allais l’apprendre, le nostoc. C’est le plus ancien des végétaux terrestres. Il doit son nom à Paracelse, qui l’a tiré du mot grec « nosto », retour, autant sans doute pour indiquer son pouvoir de reviviscence que pour évoquer les temps lointains qu’il ramène jusqu’à nous. On l’appelait jadis et on l’appelle encore quelquefois, à la campagne, « crachat de lune » ou « crachat du diable », son apparition étant si soudaine et si inexplicable qu’il semble ne pouvoir venir que d’un au-delà.

Pierre Gascar, Le règne végétal, Paris, Gallimard, 1981, p. 159.

NUAGES

Ce soir, le soleil a creusé de vertigineuses spirales dans les nuages, foutoir de rayons brisés, giclures d’encre, rincées de sang, de fiel, frisures, franges, éclats lents et silencieux, tout cela tournant autour d’un trou noir éblouissant : (…) l’architecture aléatoire des nuages me fascine – milliards de milliards de gouttes d’eau en vague libre, vol écrasant de rien, témoins monstrueux d’une rencontre passée.

Olivier Rolin, Mon galurin gris, Paris, Seuil, 1997, <Fiction & Cie>, p. 244-245.

NUIT

Dans sa contemplation, l'être rêvant apprend à s'animer de l'intérieur, il apprend à vivre, le temps régulier, le temps sans élan et sans heurt. C'est le temps de la nuit. Le rêve et le mouvant nous livrent, dans cette image, la preuve de leur accord temporel. Le temps du jour traversé de mille tâches, dispersé et perdu dans des gestes effrénés, vécu et revécu dans la chair, apparaît dans toute sa vanité. L'être rêvant dans la nuit sereine trouve le merveilleux tissu du temps qui se repose.

Vécue dans une telle rêverie, la constellation est, plutôt qu'une image, un hymne. Et cet hymne, seule «la littérature» peut le chanter. C'est un hymne sans cadence, une voix sans volume, un mouvement qui a transcendé ses buts et trouvé la véritable matière de la lenteur.

 G. Bachelard, L’Air et les Songes, Paris, José Corti, 1990, p. 209

 

D’où sort-elle, cette voix qui, du fond de la nuit, murmure posément: «Pour tout cet univers, tu n’es qu’un étranger !»

Quoi ! s’associer simplement à la nuit envahissante, égaler lentement les ténèbres de son être aux ténèbres de la nuit, apprendre à ignorer, à s’ignorer, oublier un peu mieux d’anciennes peines, de très anciennes peines dans un monde qui oublie ses formes et ses couleurs, est-ce là un trop grand programme ? Ne voir que ce qui est noir, ne parler qu’au silence, être une nuit dans la nuit, s’exercer à ne plus penser devant un monde qui ne pense pas, c’est pourtant la méditation cosmique de la nuit apaisée, apaisante. Cette méditation devrait unir facilement notre être minimum à un univers minimum.

G. Bachelard, Le Droit de rêver, Presses Universitaires de France, Paris, 1970, p. 239. 

 

OCEAN

The ocean is far away, but I feel its breath booming against the edge of the continent. Wind evaporating water tightens my bare flesh. I feel the running tide of my own salted blood. In the full round air from below I can detect, though barely, a perfume of pear blossoms and wetted fields. I can distinguish in it the last halt cries of birds, becalmed in the marshes. 

Barry Lopez, Outside: Six Short Stories, Trinity University Press E-book, 2014. p. 60. 

OISEAU

La compagnie des oiseaux nous rend à nous-mêmes. Leur vol, en même temps qu’il éveille en nous un élan, remue une poignante nostalgie, comme d’un privilège perdu, ou d’un privilège jamais reçu. Il y a toujours dans notre âme des songes d’ascension, des complexes d’Icare, le dessein d’appareiller pour l’autre monde aérien grâce à des ailes qui nous viendraient à l’omoplate.

Jean-Pierre Otte, L’Amour en forêt, Paris, Éditions Julliard, 2001, p.183.

ORDURE

Marconi était en train de se dégager d’un tas infect où il avait été englouti jusqu’à la taille. Il gesticulait comme un ivrogne ou quelqu’un sur qui on a marché. Il n’avait rien trouvé de métallique pour se défendre et il ne songeait pas à lancer sur moi des projectiles. Je sortis le buste du tube en tailladant avec ma lame l’obscurité, les ordures en suspension, puis je dégringolai sans autre forme de procès. Marconi s’enfuit en direction du mur le plus proche.

Nous fûmes ensuite de nouveau face à face. Le sol avait une viscosité indescriptible. La seule issue était une porte de fer. J’étais placé devant. Nous consacrâmes une ou deux minutes à nous désemplâtrer du plus gros des débris et à nous dégager les narines, la bouche. Nous avions repoussé à plus tard la danse de l’assassin et de l’assassinable.

Antoine Volodine, Dondog Paris, Éditions du Seuil, 2002, p. 334-335.

ORGAN

Der Waran ließ eine lange, gespaltene Zunge aus seinem Maul zischeln, und die Frau streichelte auch die Zunge, ließ ihre Hand davon umwinden und lobte den Drachen fi.ir sein schönes Organ.

Karen Duve, Regenroman, Hamburg, KiWi 1999, S. 24.

ORIGNAL

 L’orignal avance dans le sentier. Ses bois pénètrent à l’intérieur du cercle en lanières de cuir ou en racines d’épinette. Le lasso doucement se resserre. Quand le cou est complètement enlacé, l’orignal commence à sentir une tension. Il sent quelque chose de lourd, ne comprend pas mais ne panique pas encore. La bête éprouve une sensation étrange mais reste calme. D’ailleurs, il n’y a pas d’odeur ennemie alentour, pas de bruits autres que ses propres pas (…). Petit à petit, l’animal veut fuir, l’animal presse le pas et, ici, il essaie de courir mais c’est trop lourd. Il tire tout de même de toutes ses forces pour progresser à nouveau sur son sentier quotidien, sa trail. Il avance et à force de tirer il se fatigue (…). Ses naseaux écument, son poil se met à luire à cause des poussées de sueur (…). Le bois d’un sapin cinquantenaire attaché derrière lui, il tire le poids du monde. Cela dure depuis une heure. À son camp de chasse, Taqawan a entendu le brame de détresse. Lentement il se lève. (…) L’orignal vient de mettre un genou à terre. (…) Entre la panique, le poids et la distance parcourue, ses muscles commencent à céder par soubresauts. C’est un jeune buck dans toute sa puissance mais le tronc est lourd et l’incompréhension totale. La réalité des habitudes ne correspond plus à ses réflexes. Ou plutôt, sa réalité a été modifiée sans que ses réflexes puissent s’adapter. Son instinct est le même et la situation légèrement différente. C’est ce qui est en train de le perdre. (…) « La lance pénètre son flanc, un râle s’élève. Plus rien ne bouge. C’est le silence. Taqawan salue l’esprit de l’animal mort. 

Eric Plamondon. Taqawan, Montréal, Le Quartanier, 2017, p. 160-161.

 

ORTIES

-Même à travers les chaussettes. Tu dois t’y préparer, savoir qui est en face de toi. Nos orties sont cultivées, pas domestiquées. Il faut se mettre à leur place. Tu approches ? Elles se défendent, rien de plus naturel. Et pour se défendre, elles ont à leur disposition une armée de lances, des minuscules seringues en silicium qui injectent un poison stocké dans une ampoule située à la base des poils. À peine tu la touches que l’aiguille se casse et reste dans la peau. Les abeilles se protègent de la même manière, mais elles en meurent. L’ortie n’a pas le sens du sacrifice, avec ou sans venin, elle continuera à prospérer. 

Marie Nimier, Le Palais des orties, Paris, Gallimard, 2020, p. 60.

OURS

L’ours étudiait l’homme serré contre lui, on aurait dit un gnome qui aurait trouvé une poupée et n’aurait pas très bien su qu’en faire. À titre d’expérience, l’ours mordit le ventre de Vatanen et obtint un cri de douleur perçant. L’ours affolé projeta l’homme contre le mur de la cabane et se rua dehors par la fenêtre.

Arto Paasilinna, Le Lièvre de Vatanen, trad. A. du Terrail, Paris, Denoël, 1989 [1975], <Folio>, p. 182.

Toujours debout, l’ours poussa de brefs grognements autour de lui. Trois points sautillants apparurent alors, trois oursons faméliques. La mère retomba à quatre pattes, se figea, reniflant l’odeur dégagée par la sueur d’Isaac et la crinière de Polly, puis fit deux pas en avant. Son omoplate droite ne la soutenait plus. Nés prématurément, ses oursons avaient dû la forcer à mettre un terme à son hivernation. Il avait fallu sortir dans la journée. Estropiée par un chasseur, un piège, ou peut-être même une chute idiote à sa sortie de la tanière, elle n’avait pas pu chasser suffisamment. Alors elle errait dans la tempête, portant sur ses épaules le fardeau de sa honte, de son incapacité à trouver quoi que ce soit à manger qui lui redonnait la force de produire du bon lait. Les hermines allaient trop vite, les perdrix aussi. (…) Polly fit un pas tout boiteux en avant : l’ourse recula vivement, entraînant ses rejetons avec elle. Alors Polly s’arrêta, et puis tendit un bras. »

Camille Brunel, La guérilla des animaux, Paris, Alma, 2018, p. 78-79.

OWL 

He could not count all the streams and bogs. The treetops dazzled, the flashing wings of hundreds of thousands of northward migrating birds beat above him. He saw snowy owls drifting silent through the trees, for they had come into the Maine woods in great numbers that winter and with the turn of the season were retreating to the cold lands. His eyes wearied of broken, wind-bent cedar and glinting swamp water. All one afternoon he had the feeling he was being watched, and as twilight thickened he saw a grey owl flutter to a branch stub and grip him with its clenching eyes. Of all birds he most hated this wretch. 

Annie Proulx, Barkskins, New York, Scribner, 2016, p. 145. 

 

PAESOLOGIA

La paesologia non fa un discorso etnografico, non fa un discorso sociologico, non fa poesia, se mai se ne serve. La forma propria di questo lavoro è portare i paesi sulla pagina. Dunque è una forma di trasloco. Il paesologo non è un viaggiatore, ma un traslocatore. Non vado a vedere un luogo, vado a prelevarlo, è come attraversare un bosco incenerito e cercare di prendere una fragola e portarla in salvo.

Franco Arminio, Terracarne, Milano, Mondadori, 2011, p. 231-232.

PAIX

J’ai emporté des livres, des cigarettes et de la vodka. Le reste –l’espace, le silence et la solitude– était déjà là. Dans ce désert je me suis inventé une vie sobre et belle, j’ai vécu une existence resserrée autour de gestes simples. J’ai regardé les jours passer, face au lac et à la forêt. J’ai coupé du bois, pêché mon dîner, beaucoup lu, marché dans les montages et bu de la vodka à la fenêtre. La cabane était un poste d’observation idéal pour capter les tressaillements de la nature. J’ai connu l’hiver et le printemps, le bonheur, le désespoir, et finalement, la paix.

Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie, Paris, Gallimard, 2011, p. 9.

PAPILLON

[…] le vol désordonné, capricieux, de petits papillons blancs. Ils s’échappent de la rive, viennent former des boucles autour des herbes descendues dans l’eau, remontent vers les branches avant de revenir devant moi, comme pour m’ouvrir la route. Chacun vole en rabattant les ailes dans un geste rapide, et symétrique. […] Les papillons me précèdent, dans le battement de leurs ailes. Je suis leurs petites paires de triangles blancs qui virevoltent au-dessus des reflets miroitant à la surface du flot, devant la vague que j’ouvre dans le fleuve.

 

Pierre Patrolin, La traversée de la France à la nage, Paris, P. O. L., 2012, p. 116-117. 

PÂQUERETTE

Je marchais là dans l’obscurité pour rejoindre la route et, parmi des débris de ferraille et des cadavres de bouteilles de bière qui jonchaient le sol d’une plate-bande d’herbe boueuse, j’aperçus une petite pâquerette toute blanche et tremblante, que les phares des voitures qui passaient éclairaient par intermittence.

Jean-Philippe Toussaint, L’appareil-photo, Paris, Éditions de Minuit, 2007, p. 122.

PASSAGE

Or ce qui m’est arrivé cette nuit-là (…) c’était la pensée qu’il n’y a pas de règne, ni de l’homme ni de la bête, mais seulement des passages, des souverainetés furtives, des occasions, des fuites, des rencontres. Le chevreuil était dans sa nuit et moi dans la mienne et nous y étions seuls l’un et l’autre »

Jean-Christophe Bailly, Le versant animal, Montrouge, Bayard, 2018, p. 12.

PAYSAGE

En dehors du fait que le paysage intérieur est une représentation métaphorique du paysage extérieur, que la vérité se révèle de la manière la plus complète non pas dans le dogme mais dans le paradoxe, dans l’ironie et les contradictions qui caractérisent les récits essentiels – en dehors de cela il n’y a que les échecs de l’imagination : le réductionnisme dans les sciences, le fondamentalisme en religion, le fascisme en politique.

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, J.Y. Tadié éd, Paris, Gallimard, <Bibliothèque de la Pléiade>, 1989, t. IV, p. 468.

On a toujours l’impression qu’on ne colle pas au paysage. Que c’est plutôt lui qui colle à vous. Qu’on voudrait en voir d’autres. Des plus saisissants, des moins collants. Des arcs-en-cieux, des phénomènes. Des exocets. Des terres nobles, dignes, des formes élégantes, des traits délicats, des couleurs franches. Une aube, avec une rosée. On a trop souvent l’impression que le paysage nous engloutit, ce n’est pas qu’on ne colle pas à lui, c’est qu’on ne parvient pas à se tenir d’assez loin pour finalement le cerner ; et lui pardonner.

Benoît Vincent, L’Entreterre,  Nantes, Les inaperçus, coll. Narratus, p. 4.

PAYSAGE D'ENFANCE

Qu’est-ce que c’est, un paysage d’enfance ? Des visages, des images, des spectres ? Un parfum, une musique ? Quel sera le paysage de Tiot ? […]. Je voulais un paysage pour Tiot, est-ce que la porte d’Orléans est un paysage ? Je voulais proposer un pays à Tiot, rentrer pour lui aussi. La déréliction douce de la porte d’Orléans. Le sentiment de la périphérie. Il me semblait que chaque immeuble, chaque bout de rue, se perdait dans des sables. De même qu’une ville de province ne deviendra jamais une capitale, dût cette province se transformer en pays, la densité de mercure de Paris ne se déplace pas. Je ne voulais pas que dans ses flashes géographiques Tiot voie le square du Serment-de-Koufra. Je ne voulais pas que ce soit son paysage, le square du Serment-de-Koufra.

Marie Darrieussecq, Le pays, P.O.L., 2005, p. 50.

PAYS NATAL

Mais le pays natal est moins une étendue qu’une matière ; c’est un granit ou une terre, un vent ou une sécheresse, une eau ou une lumière. C’est en lui que nous matérialisons nos rêveries ; c’est par lui que notre rêve prend sa juste substance ; c’est à lui que nous demandons notre couleur fondamentale. En rêvant près de la rivière, j’ai voué mon imagination à l’eau, à l’eau verte et claire, à l’eau qui verdit les prés

Gaston Bachelard, L’Eau et les Rêves, Paris, José Corti, 1993, p. 15.

PÊCHER 

Joseph se leva aux aurores. Il quitta sa maison, emportant sa canne à pêche et une musette avec à l’intérieur un morceau de pain et de lard. Il n’aurait certainement plus l’occasion de pêcher avant longtemps. Il ressentait le besoin d’être seul.Il traversa des prairies jaunies, peuplées de fétuque ovine échevelée par la brise matinale et de nards raides, et alourdies de gentianes. Entendit les cloches d’un troupeau tinter plus haut dans les estives, et leur écho rebondir dans la combe du Bélier. Il ramassa quelques sauterelles engourdies dans les laîches en lisière de forêt, et les enferma dans une petite boîte en feren couvercle métallique perforé à coups de pointe martelée. Lorsque Joseph estima en avoir suffisamment collecté, il ajouta quelques brins d’herbe verte à l’intérieur. Puis il plongea sous le couvert de hêtres gigantesques, qui annonçait la vallée au fond de laquelle coulait la rivière, comme un drain à ciel ouvert. »

Franck Bouysse, Glaise, Paris, Le Livre de Poche, 2017, p. 29.

PERTURBANTE

Il perturbante siamo noi stessi, l’estremo esterno portato dentro, la sensazione di separazione che non è reale. L’onda del mare e il mare.

Laura Pugno, In territorio selvaggio, Nottetempo, 2018, p. 67.

PHILODENDRON

En attente d’attribution, l’appartement était presque vide. Ne restait plus dans la pièce principale qu’un immense philodendron et, dans l’entrée, un portemanteau à cinq boules. J’avais nettoyé les carreaux au papier journal, détartré les toilettes, donné un coup de serpillière sur le parquet flottant. La table et les deux chaises empruntées à la médiathèque trônaient au centre de l’espace, sous le philodendron. Même si je n’ai jamais beaucoup aimé ce genre de plante, trop ostentatoire à mon goût, sa présence me rassurait. Assise sur ma chaise, j’avais l’impression de sentir son haleine, comme une caresse dans le dos. J’en étais venue à me dire que les plantes comme les êtres humains et les animaux avaient chacune leur personnalité, et que celle-ci, malgré son nom en peu ridicule, possédait un charme particulier.

Marie Nimier, Les Confidences, Paris, Gallimard, 2019, p. 15.

PICCOLO

Aveva smesso di cacciare stambecchi, era successo questo. Aveva sparato a un esemplare nella nebbia senza accorgersi che era femmina e senza vedere il piccolo vicino. La bestia colpita sul ripido aveva cercato di tenersi aggrappata alla roccia piantando zampe incerte, poi era caduta indietro, un salto in giù di buoni venti metri. Il piccolo senza incertezza era saltato nel vuoto della nebbia dietro la madre, ricadendo in piedi. La madre era rotolata di nuovo e precipitata, un salto anche più grande e il piccolo le era ancora volato dietro. Quando l'uomo raggiunse l’animale ucciso il piccolo era lì, un po’ storto sulle zampe, gli occhi grandi calmi desolati.

Erri De Luca, Il peso della farfalla, Feltrinelli, 2009, p.56.

PIERRE

Les pierres ce sont des choses qui ont trouvé leur place. Elles n’ont même pas besoin du savoir des hommes. Elles savent où elles sont et elles savent où elles peuvent être. 

Christian Viguié, Baptiste l’idiot, Forcalquier, Le mot fou, 2014, p. 98.

Les pierres des fabriques étaient comme le béton de mon immeuble, elles n’avaient pas la tendresse des roches anciennes, elles étaient trop jeunes, jeunes de quelques siècles seulement. La pierre millénaire, elle, était déjà là, elle était là avant l’homme, partout dans l’eau il y avait la pierre, brutale et accidentelle, elle accrochait son cours, elle cerclait ses échappées. […] La pierre domestiquée, appareillée, formait barrages et bassins, les énormes galets émergeant des rivières, ceux qui faisaient le dos rond au milieu des traversées, ceux qui dominaient en blocs vertigineux, étaient renforcés, parfois maçonnés, élagués au burin s’il le fallait, pour drainer le courant.

Emmanuelle Pagano, Ligne & fils, Paris, P. O. L., 2015, p. 40.

PIGEON

Le pigeon est un peu le rat du ciel, un rat auquel on aurait vissé des ailes avant de le repeindre en gris. Volatile néanmoins au sol la plupart du temps et boiteux souvent, claudiquant sur ses moignons, manière de lépreux sans béquille. Entre les deux créatures, cependant, une notable différence : l’oiseau, à l’encontre du rongeur, est naturellement immunisé contre la peste.

Patrick Deville, Peste & Choléra, Paris, Seuil, 2014, p. 119.

PIGOON 

The pigoons were much bigger and fatter than ordinary pigs, to leave room for all of the extra organs. They were kept in special buildings, heavily secured: the kidnapping of a pigoon and its finely honed genetic material by a rival outfit would have been a disaster. When Jimmy went in to visit the pigoons he had to put on a biosuit that was too big for him, and wear a face mask, and wash his hands first with disinfectant soap. He especially liked the small pigoons, twelve to a sow and lined up in a row, guzzling milk. Pigoonlets. They were cute. But the adults were slightly frightening, with their runny noses and tiny, white-lashed pink eyes. They glanced up at him as if they saw him, really saw him, and might have plans for him later. 

Margaret Atwood, Oryx and Crake, Virago Press, 2003, pp. 29-30. 

PINE

Men were chopping pine in hundreds of places. The big softwoods fell. New seedlings burst up on cutover ground, but now there was a break in the density of the woodland, and as new trees sprouted, the species succession shifted a little in each cutover tract. The forest began to alter in small ways. It still lived but it was not what it had been. Few noticed. 

Annie Proulx, Barkskins, New York, Scribner, 2016, p. 196. 

PINGOUIN

Dans une de tes lettres à maman, tu as écrit : Aujourd’hui je nageais sous l’eau, c’était un monde à part. Quand je m’y suis plongé, j’ai oublié la terre. Je ne pensais à rien. Et après j’ai commencé à trembler très fort à cause du froid. Je nageais aujourd’hui et je n’avais pas besoin du monde. Je me suis arraché du quotidien et je me suis jeté dans l’eau. Parfois je pense que la natation est une solution pour ceux qui se sentent perdus sur terre, c’est une façon de vivre le temps autrement, comme si le temps était profond et suspendu. Pendant des années je n’ai pas nagé, j’ai oublié que je savais le faire, comme si ce savoir était soustrait à mon corps pour donner de la place à un autre savoir : se tenir debout quand tout tombe et se cacher quand il n’y a rien à sauver. Je te ressemble plus que je ne le pensais, je dandine dans la vie, dans l’eau je suis chez moi. C’est peut-être pour ça que parfois on m’appelle pingouin. Le pingouin debout n’est pas très joyeux, il s’oublie, il s’esquive, il vacille. Tout est beaucoup trop vertical pour lui.

Aliona Gloukhova, Dans l’eau je suis chez moi, Paris, Verticales, 2018, p. 113-114.

PLACES 

We tend to think of landscapes as affecting us most strongly when we are in them or on them, when they offer us the primary sensations of touch and sight. But there are also the landscapes we bear with us in absentia, those places that live on in memory long after they have withdrawn in actuality, and such places -- retreated to most often when we are most remote from them -- are among the most important landscapes we possess. 

Robert Macfarlane, The Old Ways, London, Penguin, 2013, p. 198. 

PLAGE 

Elle rêve qu’elle est la plage. Son corps en sable ressent tout. Autour du nombril, les petits frères cuisent les lièvres sur des braises de bois mort. Son père marche dans la forêt des cheveux, tantôt près de l’oreille, tantôt à l’orée du cou. Le phare se dresse derrière les chevilles. Osip y veille sa lanterne, au plus haut des orteils. Sans arrêt, la Vieille parcourt le chemin des pieds au centre, du fils aux petits-enfants ; elle creuse des empreintes de femme lourde sur les cuisses de Mie. Des animaux foulent ses dunes : lézards, marmottes, ratons, loups, renards, cerfs. Les oiseaux l’effleurent à peine, parfois elle reconnaît le vent soufflé par leurs grosses ailes, leurs atterrissages la chatouillent, mais leurs pattes ne marquent pas son flanc. Le sommeil se prolonge, elle sent les grands mouvements qui façonnent ses dessous : les crabes et les vers déplacent le sol et l’aèrent, les racines des arbres drainent l’eau de la mer, le ressac entraîne ses vieux grains vers le large, les vagues lui en apportent de nouveaux. La cabane en ruine pèse entre ses seins. Les planches qui moisissent nourrissent le sable. Mie perçoit le lent travail des fourmis de charpente, des rougeurs, des termites qui désagrègent les décombres et s’en construisent des nids. 

WILHELMY, Audrée. Le corps des bêtes, Montréal, Leméac, 2017, p. 46. 

PLANTE

J’en venais à penser que [...] les plantes « expressives », avant tout celles qui portent des fleurs, appartenaient à différents domaines de la vie morale [...]. Je ne me contentais pas de ce qui tendait à démontrer que les correspondances ainsi établies entre les végétaux et nos sentiments ne reposaient que sur des associations d’idées superficielles, le rouge vif des pétales traduisant, par exemple, l’ardeur des sentiments. Qu’il la suscitât me semblait possible, sinon probable. Les plantes pouvant être poisons ou remèdes [...], il n’était pas déraisonnable de leur attribuer d’autres vertus plus subtiles, qu’elles auraient exercées par simple contact ou même à distance.

Pierre Gascar, L’Ange gardien, Paris, Librairie Plon, 1987, p. 52-53.

 

Arrivé dans le vestibule, je sortis de ma poche la liste que les Drescher m’avaient laissée et la relus distraitement. Ouf, comment s’y retrouver, dans tous ces termes de botanique allemands ? Et par quoi commencer ? Voici la liste dans son intégralité, on comprendra peut-être mieux ma perplexité. Rebord de la fenêtre de la cuisine : Semis de persil et de basilic. Tous le jours (autant que possible). Cuisine : Petit pot de thym. Deux fois par semaines. Entrée : Yucca. Une fois par semaine. Bureau : Ficus elastica (Brumisation bienvenue. Peu de besoin). Bégonia (Ne jamais mouiller les feuilles. Pas de brumisation. Surfaçage indispensable, toutes les deux semaines, changer la terre, la retourner autour de la racine). Balcon : Semis de marguerites. Tous les jours (autant que possible). Chambre : Gardénia (Ne jamais mouiller les feuilles. Lustrage bienvenu. Arrosage deux fois par semaine). Fougère (gros besoins, deux fois par jour, si grosses chaleurs ; sinon, tous les jours. Pas de lustrant). Hibiscus (Peu de besoin). Plumbago (Deux fois par semaine). Suivaient deux lignes de blanc et un petit nota-bene comminatoire rajouté d’une ample écriture féminine enthousiaste, qui ne manquait pas de piquant non plus. N.B. Les plantes aiment la musique ! Bon. Je repliai la feuille, la glissai pensivement dans la poche-poitrine de ma veste de pyjama. Qu’est-ce que je pourrais bien leur chanter, moi, à ces plantes ? 

Jean-Philippe Toussaint, La télévision, Paris, Éditions de Minuit, 1997, 2002, p. 33-34.

PLANTER

Arrivé à l’endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandai si la terre lui appartenait. Il me répondit que non. Savait-il à qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c’était une terre communale, ou peut-être était-elle propriété de gens qui ne s’en souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi cent glands avec un soin extrême.

Jean Giono, L’Homme qui plantait des arbres, ill. Fr. Beck, Paris/ Montréal, Gallimard/ Lacombe, 1989 [1953], p. 21.

PLAQUE

Sur ses plaques, ce n’est pas seulement la vérité miraculeuse des couleurs qui frappe, mais cette impression, quand on les regarde, d’être littéralement aspiré vers la ligne où se rejoignent ciel et terre. Qu’y a-t-il là-bas, derrière ? Rien, le bord du monde peut-être, ou alors la répétition infinie des mêmes choses. Des bois, des champs, des steppes, des chemins, des vols de corbeaux, des clochers minuscules sous les nuages.

Olivier Rolin, Le Météorologue, Paris, Seuil/ Paulsen, 2014, <Fiction & Cie>, p. 25.

PLATANE

Im Gegensatz zu dem allmählich verdämmernden Haus waren die Anlagen, die es umgaben, jetzt, ein Jahrhundert nach der Glanzzeit von Somerleyton, auf dem Höhepunkt ihrer Evolution. Zwar mochten die Rabatten und Beete einst farbenprächtiger und besser gepflegt gewesen sein, aber dafür füllten die von Morton Peto gepflanzten Bäume nun auch den Luftraum. über dem Garten aus, und die von den damaligen Besuchern bereits bewunderten Zedern, von denen einige ihr Astwerk über nahezu einen Viertelmorgen ausbreiteten, waren inzwischen ganze, Welten für sich. Es gab Sequoien, die höher als sechzig Meter hinaufragten, und seltene Sykomoren, deren äußerste Zweige sich niedergesenkt hatten auf den Rasen und die dort, wo sie die Erde berührten, festgewachsen waren, um von neuem aufzustreben in einem vollkommenen Kreis. Man konnte sich leicht vorstellen, daß diese Platanenarten sich über das Land ausbreiteten wie konzentrische Ringe auf dem Wasser und daß sie, indem sie solchermaßen ihr Umfeld eroberten, nach und nach schwächer wurden, in sich selber verwuchsen und von innen her abstarben.

W.G. Sebald, Die Ringe des Saturn. Eine englische Wallfahrt, Frankfurt am Main, Eichborn, 1995, S. 50-51.

PLATANES

Sur les cent derniers mètres du boulevard Ney, les platanes ont abrité pendant plusieurs mois de l’an 2000 une colonie d’étourneaux si prolifique, et chiant avec une telle abondance, qu’un des automobilistes dont le véhicule disparaissait inexorablement sous la fiente en a abattu à coups de fusil de chasse, le 25 novembre, avant d’être arrêté par une patrouille de la police urbaine de proximité. 

Jean Rolin, La clôture, Paris, P.O.L, 20021, Paris, Gallimard, « Folio », 2004, p. 37.

POISON

Après avoir percé le sol, une épaisseur de feuilles sèches, le sceau de Salomon courbe sa tige sous laquelle tremble une suite de fleurs blanchâtres dont la taille s’amenuise jusqu’à l’extrémité. Au-dessus de cette courbe les feuilles, de part et d’autre ouvertes comme des ailes, vont aussi en diminuant et semblent soutenir en l’air la plante. L’arum, entre des feuilles marbrées, ouvre une gorge vert pâle où se tend une luette de couleur brun-violet, et longue. Renifler ces plantes suffit pour savoir qu’elles portent du poison.

Jean-Loup Trassard, Dormance, Paris, Gallimard, 2000, p. 49.

POLAR ICE 

She had heard for years that the earth and its life-forms were sensitive to slight temperature changes, that species prospered and disappeared as weather and climate varied, but dismissed these alarms as environmental determinism. On the ice her thinking shifted as the moon shifts position in the sky. Historical evidence and the intense scrutiny of contemporary changes sent signals like fiery arrows; the earth was exquisitely sensitive to solar flares, the shadow of volcanic ash, electromagnetic space storms, subterranean magma movement. All her life she had assumed polar ice was permanent. She had not understood. ‘My God, how violently it is melting,’ she had whispered to herself. 

Annie Proulx, Barkskins, New York, Scribner, 2016, p. 172. 

POLVERE

Fuori, come sempre, le strade erano coperte dalla polvere rossastra che aveva cominciato a cadere negli ultimi giorni della guerra civile, quando c’erano stati più morti. Tutti si uccidevano con tutti, per pareggiare gli ultimi conti. Poi la milizia aveva «riportato l’ordine». Ma la polvere non aveva mai smesso di cadere, e ancora i meteorologi non sapevano spiegarne l’origine. Ormai era entrata a far parte del paesaggio.

Laura Pugno, La caccia, Ponte alle Grazie, 2012, p.19-20.

POUX DE CERF

À bon vent, évitant les branches mortes et les pierres, il progresse très lentement, s’arrêtant parfois aux passages où des fumets de sauvagine marquent les allées et les venues de la nuit. Les traces sont nombreuses et enchevêtrées mais aucune ne semble rapporter le passage du cerf, qui a dû se cantonner sur ce versant et renoncer aux sentiers de la crête. Sous les roches du balcon la pente est vide, c’est l’heure morte. Il se débarrasse de quelques poux de cerf tombés des feuillages qu’il a heurtés, et qu’il sent bouger dans son cou, courir sur sa chemise. Ce sont de gros insectes ronds et gris comme des grains de luzerne, -- la marque même de la présence toute proche de la harde. Bien qu’il sache les poux inoffensifs il en a soudain un tel dégoût qu’il a quitté son sac et enlevé sa chemise pour la nettoyer minutieusement. Il a senti en se rhabillant l’odeur des cerfs imprégnant tout ce qu’il porte et sa peau même et il en a éprouvé un plaisir inexplicable, comme s’il venait de franchir une épreuve.

Pierre Moinot, La guetteur d’ombre, Paris, Galliamard, 1979, « Folio », p. 147

PRODUITS CHIMIQUES

L'inconvénient des ces produits [chimiques], vantés pour leur capacité à augmenter la récolte, est d'abord qu'une partie de l'épandage liquide ou poudreux reste en suspens dans l'air que nous respirons. Ensuite qu'une autre part, poussée par les courants de l'air, tombe sur les plantes sauvages autour du champ, ou sur les plantes d'un jardin proche. Sans doute la part principale du produit remplit-il son rôle en éliminant les insectes parasites ou les plantes concurrentes, mais il est certain qu'une dernière part enfin est entraînée par les pluies abondantes jusqu'aux ruisseaux qui courent dans notre campagne, elle y a rapidement tué la faine discrète des vairons, écrevisses et grenouilles.

Jean-Loup Trassard, Verdure, Le temps qu'il fait, 2019,  p. 145.

PRODUITS PHYTOSANITAIRES

Je parcours la liste des produits phytosanitaires couramment utilisés et enrichis mon vocabulaire. Acaricides : contre les acariens. / Anti-russetings : contre la rugosité des pommes./ Bactéricides : contre les bactéries. / Corvicides et corvifuges : contre les corbeaux. / Fongicides : pour l’inhibition ou la prévention du développement des champignons./ Herbicides, désherbants, défoliants, phytocides ou débroussaillants : pour la destruction de plantes indésirables (appelées aussi mauvaises herbes ou adventices). 

Gisèle Bienne, La Malchimie, Arles, Actes sud, 2019, p. 109.

PROGRÈS

Papa aurait rêvé de vivre avec sa famille dans une ferme isolée, dans une exploitation plantée au milieu des prés, de champs entourés de forêts profondes. Il nous disait souvent que la civilisation était née avec l’agriculture au moment où les peuples avaient cessé de suivre à la trace les troupeaux de gibiers pour se fixer quelque part et entretenir la nature comme quelque chose leur appartenant. Il ajoutait que tous les progrès de l’humanité avaient ensuite été possibles grâce à leur persévérance. 

Roland Buti, Le Milieu de l’horizon, Genève, Zoé poche, 2016 [2013], p. 34-35.

PROGRESS 

Progress is a forward march, drawing other kinds of time into its rhythms. Without that driving beat, we might notice other temporal patterns. Each living thing remakes the world through seasonal pulses of growth, lifetime reproductive patterns, and geographies of expansion. Within a given species, too, there are multiple time-making projects, as organisms enlist each other and coordinate in making landscapes.

Anna Tsing, The Mushroom at the End of the World, Princeton University Press, Princeton, 2015, p. 21 

 

PUITS

Quand le lait s’épuise dans le sein de la mère, expliqua le cheikh, le nourrisson le mord. Or, à chaque morsure qu’il reçoit, le sein souffre, se rétracte et devient plus avare de son lait. Voilà exactement ce que nous sommes en train de faire avec le puits !

Ibrahim Al koni, Les Mages, trad P. Vigreux, Paris, Phébus, 2005 [1990], <Dar At-tanwir>, p. 210

PUTOIS

Parlant de lui, on croit déjà respirer l’effluve. La puanteur le précède comme d’autres sont devancés par leur ambition, et le prolonge comme on traîne confusément derrière soi la mêlée de ses dépits, ses remords, ses blessures d’amour-propre. C’est dans le péril et le conflit que le putois vide ses sacoches anales. L’on dirait un vaporisateur en forme de petite noix, logé fermement sous la queue, et qui s’épanche sous la souple contraction des muscles, dans « une république de réflexes », où le cri perçant, lancé en première intimidation, semble déclencher le mécanisme d’exhalation, tandis qu’un laboratoire intime continue de distiller la liqueur et d’engorger à volonté l’atomiseur.

Jean-Pierre Otte, L’Amour en forêt, Paris, Éditions Julliard, 2001, p. 100.

 

RACINE

[…] c’était par leurs racines, étendues loin sous la terre dans toutes les directions, se tressant solidement par la pointe, que la terre adhérait à la roche du sous-sol au lieu de s’émietter dans l’espace ; chaque fois qu’on arrachait un arbre, on déchirait une maille de ce filet où le monde était pris, etc.

Olivier Bleys, Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes, Paris, Albin Michel, 2015, p. 24.

RADIOAKTIVITÄT

Himmel, strahlender Azur.
Nach welchen Gesetzen, wie schnell breitet sich Radioaktivität aus, günstigenfalls und ungünstigenfalls. Günstig für wen? Und nützte es denn den unmittelbar am Ort des Ausbruchs Wohnenden wenigstens, wenn sie sich, durch Winde begünstigt, verbreitete? Wenn sie aufstiege in die höheren Schichten der Atmosphäre und sich als unsichtbare Wolke auf die Reise machte?

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 15-16.

RATS 

But in the animal world things are different, and human feelings are different. While we’re in New York, consider the cockroaches under the bed and the rats in the early morning clustered on the porch stoop. Apartment houses are hives of swarming roaches. Or again: in one sense you could think of Manhattan’s land as high-rent, high-rise real estate; in another sense you could see it as an enormous breeding ground for rats, acres and acres of rats. I suppose that the rats and the cockroaches don’t do so much actual damage as the roots do; nevertheless, the prospect does not please. Fecundity is anathema only in the animal. ‘Acres and acres of rats’ has a suitably chilling ring to it that is decidedly lacking if I say, instead, ‘acres and acres of tulips’. 

Annie Dillard, Pilgrim at Tinker Creek, HarperCollins E-Books, 2007, pp. 259-60. 

 RÉALITÉ

J’ai voulu y mettre l’air et l’humidité, le soleil, le printemps moite ou l’hiver cru parce que je suis mené par les sens et un grand appétit sensuel du monde. Je n’ai pas voulu m’exprimer par le moyen des choses, mais m’appliquer à la réalité avec une grande fidélité (ce qui à notre époque passe facilement pour la négation de l’art).

Robert Hainard, Et la nature?, Saint-Claude-de-Diray, Editions Hesse, 2006 [1943], p. 40.

REFLECTION 

Perhaps this was what she saw, he thought, all those times he watched her through the window as she ate, or paced, or lay in the sun. Perhaps when she gazed back, it was not him she was seeing, never the meeting of gazes he had imagined. It had always only ever been her, the last Cape lion in existence, staring at her own reflection in the glass. 

Henrietta Rose-Innes, Green Lion, Aardvark Bureau, London, 2015, p. 243. 

RENARD

Le renard appartient aux forêts, aux fables, au mystère du sang, au domaine de l’ombre, au flottement de la brume, et à la lumière humide de la lune. Il est l’image, le symbole même de ce qui ne cède pas, mais qui ne cède pas avec adresse, désinvolture et ingéniosité. Jamais il ne se rend à la raison d’autrui, ni à des évidences qui ne seraient pas les siennes. Cependant, ce n’est que rarement de front (effrontément) et le plus généralement par des détours et des feintes, par ses immobilités tactiques ou ses actes toujours assortis aux stratégies intérieures, qu’il affiche sa différence, sa dignité, et son indépendance.

Jean-Pierre Otte, L’Amour en forêt, Paris, Éditions Julliard, 2001, p. 54.

RÉSEAUX

Il travaille à ce que les réseaux s’interconnectent, qu’ils se fluidifient, se rencontrent, échangent plus vite encore sur des autoroutes et des ponts qui abolissent les distances et les amoindrissent jusqu’à ce qu’il ne reste bientôt pas un point éloigné de l’autre de plus de quelques encablures, même sur voie terrestre – puisque c’est son domaine. Il a la planète comme terrain d’expérimentation et veut transformer le monde en un immense corps conducteur.

Laurent Mauvignier, Autour du monde, Paris, Minuit, 2014, p. 146.

RHINOCEROS

After a while the rhinoceros sighed. It was a familiar sound despite the fact that they were strangers. He knew the need for the sigh, the feel of its passage; a sigh was not a thought but a substituted one, a sign of grief or affection, of putting down something heavy that was carried too long. In the wake of the sigh he wondered exactly how lonely she was, in this minute that held the two of them. Maybe she saw beyond herself, the future after she had disappeared; maybe she had an instinct for the meaning of boundaries and closed doors, or the conditions of her captivity or the terminus of her line, hers and her ancestors’.
   Maybe she had no idea.
   He put a hand against the cool wall and felt almost leaden. No other animal could have eyes shaped like these, see the ground and the trees from this place with this dinosaur’s consciousness. No other hide would feel the warmth of the sun wash over these molecules, and neither he nor anyone would know how it had felt to live there, in both the particulars and the generalities, the sad quiescence of the animal’s own end of time

Lydia Millet, How the Dead Dream, Vintage, 2009, pp. 145-46.

RIFT

 Le rift de la mer du Nord s’ouvre sous ses yeux. Un peu à la manière de la dorsale médio-atlantique, mais en plus petit, et le terrain n’est pas à vif, ce n’est pas un épanchement permanent du magma, plutôt un coup de lame dans le gras des sédiments du Permien […]. Un coup de lame comme un geste technique, sur mille kilomètres de bas en haut, par manque d’élasticité et pour éviter la déchirure, mais la lame est mal aiguisée, et l’entaille n’est pas rectiligne, […]. La vallée du rift s’étire plus ou moins large et profonde, aux escarpements irréguliers. Il la voit à différents stades de son histoire, taillée dans un plateau rouge désertique, une série de décrochements, de gradins, jusqu’à la dépression centrale. »

 Elisabeth Filhol, Doggerland, POL, Paris, 2019,  p. 145-146.

RISERVA

Stellaria era già a quei tempi un paese morente. [...]Ora la casa in cui era cresciuta era in abbandono, con i vetri spezzati, e la neve che cadeva dentro, come in tutto il paese di Stellaria. [...]Ormai Stellaria non era più un centro abitato, e gli ultimi vecchi erano stati lasciati morire nelle loro case. Il paese era morto con loro, e la riserva lo aveva ricoperto.

Laura Pugno, La ragazza selvaggia, Marsilio, 2016, p.68

RIVER 

The river has come back to fit between its banks. To stick your hands into the river is to feel the cords that bind the earth together in one piece. The sound of it at a distance is like wild horses in a canyon, going surefooted away from the smell of a cougar come to them faintly on the wind. 

Barry Lopez, Desert Notes and River Notes, New York, Open Road Media E-book, 2013, p. 217. 

RIVIÈRE

La rivière se souciait de l’avenir comme d’une guigne. Elle aspirait, buvait la cire chaude du soleil. En se déversant cette cire prenait la consistance d’une flamme vive, son grain, sa chaleur, ondoyant, puis se repliant avant de fondre sur l’onde. (…) Le fond était tapissé de blocs pierreux, d’alluvions décalcifiées et en dehors des coulées de marne, parmi les taillis d’arbustes, il dissimulait quelques grottes. 

André Bucher, La Montagne de la dernière chance, Marseille, éd. Le mot et le reste, 2015, p. 12.

ROCHE

Les roches brutalisent et contraignent l’eau. L’eau cave les roches, se sculpte un passage, opiniâtre. Je recueille ce combat multimillénaire, parfois bouillonnant, parfois si calme qu’il se fait oublier, dans des photos impuissantes, car cette guerre est bien trop lente, ou trop rapide, pour le regard. Mais il en reste des preuves si belles, les stigmates évidents de la tendresse patiente des pierres, sur lesquelles l’usure et le temps de l’eau impriment des gravures toutes en courbes […]

Emmanuelle Pagano, Ligne & fils, Paris, P. O. L., 2015, p. 8.

ROUGE-GORGE

[...] j’aurais été incapable de lui répondre sur le même ton, me suis discrètement baissée, signe infaillible de soumission chez la mammifère que je suis, puis suis partie doucement, tandis que les arias faiblissaient à mesure que je mettais de la distance entre mon pull et l’oiseau. Donc, la signature de l’espace sonore. C’est peut-être, plus que la vue, ce qui m’attache à un lieu.

Fabienne Raphoz, Parce que l’oiseau, Paris, 2018, Corti, « Biophilia », p. 87.

RUISSEAU

Descendant, descendant toujours, le ruisseau, qui grossit incessamment, devient aussi plus tapageur : près de la source, il murmurait à peine ; même, en certains endroits, il fallait coller son oreille contre terre pour entendre le frémissement de l’eau contre ses rives et la plainte des brins d’herbe froissés ; mais voici que le petit courant parle d’une voix claire, puis il se fait bruyant, et quand il bondit en rapides, et s’élance en cascatelles, son fracas réveille déjà les échos des roches et de la forêt. Plus bas encore, ses cascades s’écroulent avec un bruit tonnant, et même dans les parties de son cours où son lit est presque horizontal le ruisseau mugit et gronde contre les saillies des berges et du fond.

Elisée Reclus, Histoire d’un ruisseau, J. Cornuault éd., Paris, Infolio, 2010 [1869], p. 51-52

RURALITÉ

Une batterie d’experts, c’est-à-dire de spécialistes de l’invérifiable, y jugeait qu’une trentaine de départements français appartenait à « l’hyper-ruralité ». Pour eux, la ruralité n’était pas une grâce mais une malédiction : le rapport déplorait l’arriération de ces territoires qui échappaient au numérique, qui n’étaient pas assez desservis par le réseau routier, pas assez urbanisés ou qui se trouvaient privés de grands commerces et d’accès aux administrations. Ce que nous autres, pauvres cloches romantiques, tenions pour une clef du paradis sur Terre – l’ensauvagement, la préservation, l’isolement – était considéré dans ces pages comme des catégories du sous-développement.

Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs, Paris, Gallimard, 2016, p. 28.

 

SAISON

je trouvais une espèce de réconfort dans le déroulement des saisons, comme s’il avait reflété une raison, mieux : une justice majeure. Il fallait, de toute évidence, que l’été finît ou que le printemps vînt. Il y avait là toute une logique, toute une morale qui, à n’en pas douter, apparaîtrait un jour dans mon propre destin.

Pierre Gascar, L’Ange gardien, Paris, Librairie Plon, 1987, p. 81.

SALICE

Fra un deposito di mobili, un’officina, un’agenzia di spedizioni, c’è una villetta col suo giardino, i giochi per i bambini, le poltroncine di plastica bianche. Di recente costruzione, mette i brividi pensare che i proprietari l’abbiano voluta lì, stretta fra capannoni e costruzioni anonime. Orrende.

Roberto Ferreti, Andate e ritorni: scorribande a nord est, Amos Edizioni, 2003, p.33.

SALMON 

Salmon find their way back to the river of their birth, we’re told, by smell. This sounds both plausible and ludicrous. Plausible, in that how else could they do it? And ludicrous, like the idea that geese were born of barnacles, or that herons wax and wane with the moon. Salmon, feeding off the south coast of Greenland, in cold unimaginable depths one day give a wee flick of the tail and turn toward the smell of home. What, do we imagine, is the smell of the Braan? The smell that must distil on our faces, out of the spray, as we stand on that little balcony? Rather, how does the smell of the Braan differ from the smell of the Earn, say, or the Tilt? The water of the falls of the Braan must surely smell of schist and granite gravel, peat, and fish, alder, microbes and leaf rot, earth, silage, moss and oxygen? And a salmon can follow this smell like a dog who knows its way home from the pub.

Kathleen Jamie, Findings, London, Sort of Books, 2005, pp. 80-81. 

SANGLIER

Être sanglier vous destine à une existence de solitaire, où l’on s’accompagne en tout d’une allure bourrue, engorgé d’une paix que l’on dirait profonde et farouche, bien que cette humeur d’indépendance, qui connaît ses surprises et ses voluptés volées à la vie, ne soit pas exempte de rapprochements, de charges et de combats, de coups et de blessures sanglantes, dans l’orgueil de vaincre et de ne pas céder le terrain. On a le quant-à-soi escarpé, l’entêtement obscure et terrible, des défenses acérées, relevées en crochets aux commissures des lèvres, et particulièrement meurtrières quand la fureur nous conduit à la ruée. […]

Il se dégage de nous une force à couper le souffle, une paix qui a sa volonté tenace, une conviction d’évidence que rien n’ébranle ; c’est en nous, découpé aux contours du corps, un espace compact de sauvagerie, comme si les nuits les plus noires s’étaient ralliées et condensées sous les muscles, et que ressortaient de l’ensemble, en participant d’elles, les forces primordiales du monde.

Jean-Pierre Otte, L’Amour en forêt, Paris, Éditions Julliard, 2001, p. 74-75.

SAPINS

Matrat souffrait de voir ce que devenaient les sapins hachés par les balles, écrasés par les obus. Une pareille destruction le scandalisait. (…) Il tuait pour tenter d’arrêter le saccage de la forêt bien plus que pour reprendre les provinces perdues par ses anciens.

Charles Exbrayat, Jules Matrat, Paris, Albin Michel, 1975, p. 55.

SAURER REGEN

Während alle trinken, nippen, plaudern, tuscheln oder einander stumm, wie Jorinde und Joringel, schwarzsamtene Trauer aus den Augen lesen, während der Prinz immer wieder

und dienstbeflissen sein Dornröschen wachküßt, Rotkäppchen der Großmutter Frechheiten wie »Besauf dich nicht wieder!« ins Ohr schreit, die Hexe - jetzt mit Brille - Hänsel mehr als Gretel betastet, Rumpelstilzchen galant dem Mädchen ohne Hände ein Glas Fliederbeerensaft an die Lippen setzt, die Böse Stiefmutter den aus Urzeiten herrührenden Streit zwischen Schneewittchen und Rapunzel schlichtet und Rübezahl, seitab, als wolle der Geist des Riesengebirges bäumeentwurzelnde Kraft zeigen, für die Pensionsküche auf Vorrat Holz klaftert; während all dies geschieht, ziehen Wolken auf und geht ein Regenschauer nieder, der neben dem Brunnen eine aus Glasröhren montierte Meßanlage ausschlagen läßt: worauf das Alarmglöckchen schrillt; wie überall im Land fällt auch hier saurer Regen, den die Märchengestalten fürchten. Da springt der Frosch von der Stirn der schlafenden Dame in den Brunnen, aus dem sogleich in enganliegender Taucherkleidung, jedoch gekrönt der Froschkönig steigt. Die damenhafte Prinzessin erwacht und reibt ihre Stirn, die soeben noch der Frosch bewohnt hat, als plage sie Kopfschmerz. Wie ihr der Froschkönig hochhilft und den Arm bietet, flüchten alle ins Haus, zum Schluß mit Hänsel und Gretel die Hexe, nachdem sie alarmierende Meßdaten vorgelesen hat: »Das hält selbst unser Märchenwald nicht aus.«

Günter Grass, Die Rättin, München, Deutscher TaschenbuchVerlag, 2015, S. 126-127.

SCÈNE

La scène aurait été parfaite si la compagnie pétrolière qui avait frayé cette piste n’avait abandonné en se retirant quelques épaves, et en particulier, au niveau où nous nous trouvions, une batterie de trois chiottes montés sur pilotis d’une blancheur lustrée de réfrigérateur ou de machine à laver, désormais privés d’eau mais encore utilisable pour l’un d’entre eux. De l’intérieur de celui-ci, qui comme les deux autres était privé de porte, on jouissait de la vue la plus belle, et la plus étendue, qu’il ait été donné à quiconque d’embrasser dans une telle situation.

Jean Rolin, Le Traquet kurde, Paris, P. O. L., 2017, p. 86.

SCHIFF ERDE

Sooft wir von Ratten hörten, die, nach menschlichem Urteil, feige ein Schiff verlassen hatten, so prompt wurde uns wenig später der Untergang des verlassenen Schiffes bestätigt. Es stimmt, rief die Rättin. Dieser Satz hat unseren Ruf gefestigt. Doch als es zum Schluß um das Schiff Erde ging, bot sich kein Planet zum Umsteigen an. Deshalb suchten wir unterhalb der menschlichen Bunkersysteme, Hoch- und Tiefbauten unterwühlend, Zuflucht. Auch legten wir Vorräte an, was während der Humanzeit nur die bengalische Reisratte tat.

Günter Grass, Die Rättin, München, Deutscher Taschenbuch Verlag, 2015, S. 67-68.

SCHLAMM

Und schöne Berge, die etwa um die zweitausend Meter hoch sind, ein paar sind noch höher; das Gebiet gehört aber noch nicht ganz zum hochalpinen Bereich. Wanderwege, eine kleine Lokalbahn, Bäche, ein klarer Fluß, aber wenn die Techniker das Stauwerk zu schnell öffnen, dann ersticken die Forellen im Schlamm und treiben, die Bäuche nach oben, glitzernde Geschwader von Hundertschaften, die eben noch über ihre ziemlich schwankende Straße gezogen sind, bei der Brücke herum und vertreiben die Ausflügler, die hinüber in den Gasthofwollen, der in den Fels hineingebaut und nur über eine Art Hühnersteige, einen beinahe unwegsamen Pfad, zu erreichen ist.

Elfriede Jelinek, Kinder der Toten, Reinbek bei Hamburg, Rowohlt, 1995, S. 7-8.

SCHNECKE

Leon wollte ins Haus gehen, aber als er eben die Klinke niederdrückte, sah er noch eine Schnecke. Sie saß auf der oberen Kante des zusammengeklappten Plastiktisches. Sie war nicht ziegelrot oder braun wie die Wegschnecken, die er gerade abgesammelt hatte. Sie war gelblichweiß, und ihr Schleim war milchig. Sie war die Tischkante hochgeschleimt und versuchte jetzt, auf die Wand überzuwechseln, was ihr nicht ganz leicht fiel, denn ihr kräftig in Längsrichtung gerunzelter Hinterleib schien voller Eier zu sein. Die weiße Schnecke bäumte sich auf wie ein Zirkustier, reckte den Vorderkörper in die Luft und spreizte die Fühler zu einem V.
V wie Victory.

Karen Duve, Regenroman, Hamburg, KiWi 1999, S. 123.

SCHNEE

Ein kleines weißes Etwas, das direkt vor seinen Augen tanzte. Gleich darauf noch eines. Und im nächsten Moment war die Luft erfüllt von unzähligen winzigen Wolkenfetzen, die langsam schwebend zu Boden sanken. Egger dachte erst, es wären Blüten, die der Wind von irgendwoher getragen hatte, doch es war Ende September und um die Zeit blühte längst nichts mehr, schon gar nicht in dieser Höhe. Und da erkannte er, dass es schneite. Immer dichter fiel der Schnee vom Himmel und senkte sich auf die Felsen und auf die satten, grünen Wiesen. Egger ging weiter. Er achtete genau auf seine Schritte, um nicht auszurutschen, und alle paar Meter wischte er sich mit dem Handrücken die Flocken von Wimpern und Augenbrauen. Dabei stieg eine Erinnerung in ihm hoch, ein kurzer Gedanke an etwas, das sehr lange zurücklag, kaum mehr als ein verwischtes Bild. »Es ist noch nicht so weit«, sagte er leise, und der Winter legte sich übers Tal.

Robert Seethaler, Ein ganzes Leben, München, Goldmann, 2016, S. 154-155.

SCHÖPFUNG

Insgeheim weiß das jeder, und wenn es ihm nicht gegeben ist, nicht gelingt oder verwehrt wird, diese seine tiefsten Sehnsüchte zu befriedigen, dann schafft er, ach: wir! -, dann schaffen wir uns Ersatzbefriedigung und hängen uns an ein Ersatzleben, Lebensersatz, die ganze atemlos expandierende ungeheure technische Schöpfung Ersatz für Liebe.

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 42.

SCHOTTER

Das heutige Dunwich ist der letzte Überrest einer im Mittelalter zu den bedeutendsten Hafenplätzen Europas zählenden Stadt. Mehr als fünfzig Kirchen, Klöster und Spitäler hat es hier einmal gegeben, Werften und Befestigungsanlagen, eine Fischerei- und Handelsflotte mit achtzig Fahrzeugen und Dutzende von Windmühlen. All das ist untergegangen und liegt, über zwei, drei Quadratmeilen verstreut, unter Schwemmsand und Schotter draußen auf dem Boden des Meers.

W.G. Sebald, Die Ringe des Saturn. Eine englische Wallfahrt, Frankfurt am Main, Eichborn, 1995, S. 195.

SEA 

Every time I go to sea I seek this place, a place in which I feel a kind of peace I have never found on land. Others discover it on mountains, in deserts or by the methodical clearing of their minds through meditation. But my place was here; a here that was always different but always felt the same; a here that seemed to move further from the shore with every journey. The salt was encrusted on the back of my hands, my fingers were scored and shrivelled. The wind ravelled through my mind, the water rocked me. Nothing existed except the sea, the birds, the breeze. My mind blew empty. 

George Monbiot, Feral, The University of Chicago Press, Chicago, 2014, p. 16. 

SÉCHERESSE

C’était au mois de juin de l’année 1976. C’était le début des grandes vacances de mes treize ans. C’était l’année de la sécheresse. (…) Il ne pleuvait plus depuis des semaines ; comme il n’avait pas neigé sur les montagnes durant l’hiver, les nappes phréatiques ne s’étaient pas remplies au printemps. Tout était sec en dessous, tout était sec en surface et notre campagne ressemblait à un vieux biscuit dur. Certains disaient que le soleil s’était soudain rapproché de la Terre ; d’autres disaient que la Terre avait changé d’axe et que c’était elle qui, au contraire, était attirée par le soleil. 

Roland Buti, Le milieu de l’horizon, Genève, Zoé poche, 2016 [2013], p. 9-10.

SELEKTION

Die Verbindung zwischen Töten und Erfinden habe uns seit den Zeiten des Ackerbaus nie verlassen, lese ich. Kain, der Ackerbauer und Erfinder? Der Gründer der Zivilisation? Es sei schwer, die Hypothese zu widerlegen, daß der Mensch selbst, durch Kampf gegen seinesgleichen, durch Ausrottung unterlegener Gruppen, das wichtigste Werkzeug der Selektion war, die eine rasche Weiterentwicklung der Gehirne bewirkte?

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 75. 

SELVAGGIO

Cosa sappiamo del corpo? Che è il primo luogo del selvaggio. L’irriducibile.

Laura Pugno, In territorio selvaggio, Nottetempo, 2018, p.85.

SENTIERO

Terminata la lettura, non sarete in grado di riprodurre sulla mappa il mio sentiero da Bologna a Milano, ma forse vi prenderà la voglia di tracciarne uno vostro, tra due città a vostra scelta. Se questo accadrà, invece di mille viandanti che percorrono lo stesso sentiero ne avremo forse cento che camminano centro tracce diverse, si intrufolano in cento diversi terreni, scorgono cento diversi focolai di rovina, discutono con cento diversi proprietari e pongono, con i passi e le parole, cento diverse domande di diritto al paesaggio.

Wu Ming 2, Il sentiero luminoso, Ediciclo, 2016, p.105.

SEPTEMBRE

La poisseuse puanteur suspendue dans la chaleur de septembre, l’été épuisé: légumes pourris, melons, choux, huile rance, excréments, noires nuées de mouches, détritus, épluchures, ventres blêmes de poissons morts, ordures qui flottent et descendent mollement sur l’eau du quai.

Claude Simon, Les Géorgiques, Paris, Minuit, 1985, p. 57-58.

SERRA

Da Battipaglia in poi, di nuovo serre, serre, serre. Serre viola (insalatina riccia), verde acceso (cappuccia), rosse (pomodori) arrivano fino ai piedi dei condomini. Ci sono perfino limoneti in mezzo ai palazzoni. Un campo lasciato a maggese è ricoperto di fiori gialli, fucsia, viola, blu, e accanto, un campo di grano dal verde scintillante. Quanti colori in questo paese.

Francesca Melandri, Eva dorme, Milano, Arnoldo Mondadori, 2010, p. 258.

SHORE 

This shore caught it. At the tideline of every inlet, where the dunlin foraged and fulmars rested, were seals’ vertebrae and whalebones, driftwood and plastic garbage. I wonder now if we shouldn’t have been more concerned about the plane. A plane had crashed, sometime, and we were unconcerned. Little wonder, when there were winds and currents strong enough to flense whales and scatter their bones across the machair. Here in the rain, with the rotting whale and wheeling birds, the plastic floats and turquoise rope, the sealskins, driftwood and rabbit skulls, a crashed plane didn’t seem untoward. If a whale, why not an aeroplane?

Kathleen Jamie, Findings, London, Sort of Books, 2005, pp. 59-60. 

SICHERHEIT

Und ich habe begriffen: Nicht das Phantom »Sicherheit« - nein: der Sog des Todes ist es, die Machbarkeit des Nichts, die einige der besten Gehirne Amerikas da zusammentreibt.

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 78.

SILENCE

There was a strange stillness. The birds, for example – where had they gone? Many people spoke of them, puzzled and disturbed. The feeding stations in the backyards were deserted. The few birds seen anywhere were moribund; they trembled violently and could not fly. It was a spring without voices. On the mornings that had once throbbed with the dawn chorus of robins, catbirds, doves, jays, wrens, and scores of other bird voices there as now no sound; only silence lay over the fields and woods and marsh.

Rachel Carson, Silent Spring, Penguin, 2000 [1962], p. 22.

SILENZIO

Ogni paese ha il suo silenzio. Dipende dalla forma. Il silenzio di un paese concavo, appoggiato in una valle, è diverso dal silenzio di un paese convesso che sta in cima a una montagna. E poi c’è la disposizione delle case, la presenza della vegetazione, l’esposizione geografica, il fatto di essere a nord o a sud, la vicinanza o meno di una città, perfino il reddito ha influenza sul tipo di silenzio che percepisci dentro un paese.

Franco Arminio, Terracarne, Milano, Mondadori, 2011, p. 169-170.

SLEEP 

The sky can seem very pale in summer once you’ve grown accustomed to the darkness. I could make out the silhouettes of trees, but the rooks and their nests melted into the general blackness. In the wood, complete silence but for the occasional minor rustling further off. Starlight filtered down, strained through the black leaves. Then I heard a tawny owl enter and traverse the wood calling to other, more distant owls, which called back. Even the cuckoo was singing in the dark for a while. As I began to drift in and out of sleep, drugged by bluebells, I felt doubly submerged, a long way beneath the surface on the sea floor of the wood. Once I was woken with a jolt by a sudden mad commotion in the rookery caused, I suppose, by a bad bird dream: a pouncing fox in the skull of a rook that sent a wave of alarm through the canopy. Some rooks took flight and circled briefly in the dark before they settled back. Do birds fly in their sleep? I heard the whisper of wood-pigeon wings as a pair slipped away into the darkness.

Roger Deakin, Wildwood: A Journey Through Trees, London, Penguin E-book, 2007, p. 76.

SOL

C’est le sol de Paris. Calcaire et silice ; humus de marronnier, fiente, carburants : ce qui s’use et ce qui pousse, ce qui fait la poussière ici comme ailleurs, graines et pollen, météores, squames, cendre… Un sol, pas une terre ; ou alors de la terre aussi battue et rebattue qu’un court de tennis ou un hall de gare. Tellement battue et rebattue qu’on pouvait la dire vierge, de la terre de grande ville. Pousse qui s’y mette. Canettes et noyaux, grains et mégots. Gallo-Romains, Mérovingiens et Capétiens empilés par-dessous. Un carottage de siècles.

M. Darrieussecq, Le pays, P.O.L., 2005, p. 45. 

SOLITAIRE

Solitaire, habitué à se passer des autres, Moulédous vivait dans la forêt devenue, pour lui, une sorte de refuge. Il en savait tout et lorsqu’un arbre deux ou trois fois centenaire mourait –le plus souvent abattu par le vent ou écrasé par la neige– il en souffrait comme de la perte d’un parent ou d’un ami. Un arbre met longtemps à mourir et, quand il s’agissait d’un de ces sapins géants qu’il connaissait depuis l’enfance, il passait près de lui de longues heures, le caressant, le consolant. C’est parce qu’on l’avait surpris à ce manège que Julien passait pour un peu demeuré

Charles Exbrayat, Ceux de la forêt, Paris, Albin Michel, 1977, p. 55-56.

SPARROW

It was a black-and-white photograph my father had taken many years ago of an elderly street-cleaner with a white goatee beard, wrinkled socks and down-at-heel shoes. Crumpled work trousers, work gloves, a woollen beret. The camera is low, on the pavement: Dad must have crouched in the road to take it. The man is bending down, his besom of birch twigs propped against his side. He has taken off one of his gloves, and between the thumb and first finger of his bare right hand he is offering a crumb of bread to a sparrow on the kerbstone. The sparrow is caught mid-hop at exactly at the moment it takes the crumb from his fingers. And the expression on the man’s face is suffused with joy. He is wearing the face of an angel.

Helen Macdonald, H is for Hawk, London, Jonathan Cape, E-book, 2014, pp. 139. 

SPRACHE

Sie verdrängt viele unserer tierischen Instinkte. Auf die können wir nicht mehr - nie mehr! - zurückgreifen; wir haben uns endgültig aus dem Tierreich abgestoßen; der Säugling, der mit einer archaischen Reflexausrüstung zur Welt kommt, muß diese in wenigen Wochen ablegen, um sich normal, das heißt: zum Menschen, entwickeln zu können. Die Stirnlappen des Neocortex haben das Kommando übernommen. Kultur ist ihr Produkt. Sprache, Mittel der Überlieferung, ihre Voraussetzung.

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 108-109.

SPERRMÜLL

Sie läuft, und sie läuft ab. Es scheint eine Art Container hinter diese Tür geschoben worden zu sein, der die menschl. Fracht aufnehmen soll mitsamt der hochaufragenden Zeit, die diese Fracht bereits verbraucht hat, aber die Zeit ist hier nichts als Sperrmüll.

Elfriede Jelinek, Kinder der Toten, Reinbek bei Hamburg, Rowohlt, 1995, S. 161.

STORIES

It matters what thoughts think thoughts. It matters what knowledges know knowledges. It matters what relations relate relations. It matters what worlds world worlds. It matters what stories tell stories.  

Donna Haraway, Staying with the Trouble, Durham and London, Duke University Press, 2016, p. 35. 

STRAHL

Da du nicht fragen kannst: Die Art Strahlen, lieber Bruder, von denen ich rede, sind gewiß nicht gefährlich. In einer mir unbekannten Weise durchqueren sie die verseuchten Luftschichten, ohne sich anzustecken. Das Fachwort ist: kontaminieren. (Während du schläfst, Bruder, lerne ich neue Wörter.)

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 10.

 

SUMPFGRAS

Der Waldboden, auf dem im Vorjahr noch Schneerosen, Veilchen und Anemonen zwischen Farnen und Moospolstern wuchsen, war nun überdeckt von einer Schicht schweren Lehms. Nur Sumpfgras, dessen Samen wer weiß wie lang in der Tiefe gelegen hatten, ging büschelweise in der bald völlig verbackenen Erde auf.

W.G. Sebald, Die Ringe des Saturn. Eine englische Wallfahrt, Frankfurt am Main, Eichborn, 1995, S. 332.

SURFACE

For my own part I am pleased enough with surfaces—in fact they alone seem to me to be of much importance. Such things for example as the grasp of a child’s hand in your own, the flavor of an apple, the embrace of friend or lover, the silk of a girl’s thigh, the sunlight on rock and leaves, the feel of music, the bark of a tree, the abrasion of granite and sand, the plunge of clear water into a pool, the face of the wind—what else is there? What else do we need?

Edward Abbey, Desert Solitaire. A Season in the Wilderness, New York, Touchstone, 1968, p. XIII.

SYCAMORE

I am sitting under a sycamore by Tinker Creek. I am really here, alive on the intricate earth under trees. But under me, directly under the weight of my body on the grass, are other creatures, just as real, for whom also this moment, this tree, is “it.” Take just the top inch of soil, the world squirming right under my palms. In the top inch of forest soil, biologists found “an average of 1,356 living creatures present in each square foot, including 865 mites, 265 spring tails, 22 millipedes, 19 adult beetles and various numbers of 12 other forms…. Had an estimate also been made of the microscopic population, it might have ranged up to two billion bacteria and many millions of fungi, protozoa and algae—in a mere teaspoonful of soil.” The chrysalids of butterflies linger here too, folded, rigid, and dreamless. I might as well include these creatures in this moment, as best I can. My ignoring them won’t strip them of their reality, and admitting them, one by one, into my consciousness might heighten mine, might add their dim awareness to my human consciousness, such as it is, and set up a buzz, a vibration like the beating ripples a submerged muskrat makes on the water, from this particular moment, this tree.

Annie Dillard, Pilgrim at Tinker Creek, HarperCollins E-Books, 2007, p. 150.  

 

TARLO

Nel tinaio, sotto un vecchio barile che aveva perduto anche i cerchi, ritrovo una tavola di sorbo. Perdio! Se mi riesce a segarla come voglio, mi ci viene un bel tagliere.
Prima, con la lima a triangolo, arroto i denti della sega, poi mi metto all'opera. È legno così duro, che, per quanto consumi tutta la sugna che tenevo incartata su la cappa del camino, non giungo alla fine. La sega brucia e doventa pavonazza. E poi, non riesco ad andare a filo. Allora prendo un accettino e concio la tavola alla meglio. Quando ho quasi finito, m'accorgo che c'è un buco fatto da un tarlo. Lo voglio trovare! Spacco nel mezzo la tavola; e in fondo al buco, che gira quasi come una spirale, lo trovo: bianco e tenero, con una puntina rossa. Lo lascio stare: io sono Dio, ed egli è un solitario dentro una Tebaide.

 Federigo Tozzi, Bestie, Milano, Garzanti, 2019, p. 4.

THÉ

Certes, on y connaissait des gens qui, soit ne mangeaient pas de viande, soit n’avaient pas commerce avec les femmes, ou bien ne se nourrissaient que d’herbes, mais jamais on n’avait vu sur le continent sans limite un homme qui n’eût pas de plaisir à siroter la boisson du paradis, cette boisson de légende que les Sahariens comparent à celle de l’oasis promise, eux qui n’ont pas goûté de breuvage plus savoureux depuis que le grand ancêtre a rapporté de Wâw les feuilles de l’arbre magique et les a introduites au Sahara, boisson dont ses descendants ont fait le fétiche inséparable de leur équipement et qu’ils préparent selon un rituel solennel; car elle est celle qui efface la fatigue du chemin et soulage la rigueur du voyage, qui calme la migraine, convient au chaud comme au froid, qui dissipe le chagrin et la douleur, emplit l’âme de joie et d’extase, celle dont le voyageur sent l’odeur à un jour et demi de distance et sur laquelle il se guide pour rallier le campement qui le sauvera de la soif et de la mort.

Ibrahim Al koni, Les Mages, trad P. Vigreux, Paris, Phébus, 2005 [1990], <Dar At-tanwir>, p. 208 -209

TERMODISTRUTTORE

C’è un salice piangente di fronte alla scritta Impianto termodistruttore dell’AMAV. Mi hanno sempre commosso i salici piangenti, con quel cognome così triste. Questo invece mi inquieta messo lì davanti al termodistruttore.

Roberto Ferrucci, Andate e ritorni: scorribande a nord est, Amos Edizioni, 2003, p. 54.

TERRE

Devant nous s’étend la terre des pauvres, dont les richesses appartiennent exclusivement aux riches, une planète de terre écorchée, de forêts saignées à cendre, une planète d’ordure, un champ d’ordures, des océans que seuls les riches traversent, des déserts pollués par les jouets et les erreurs des riches, nous avons devant nous les villes dont les multinationales mafieuses possèdent les clés, les cirques dont les riches contrôlent les pitres, les télévisions conçues pour leur distraction et notre assoupissement

Antoine Volodine, Des Anges mineurs, Paris, Éditions du Seuil, 1999, p. 47.

 

TIDE 

What was happening here, I realized, was that the wheel of time was spinning too fast to be seen. In other places it took decades, even centuries, for a river to change course; it took an epoch for the island to appear. But here, in the tide country, transformation is the rule of life: rivers stray from week to week, and islands are made and unmade in days. In other places forests take centuries, even millennia, to regenerate; but mangroves can recolonize a denuded island in ten to fifteen years. Could it be that the very rhythms of the earth were quickened here so that they unfolded at an accelerated place?

Amitav Ghosh, The Hungry Tide, London, The Borough Press, 2005, p. 224. 

TIERISCHKEIT

Das Licht der Sprache hat auch ganze Bezirke meiner inneren Welt, die in meiner vorsprachlichen Zeit im Dämmerlicht gelegen haben mögen, ins Dunkel gestoßen. Ich erinnere mich nicht. An irgendeiner Stelle, oder an vielen Stellen, haben wir jene Wildheit, Unvernunft, Tierischkeit in die Kultur hineinnehmen müssen, die doch gerade geschaffen wurde, das Ungezähmte zu bändigen. Die Echse in uns schlägt mit dem Schwanz. Das wilde Tier in uns brüllt.

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 109.

TILLEUL

Je ne suis ni un bûcheron ni un marchand d’arbres morts ou vifs, je suis jardinier paysagiste, madame, et ce tilleul, dont l’emplacement dans la découpe des parcelles depuis la vente du terrain pose un véritable problème, ce tilia tomentosa qui vous est si cher, sachez qu’il a été le point de départ de tous mes plans, sa conservation mon plus grand défi dans sa conception de ce jardin, bien souvent je me suis levé la nuit pour tout recommencer ou même venir jusqu’ici, une fois, quand j’ai su qu’ils s’apprêtaient à creuser les fondations, je suis venu vers deux heures du matin.

Hélène Lenoir, Tilleul, Paris, Grasset, 2015, p. 20.

TRACKS 

Humans are animals and like all animals we leave tracks as we walk: signs of passage made in snow, sand, mud, grass, dew, earth or moss. The language of hunting has a luminous word for such markmaking: ‘foil’. A creature’s ‘foil’ is its track. We easily forget that we are track-makers, though, because most of our journeys now occur on asphalt and concrete – and these are substances not easily impressed. 

Robert Macfarlane, The Old Ways, London, Penguin, 2013, p. 13. 

 

TREE

No one sees trees. We see fruit, we see nuts, we see wood, we see shade. We see ornaments or pretty fall foliage. Obstacles blocking the road or wrecking the ski slope. Dark, threatening places that must be cleared. We see branches about to crush our roof. We see a cash crop. But trees – trees are invisible.

Richard Powers, The Overstory, New York, W.W. Norton & Company, 2018, p. 423.

This is not our world with trees in it. It’s a world of trees, where humans have just arrived.

Richard Powers, The Overstory, New York, W.W. Norton & Company, 2018, p. 424.

TREMBLEMENT DE TERRE

Un tremblement de terre comme ça n’arrive qu’au cinéma. Je veux dire, le cinéma américain. Vous voyez, des vagues qui engloutissent des gratte-ciel, un cataclysme, la fin du monde. Non, vraiment, c’est hallucinant ce qu’ils disent. Ils ont même dit qu’une partie du Japon pourrait être engloutie, vous vous rendez compte ?

Laurent Mauvignier, Autour du monde, Paris, Minuit, 2014, p. 117.

TRONC

Par l’effet de la rapidité de notre marche, les troncs semblaient au loin se mêler comme dans une ronde, se superposer, et cette apparence de mouvement favorisait les aberrations visuelles. (…) Nous nous trouvions de la sorte dans une grande chambre forestière qui se déplaçait avec nous, les cerfs et les biches se tenant là-bas, quelque part, sur les côtés, espèce de ménagerie fixe, semblables à ces animaux de plomb soudés au même socle que les arbres, dans les boîtes de jeux pour enfants

Pierre Gascar, « La forêt », in : Le Règne végétal, Paris, Gallimard, 1981, p. 131-132.

TROUBLE

My multispecies storytelling is about recuperation in complex histories that are as full of dying as living, as full of endings, even genocides, as beginnings. In the face of unrelenting historically specific surplus suffering in companion species knottings, I am not interested in reconciliation or restoration, but I am deeply committed to the more modest possibilities of partial recuperation and getting on together. Call that staying with the trouble. 

Donna Haraway, Staying with the Trouble, Durham and London, Duke University Press, 2016, p. 10. 

TRUFFE

La truffe était aussi un trésor caché. Y avait-il un autre trésor que la truffe ? Ce fruit tombé du ciel, offert par le néant, qui jaillissait de la terre. Un arôme errant dans l’absolu, que les vents répandent et ramènent au sol. Les éclairs s’unissent, conjoignent les tonnerres et donnent naissance à ce fruit magique du cœur de l’anéantissement.

Ibrahim Al koni, Poussière d’or, trad Mohamed Saad Eddine El Yamani, Paris, NRF Gallimard, 1998, [1990], <Dar At-tanwir> , p.122

TULIPES

Pour me passer les nerfs, je décrochai alors tous les cintres de la tringle, et j’allais en jeter une poignée dans la poubelle de salle de bain, je les fichai à la verticale dans la poubelle, où ils restèrent en exposition, comme un bouquet de tulipes.

Jean-Philippe Toussaint, La clé USB, Paris, Éditions de Minuit, 2019, p. 135.

TUNDRA 

The bird millions that had passed through Mi’kma’ki earlier were in this north country, every kind of duck and goose, loons, ptarmigan, ravens, owls and jaegers. Herds of caribou drifted across the tundra. There were broken eggshells and unripe berries without number; sometimes they saw heavy grizzly bears in the distance. The expense of tundra trembled in the distorting heat waves; in the distance lay great grey rocks, their surfaces brilliant with orange, black, green and other lichens. On many days it was breathlessly hot, and the biting flies were a savage danger.

Annie Proulx, Barkskins, New York, Scribner, 2016. p. 193. 

 

ÜBERRESTE

In der Sprache der Schmuggler und Grenzgänger, die dieses baum- und strauchlose Plateau manchmal durchquerten, hießen die mit dem mondweißen Kalkfels verwachsenen Muscheln Roßtritte, weil sie an Größe und Form einem Hufabdruck glichen. Als Überreste eines prähistorischen Meeres lagen sie wie die mit Silber ausgegossenen Spuren einer riesigen, verschollenen Reiterarmee über mächtige Felsplatten und Geröllfelder verstreut.

Christoph Ransmayr, Morbus Kitahara. Roman, Frankfurt am Main, Fischer, 1995, S. 302.

UNDERWATER

Tutto stava ritornando selvaggio. Underwater, i Territori, l’oceano. Le sirene smetteranno di vivere in fondo al mare e ci succederanno sulla Terra. Non le abbiamo addomesticate, non ancora.

Laura Pugno, Sirene, (2007) 2017, p.13.

UNKRAUT

Alles ist kurz vor dem Niedersinken, nur das Unkraut wächst weiter, die Ackerwinden erwürgen die Sträucher, die gelben Wurzeln der Brennesseln kriechen unter der Erde fort, die Klettenstauden überragen einen um Haupteslänge, die Braunfäule und die Milben breiten sich aus, und sogar das Papier, auf dem man mühselig Wörter und Sätze aneinanderreiht, fühlt sich an, als sei es vom Meltau überzogen.

W.G. Sebald, Die Ringe des Saturn. Eine englische Wallfahrt, Frankfurt am Main, Eichborn, 1995, S. 226.

UROGALLO

Una volta, guardando un ramo, o un passero, o una foglia stagliarsi oltre la finestra, era sempre aperta la possibilità che ramo, foglia, passero uscissero dai loro contorni, facessero corpo con noi, con l'aria tra di noi. E lì potevamo sentirli di più, tanto da lasciare che si liberassero di nuovo e finalmente, qualche volta, con un po' di voglia e forma, sarebbero stati una visione. Allora eravamo contenti e ci bastava.

Mario Rigoni Stern, Il bosco degli urogalli, Einaudi, Torino 2000, p. 21.

VACHE

Regardez ces vaches au pied des éoliennes. Ce sont des pubs. Elles ont été achetées par les départements marketing de la restauration pour masquer les abattoirs, placées autour des chemins de fer afin de donner l’illusion aux passagers que les vraies vaches existent encore.

Camille Brunel, La Guérilla des animaux, Paris, Alma, 2018

Entendre parler des bêtes lui plaît davantage. La petite vache hollandaise qui venait vers nous du fond du parc avant même de nous avoir aperçus faisait partie de cette famille. Cette peine que nous avons eue de la voir partir à cause de son grand âge... Nous lui avons fait une haie d’honneur, elle nous a regardés avec ses yeux de côté, s’est arrêtée à notre niveau, nous avions tous le sentiment de l’abandonner. « Elle va où? » j’ai demandé à ma mère qui ne m’a pas répondu. (...) La pauvre bête était un bloc de panique qui refusait de monter dans la vachère. Maman a pleuré. 

Gisèle Bienne, La Malchimie, Arles, Actes sud, 2019, p. 81.

VANISHED 

He likes it here best late at night, after the actors have left, when the crowds have gone as well, when Amina has taken the funders round the corner to the restaurant and it is just him alone. There are paths to patrol, exhibits to clean. He is responsible for these old animals. He moves from one to the other, dusting, touching, stroking the wounded pelts, noting which pieces need repair. It is important to preserve things. Many of the species in the collection have vanished from the world, lost completely now. A few hundred years, Con thinks. … That’s how long it takes. In another hundred years, how many more creatures will have attained this desiccated calm? Imaginary beasts, existing only in museums of lost and impossible things. 

Henrietta Rose-Innes, Green Lion, Aardvark Bureau, London, 2015, p. 288. 

VENT

Le bruit du vent et de la mer crie dans ses oreilles, tantôt à gauche, tantôt à droite, mêlé aux petites détonations que font les mèches de ses cheveux contre ses tempes. Parfois le vent prend une poignée de sable qu’il jette au visage au visage de Lalla. Elle doit fermer les yeux pour ne pas être aveuglée. Mais le vent réussit à faire pleurer ses yeux, et dans sa bouche, il y a des grains de sable qui crissent entre ses dents. »

Jean-Marie Gustave Le Clézio, Désert, Paris, Gallimard, Folio, p. 79.

Ils montaient sur le plateau, l’endroit des sources, où les hommes et les animaux sont des mangeurs de brumes quand il ne fait pas de vent, et où le vent, lorsqu’il vient, majestueux, dominant, brosse le pelage de l’herbe et fouille dans les arbustes comme s’il cherchait quelque chose, jusqu’à ce que les petits arbres ploient sous sa force comme s’ils étaient attachés au sol par un fil magique, un fil invariablement tendu par la main coriace de la tourmente, impérieuse et tout aussi invisible que l’attache courageuse de la végétation.

Emmanuelle Pagano, Ligne & fils, Paris, P. O. L., 2015, p. 82.

VERT

Tout est vert. Vert tendre, vert gazon, vert printemps. Partout des feuilles nouvelles se déploient, hésitantes et lumineuses. Des verts frais, humides, juvéniles. Des verts précoces et furtifs. Les uns acides, jaunissant, d’autres crus, récents. Des verts déjà vigoureux, des céladons timides, des verts de chrome et de cuivre, des verts éphémères, inconstants, des verts aux reflets orange, des transparences ocre, jaunes à contre-jour. Dorées dans le soleil. Je nage dans un couloir de lumière.

Pierre Patrolin, La traversée de la France à la nage, Paris, P. O. L., 2012, p. 273.

Vert, le règne végétal, la vie, sans doute, mais lente, cyclique, silencieuse, indifférente, sans mouvement ni sensibilité […] Le vert est fade, froid miroitement des forêts, humide fraîcheur des mousses et des gazons anglais, clarté d’aquarium du sous-bois, étangs morts tapissés de lentilles d’eau, murs tournés au nord, courettes humides, scolopendres des puits, terne duvet des blés d’hiver entre les rideaux à claire-voie des arbres émaciés.   

Pierre Bergounioux, Couleurs, avec les illustrations de Joël Leick, Saint-Clément de Rivière, Fata Morgana, 2008, p. 20-22.

VIANDE

En réalité, papa pensait que le poulet rôti jusque-là servi cérémonieusement le dimanche à la table familiale des bourgeois ne pouvait que se démocratiser. Les gens gagnant toujours plus d’argent, la consommation de viande allait tout naturellement augmenter et la volaille devenir une habitude de tous les jours pour les classes moyennes de plus en plus nombreuses. Il avait investi plusieurs centaines de milliers de francs dans la construction d’une poussinière destinée à l’élevage de poulettes. Il achetait dix mille poussins duveteux, uniquement des femelles, il les engraissait et il les vendait cinq mois plus tard à un acheteur qui les tuait, les dépiautait, les débitait en morceaux qui se retrouvaient ensuite sur les étals des grands magasins. 

Roland Buti, Le milieu de l’horizon, Genève, Zoé poche, 2016 [2013], p. 36.

VILLAGE

1) Devenus des villages-rues, ils avaient tenté de détourner à leur profit une partie du flux automobile, accueilli comme une armée de libération, avec les symboles joyeux de la vitesse — stations-service colorées, garages surplombés d’un Bibendum Michelin, snack-bars et restoroutes à l’effigie d’une huile

Aurélien Bellanger, L’Aménagement du territoire, Paris, Gallimard, 2014, p. 36.

2) Rien n’est beau comme un village à demi caché sous le feuillage des arbres, ainsi qu’un nid d’oiseau. Les maisons apparaissent plus blanches, plus coquettes, plus avenantes au milieu de cette verdure ombreuse qui leur donne la fraîcheur et l’abri. Il faut donc respecter et conserver pieusement les vieux arbres qui ornent les avenues et parfois les places du village, entourent son église, son cimetière. Ils donnent au village sa physionomie particulière, le font reconnaître de loin, le fixent dans les souvenirs de ceux qui l’ont quitté et, dans l’exil lointain, rêvent du pays absent.

 Hubert Mingarelli, Quatre soldats, Paris, Seuil, 2003, <Points>, p. 14.

VILLE

Jules s’enfonça dans la ville comme il entrait dans la forêt, mais au lieu de quitter le bruit des champs pour la quiétude des arbres, c’était le silence qu’il abandonnait pour pénétrer dans une rumeur dont le seul écho lui donnait le vertige, l’empêchant de respirer à l’aise.

Charles Exbrayat, Jules Matrat, Paris, Gallimard, Collection Blanche, p. 152.

VISIONE

Una volta, guardando un ramo, o un passero, o una foglia staglairsi oltre la finestra, era sempre aperta la possibilità che ramo, foglia, passero uscissero dai loro contorni, facessero corpo con noi, con l'aria tra di noi. E lì potevamo sentirli di più, tanto da lasciare che si liberassero di nuovo e finalmente, qualche volta, con un po' di voglia e forma, sarebbero stati una visione. Allora eravamo contenti e ci bastava.

Stefano Del Bianco, Ritorno a Planaval, Como, LietoColle, 2018, p. 23.

VIVANT

[J] e regardais le jour se lever et songeais simplement au présent, à l’instant présent, tâchant de fixer encore une fois sa fugitive grâce – comme on immobiliserait l’extrémité d’une aiguille dans le corps d’un papillon vivant.

Vivant.

Jean-Philippe Toussaint, L’appareil-photo, Paris, Éditions de Minuit, 2007, p. 126.

VOYAGER

1) On pourrait dire que voyager, c’est transcrire dans l’espace une « intranquillité » que l’écriture fixe dans les lettres, c’est fuir sans cesse, d’éphémère façon (et finalement inutile, bien sûr), le sentiment d’un refus éprouvé,

Olivier Rolin, Mon galurin gris, Paris, Seuil, 1997, p. 10.

2)  Voyager, c’est donc se trouver sans cesse confronté à des situations, des mœurs, des choses nouvelles. C’est renouer un peu, un moment, avec le travail de l’infans qui, pour découvrir les choses, doit découvrir le langage qui les dit. Pour voir ce qu’on n’a pas vu, fixer l’image.

Olivier Rolin, Mon galurin gris, Paris, Seuil, 1997, p. 14.

WEB 

As he cut, the wildness of the world receded, the vast invisible web of filaments that connected human life to animals, trees to flesh and bones to grass shivered as each tree fell and one by one the web strands snapped.

Annie Proulx, Barkskins, New York, Scribner, 2016, p. 12. 

WESEN

In der krampfhaften Haltung eines Wesens, das sich zum erstenmal von der ebenen Erde erhoben hat, stand ich dann gegen die Glasscheibe gelehnt und mußte unwillkürlich an die Szene denken, in der der arme Gregor, mit zitternden Beinchen an die Sessellehne sich klammernd, aus seinem Kabinett hinausblickt in undeutlicher Erinnerung, wie es heißt, an das Befreiende, das früher einmal für ihn darin gelegen war, aus dem Fenster zu schauen. Und genau wie Gregor mit seinen trübe gewordenen Augen die stille Charlottenstraße, in der er mit den Seinen seit Jahren wohnte, nicht mehr erkannte und sie für eine graue Einöde hielt, so schien auch mir die vertraute Stadt, die sich von den Vorhöfen des Spitals bis weit gegen den Horizont hin erstreckte,  vollkommen fremd.

W.G. Sebald, Die Ringe des Saturn. Eine englische Wallfahrt, Frankfurt am Main, Eichborn, 1995, S. 11.

 WHALE 

It must have been on the shore a month or two, the whale, because it was half-blanketed in the orange-coloured weed. Half sinking or half emerging out of a bed of sand and weed. The body was rolled in the motion of a wave, and there was one dark orifice, like a cave, in its mouldering head, perhaps an eye socket. It was the heaviest creature I had ever seen, dead and out of the water’s buoyancy, a massive failure. I thought about touching it, with just one finger, furtively, the way a gull pecks, and I wish now I had, because I’ve never touched a whale and probably won’t get the chance again. 

Kathleen Jamie, Findings, London, Sort of Books, 2005, p. 57.

WILD 

I thought of the places I would be leaving, of what they were and what they could become. I pictured trees returning to the bare slopes, fish and whales returning to the bay. I thought of what my children and grandchildren might find here, and of how those who worked the land and sea might prosper if this wild vision were to be realized. I thought of how, across these five years, my exploration of nature’s capacity to regenerate itself, of the potential for wildlife to return to the places from which it had been purged, had enriched my own life. Wherever I went, I would take the wild life with me. I would devote much of my life to seeking out or helping to create places where I could hear again that high exhilarating note to which I had for so long been deaf, where I could find that rare and precious substance, hope. The black silhouettes of redshank and oystercatchers piped home along the shore. To the south, moonlight glittered on the water, now grooved like a linocut. From behind me came a noise like a boot being pulled out of the mud. I turned, but all I saw was a large round ripple, as if a monstrous trout had sucked down a fly. Then a fin rose from the lavender sea, five or ten yards away. It sank again then rose beside me. It was a baby: one of last year’s dolphin calves. It circled the boat, so close that it almost nudged my paddle, then disappeared into the darkness.

George Monbiot, Feral, Chicago, The University of Chicago Press, 2014, p. 268. 

WILDERNESS

A man could be a lover and defender of the wilderness without ever in his lifetime leaving the boundaries of asphalt, powerlines, and right-angled surfaces. We need wilderness whether or not we ever set foot in it. We need a refuge even though we may never need to go there. I may never in my life get to Alaska, for example, but I am grateful that it’s there. We need the possibility of escape as surely as we need hope; without it the life of the cities would drive all men into crime or drugs or psychoanalysis.

Edward Abbey, Desert Solitaire. A Season in the Wilderness, New York, Touchstone, 1968, p. 129.

WILDNESS 

I’ve learned how you feel more human once you have known, even in your imagination, what it is like to be not. And I have learned, too, the danger that comes in mistaking the wildness we give a thing for the wildness that animates it. Goshawks are things of death and blood and gore, but they are not excuses for atrocities. Their inhumanity is to be treasured because what they do has nothing to do with us at all. 

Helen Macdonald, H is for Hawk, London, Jonathan Cape, E-book, 2014, p. 502. 

WISSENSCHAFT

Treiben die Utopien unserer Zeit notwendig Monster heraus? Waren wir Monster, als wir um einer Utopie willen - Gerechtigkeit, Gleichheit, Menschlichkeit für alle -, die wir nicht aufschieben wollten, diejenigen bekämpften, in deren Interesse diese Utopie nicht lag (nicht liegt), und, mit unseren eigenen Zweifeln, diejenigen, die zu bezweifeln wagten, daß der Zweck die Mittel heiligt? Daß die Wissenschaft, der neue Gott, uns alle Lösungen liefern werde, um die wir ihn angehen würden?

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 40.

WOODLAND

Woodland is not wildwood. For centuries people have used and managed natural woods, and ecosystems have organised themselves in response. Woods have been repeatedly felled and browsing animals excluded. Their present ecosystems are easily damaged by too much shade or by letting in sheep or deer, which they are not used to. Many ecologists call these woods ‘semi-natural’; I shall avoid this term because it assumes the existence of a superior category of ‘wholly natural’ woodland, in which humanity is not an ecological factor. It is doubtful whether any actual examples of this category exist. 

Oliver Rackham, Woodlands, Collins E-book, 2010, p. 50. 

WRITING 

As the pen rises from the page between words, so the walker’s feet rise and fall between paces, and as the deer continues to run as it bounds from the earth, and the dolphin continues to swim even as it leaps again and again from the sea, so writing and wayfaring are continuous activities, a running stitch, a persistence of the same seam or stream. 

Robert Macfarlane, The Old Ways, London, Penguin, 2013, p. 105. 

ZERTRÜMMERUNG

Verhältnisse, daß du nichtmal weißt, worüber du jetzt nun eigentlich nachdenken sollst. Physiologisch muß sich das wohl als ein Flimmern in mehreren Gehirnpartien darstellen, nehme ich an. Eine vorsorgliche Bereitstellung von noch ungerichteter Energie, die nicht schnurstracks in das vorgebahnte Verbundnetz einfließt, sondern unerforschtes Gelände abtastet, ehe sie sich zum Beispiel zu einer Frage bündelt: Woher kommt bloß diese Lust an Spaltung, an Zertrümmerung, an Feuer und Explosionen!

Christa Wolf, Störfall. Nachrichten eines Tages, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1987, S. 59.

ZONE MORTE

Ce qui se produit à l’Australie en ce moment se produit sous la surface depuis des décennies : ces Zones Mortes, comme on les appelle, sont mille fois plus étendues qu’on l’imagine (…). Ne répète à personne ce que je vais te dire, mais écoute-le bien : la vie sauvage n’est pas en train de s’éteindre, elle est éteinte. (…) On ne se bat plus pour la restaurer – pour ça il faudrait des siècles, et des forces telles qu’elles ne sauraient dépendre de notre piètre désir de bipèdes – mais pour en retarder l’extinction. À l’échelle de la vie sur Terre, c’est comme si l’espèce humaine était déjà seule, et les forêts sont toutes mortes. Dans une cinquantaine d’années, maximum, ce sera officiel. - Et les extraterrestres? - Ils ne nous aimeront pas. »

Camille Brunel, La Guérilla des animaux, Paris, Alma, 2018, p. 39.

ZOO

He was standing where any zoo patron could stand, and there was no danger or special privilege. Still, no one was around – he was alone with her – and he was content. It was not to claim the animal’s attention that he was here but to let her claim his. She was the only one of her kind for thousands of miles, across the wide seas. What person had known such separation?

Lydia Millet, How the Dead Dream, Vintage, 2009, p. 145.

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